Un Laonnois Commandeur Chalou-la-Reine au XVIIIe siècle
Département: Essonne, Arrondissement: Étampes, Canton: Étampes - 91
Domus Hospitalis Chalou-la-Reine
Chalou-Moulineux (commune du canton de Méréville, arrondissement dEtampes), qui se nommait jadis Chalou-la-Reine, fut le siège dune Commanderie de Templiers, puis dHospitaliers.
Au dire de Mannier (1) cette importante maison portait sous les Templiers le nom de Commanderie de Chalou-Saint-Aignan, mais plus souvent de Chalou-la-Reine. En effet, au XIIe siècle, Chalou était un domaine royal, appartenant à la reine Alix, mère de Philippe-Auguste, qui le donna aux Templiers. Cette donation fut ratifiée par lettres du Roi de 1185 et Clément III confirma labandon, par une bulle de la même année.
1. E. Mannier, Les Commanderies du Grand Prieuré de France, Paris, Aubry et Dumoulin, 1872, page 68.
Après les Templiers, les Hospitaliers devinrent seigneurs de Chalou et de Moulineux, ainsi quil résulte dun rapport de 1495 et dautres documents quil serait trop long de relater. La Maison du Temple sappelait alors Commanderie de lEstampois, et ce, bien à tort, car son principal apanage fut toujours la « villam de Chalo » comme disait la bulle du pape Clément III. Toujours daprès le même auteur (1) le revenu de la maison de Chalou au XVe siècle était de 93 livres dargent, 23 muids de froment et 14 muids davoine. Il sélevait en 1788 à 4.235 livres dargent et 125 sacs de blé.
Le domaine de Chalou comprenait 250 arpents de terre.
Les membres de la Commanderie étaient :
La Maison du Temple près dEtampes (2).
Celle du Temple de Ramoulu (3).
La maison et le fief de la « Roche Lesbrard (4).
Le Temple du « Perray (5).
Le Temple de la Boutière (6) et celui de Mignères (7).
Il « y avait encore le Temple du Saussay (8) qui en faisait partie, mais ce dernier membre en fut distrait au XIVe siècle et érigé en chef-lieu de Commanderie.
1. Ibidem, page 69.
2. Etampes, Essonne.
3. Ramoulu, Loiret, arrondissement de Pithiviers, canton de Malesherbes.
4. A Saint-Cyr-sous-Dourdan, Essonne, arrondissement de Rambouillet.
5. À Beaumont-en-Gâtinais, Seine-et-Marne, arrondissement de Fontainebleau, canton de Château-Landon.
6. A Sceaux, Loiret, arrondissement de Montargis, canton de Ferrières.
7. Mignères, Loiret, mêmes arrondissement et canton.
8. Commune dItteville, Essonne, arrondissement dEtampes, canton de La Ferté-Alais.
En remplacement les Hospitaliers y ajoutèrent plusieurs de leurs maisons appelées :
Le Chesnay (1).
Pilvarmer (2).
La Donaison (3) et « Fontenette (4) »
1. Commune dEtampes, Essonne
2. Commune de Mondreville, Seine-et-Marne, arrondissement de Fontainebleau, canton de Château-Landon.
3. A Sury-aux-Bois, Loiret, arrondissement dOrléans, cant. de Châteauneuf-sur-Loire.
4. Fontenette, commune dAbbeville, Essonne, arrondissement dEtampes, canton de Méréville.
La maison de la Commanderie, dit ailleurs Mannier, avec la ferme qui en dépendait, se trouvait sur le versant de la côte, touchant léglise. Elle tenait par le haut à la grande rue et par en bas à deux étangs, dont lun était appelé le Petit Etang, et lautre, couvrant 44 arpents de terre, se nommait le Grand Etang de Moulineux.
Ces étangs étaient alimentés par la fontaine de Sainte-Appoline, dont les eaux faisaient tourner les moulins de la Commanderie.
Sur la chaussée du « Grand Etang on voyait un pavillon appelé le Château Gaillard, qui servait de rendez-vous de chasse et de pêche au commandeur »
Tel est grosso modo le bénéfice dont au XVIIIe siècle vint jouir un Laonnois, François Nicolas Brucelle (1724-1749).
A cette époque le revenu de la Commanderie dEtampes qui, en 1666, valait 3.600 livres, ne devait pas aller loin de 5.900 livres, valeur à laquelle il est évaluée en 1757.
Dans la liste des Commandeurs dressée par Mannier (1345 à 1786), Nicolas Brucelle occupe le 26e rang.
