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Brucafel et Saint-Geniès

Brucafel et Saint-Geniès
Domus Hospitalis Brucafel et Saint-Geniès

Le diagnostic sur la future ZAC du Minervois a permis la redécouverte du village médiéval de Brucafel. Situé au nord de la ville basse de Carcassonne, le projet de ZAC englobe en effet l’emplacement connu de l’église Saint-Geniès de Brucafel et de son cimetière.
Les archives mentionnent explicitement le village de Brucafel au XIIe siècle, lors de sa donation aux Templiers.
Les premières traces d’occupation humaine consistent en un groupe de silos datés du Néolithique final, voire du début de l’Age du Bronze. En un autre point de l’emprise, quelques foyers à pierres chauffées ont été observés, mais se trouvant en bordure d’un paléo-vallon, ces structures ont été noyées immédiatement sans qu’on puisse les étudier véritablement.
À l’époque républicaine, le territoire est manifestement cultivé, si l’on en juge par les tronçons de fossés mis au jour çà et là.
Aucune organisation claire de ces fossés ne se dessine, ce qui exclut une interprétation comme enclos de ferme. Ils doivent seulement matérialiser des terres agricoles.
Les amphores recueillies dans leurs comblements fournissent une date autour de la première moitié du Ier siècle avant notre ère.
Après un hiatus chronologique courant sur toute l’Antiquité, le site de Brucafel semble créé ex nihilo au moins dès le IXe siècle, peut-être avant.
Même si nous ignorons son statut, le lieu est déjà identifié et doit donc contenir à minima quelques manses paysannes.
Nous manquons cruellement d’indices chronologiques pour phaser cette formation d’un terroir villageois.
À titre d’hypothèse, nous proposerons d’y associer très tôt un cimetière en plein champ. Le site prenant de l’importance, il semble qu’une église soit fondée aux alentours de l’an Mil et que le cimetière se développe alors à sa périphérie.
En 1133, date à laquelle Roger de Béziers donne en franc alleu à Hugues Rigaud et à ses confrères du Temple, la villa et « tout ce qu’il y possède en hommes, femmes, terres, vignes, manses... » donc le domaine fiscal de Brucafel.
Le terme de villa désigne alors le village.
Les bâtiments se sont multipliés depuis le IXe siècle.
Dans le périmètre de près de deux hectares où s’étend la plupart des vestiges médiévaux, la première impression en regardant le plan de masse est celle d’un village ouvert avec un manque d’organisation flagrante.
Les divers bâtiments ne suivent pas un plan rationnel, signe de leur construction sur une période étalée dans le temps et sans conception préalable. Les ajouts s’effectuent suivant les besoins et sans doute sans contrainte liée à une clôture quelconque.

Brucafel et Saint-Géniès

Brucafel
Domus Hospitalis Saint-Geniès et Brucafel

Se pose ensuite la question de l’usage des bâtiments, simples habitations privées ou dépendances d’un domaine seigneurial. Si la galerie identifiée comme le bâtiment B s’apparente à une architecture liée au pouvoir, le bâtiment C et sa pièce avec foyer comprend au moins une partie résidentielle. Il faut souligner qu’en l’absence de modules complets déterminer la hiérarchie sociale à travers ces constructions est impossible.
Toutefois, l’emploi de fondations massives en pierres est un argument pour y voir une construction de « haut rang » en comparaison avec d’autres sites similaires datés autour de l’an Mil qui ne livrent généralement que des architectures sommaires de terre et bois.
La fonction du bâtiment A est encore plus problématique. Il s’agit de la seule construction au contact du cimetière ; il faut alors se demander s’il ne s’agit pas de l’église Saint-Geniès. Cependant ce bâtiment B ne ressemble en rien à une église, même carolingienne.
Toutefois l’église Saint-Geniès représentée sur le plan terrier de 1714 était un rectangle de 10 m de long sur 6 m environ de large.
Ses dimensions correspondent au bâtiment A en tenant compte de la restitution de la façade fantôme nord. La coïncidence est troublante et elle renvoie à la date de création de l’église. Si elle est fondée vers l’an Mil, l’église Saint-Geniès peut encore disposer d’un chevet plat comme beaucoup d’églises du haut Moyen Age languedociennes, mais celui-ci est généralement séparé de la nef par un léger retrait, voire un embryon de transept.
Un plan simplement rectangulaire n’est envisageable que pour des périodes plus anciennes antérieures au VIIIe siècle (comme à Saint-Geniès de Litenis dans l’Hérault). Or, au stade du diagnostic, aucun argument archéologique ne permet de proposer une date aussi ancienne.
La typologie des tombes fournit même un argument en faveur d’une fondation plus récente.
Dans la discussion sur la date de fondation de l’église, il nous semble important de dire quelques mots du vocable de Saint-Geniès. Le culte de ce martyr arlésien de la fin du IIIe siècle connaît une grande popularité en Provence et en Languedoc où l’on trouve de nombreuses églises placées sous sa protection.
Grégoire de Tours au VIe siècle rapporte que l’archevêque de Narbonne se glorifiait de posséder en sa cathédrale des reliques de ce saint.
Toujours dans l’Aude, la paroisse de Caunes-Minervois est dédiée à Saint-Geniès dès 791 (mention la plus ancienne d’une paroisse) et aurait également possédé des reliques du martyr (Griffe 1976).
Si le critère du vocable n’est pas décisif pour l’ancienneté d’une fondation, il montre bien que le culte de ce saint est populaire très tôt dans l’Aude et que les dédicaces d’églises bien antérieures au Xe siècle.
Si le bâtiment A n’est pas l’église Saint-Geniès, où se trouve celle-ci ?
L’emplacement le plus probable est situé juste au nord du bâtiment A, entre le sommet de la tranchée 175 et la tranchée EO 171.
Et si ce n’est pas le cas, l’église Saint-Geniès peut-on pour autant en faire un bâtiment civil ?
La relation entre cette construction et les tombes qui la jouxtent n’est pas fortuite. On pourrait alors envisager que ce bâtiment soit la première chapelle funéraire du domaine de Brucafel utilisée par la famille des propriétaires du lieu et, que par la suite, elle a pu être remplacée par une église plus vaste lorsque la population s’est accrue.
L’absence de vestiges et de céramiques au-delà des XIIe - XIIIe siècles laisse entrevoir l’abandon partiel ou total du site peu de temps après la récupération de ces terres par les Templiers.
Cette désertion est-elle réelle ou une vision erronée due à notre perception partielle du diagnostic ? Il existe toutefois un évènement de taille qui pourrait expliquer un abandon quasi complet au XIIIe siècle, la création de la ville basse de Carcassonne par Saint-Louis à la suite de la croisade contre les cathares.
La ville nouvelle se trouve en effet à quelques encablures au sud de Brucafel et a forcément dû jouer un rôle attractif important. Il est même possible qu’une partie du territoire de Brucafel ait été prise pour la fondation de la bastide.
Brucafel n’est alors plus qu’un lieu-dit avec peut-être une ou deux habitations paysannes. Après la dissolution de l’ordre du Temple et le transfert de son bien de Brucafel aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, les nouveaux possesseurs créent la commanderie Saint-Jean en bordure de l’Aude.
L’église et le cimetière sont-ils encore en usage ? Sans doute de manière épisodique, puisque l’église Saint-Geniès est encore considérée comme une annexe de la paroisse de Gougens en 1714.
Sources : Maxime GUILLAUME. La société d’études scientifiques de l’Aude. INRAP Méditerranée

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