Son prédécesseur était Fr. Gilbert-Jean-Jacques Arquier (1707) et son successeur fut Henri Fourrié de la Harce, contrairement à ce que dit lauteur précité. Il est en effet démontré par les registres paroissiaux, dont M. Ch. Forteau a opéré un dépouillement si consciencieux (1) que Fr. Libéral-Louis Geouffré ne figure aux actes quen 1754, Henri Foussié de la Harce signait par contre en 1750 aux registres dinhumations et en 1751-1752 à ceux de mariage. Mort à Chalou en 1753, il y fut inhumé le 26 juillet, âgé de 40 ans.
1. Ch. Forteau, Les registres paroissiaux du canton de Méréville.
Fr. Nicolas Brucelle aurait donc exercé son pouvoir de 1724 à 1750 environ. Cest en 1740 quil fit établir à Chalou une mesure dite « Mine au Bled, Mesure de Chalou-la-Reine faite le neuf janvier 1740 de lordre de Monsieur Brucelles commandeur », ainsi que nous en informe une plaque de cuivre à ses armes conservée au musée dEtampes.
Ces armes sont inscrites dans un écu ovale portant en chef la croix de lordre et dans le corps de lécu : « Dor au chevron de gueules accompagné en chef de deux pommes de pin versées de sable figées et feuillées de simple et en pointe dun écureuil rampant de gueules. »
Une variante donne la version suivante : « Dor à un chevron de gueules accompagné en chef de deux grappes de raisin de mente, feuillées de sinople, etc. »
ARMES de Nicolas BRUCELLE
Commandeur dEtampes relevées sur une mine à blé.
Par M. René de Lorière
(Cliché de la Société du Gâtinais)
Image des Armes BNF
La première leçon vaut évidemment mieux et la seconde nest peut-être quune lecture erronée dun dessin défectueux.
Quétait donc ce Nicolas Brucelle et doù venait-il ?
La notice ci-dessous que nous devons à lobligeante érudition de M. le comte Maxime de Sars vient nous éclairer dune manière complète et nous renseigner sur le personnage devenu, de par les circonstances, citoyen de lEtampois.
BRUCELLE
Famille de cultivateurs du Laonnois, représentée encore aujourdhui par plusieurs branches. Lune delles était parvenue à la bourgeoisie au XVIIe siècle.
I. — Jean Brucelle, épousa Léonore Liégeois ; dont au moins deux fils qui suivent :
II — I) Charles Brucelle, fermier à Clermont-les-Fermes (arrondissement de Laon, Aisne), marié en 1678 à Madeleine Sureau, fille cadette de Cornil Sureau, receveur du Prieuré de Saint-Paul-aux-Bois, et dElisabeth Pougeois ; auteur dun rameau qui sest continué à Clermont jusquau XIXe siècle.
2) Jean Brucelle, seigneur de la Petite-Ville-aux-Bois et de Lislet en partie, receveur général de la commanderie de Boncourt et Seraincourt, naquit en 1662. Dabord receveur de la terre et seigneurie de Pierrepont (arrondissement de Laon), il succéda à son beau-père, en 1695, dans la recette de Boncourt (arrondissement de Laon). Il acquit en 1720, pour 35.000 livres, le domaine de la Petite Ville-aux-Bois (commune de La Ville-aux-Bois-lès-Dizy, arrondissement de Laon) avec le neuvième de celui de Lislet. Il sy fixa et y mourut le 30 décembre 1781 ; son corps fut inhumé dans léglise paroissiale de La Ville-aux-Bois-les-Dizy.
Il avait épousé en léglise de Boncourt, le 22 juin 1682, Catherine Audert, née en 1664, fille cadette de Nicolas Aubert, sieur de Chanvallon, receveur de la commanderie de Boncourt, puis conseiller du Roi, receveur du grenier à sel de Laon, et de Marie-Blanche, sa seconde femme ; dont neuf enfants qui suivent :
III. — I) Nicolas Brucelle, servant darmes, puis chevalier magistral de lordre de Malte en 1720, commandeur dEtampes en 1724, résigna cette commanderie en 1749 pour celle de Chevru-en-Brie, mourut à Laon, le 3 août 1702, âgé de 69 ans, et fut inhumé dans la chapelle de la commanderie de Puisieux, Il avait assisté, le 26 novembre 1780, à la bénédiction de la chapelle du château de la Petite-Ville-aux-Bois.
2) Jean-Baptiste Brucelle, prêtre, chanoine de léglise collégiale de Saint-Laurent de Rozoy, seigneur de la Petite Ville-aux-Bois et de Lislet en partie (pour un tiers du neuvième), décédé à Rozoy-sur-Serre, le 23 décembre 1753.
3) Marc-Antoine Brucelle, sieur de Salon, lieutenant de la grande louveterie de France, seigneur de la Petite Ville-aux-Bois et de Lislet en partie (pour un tiers, puis pour un demi-tiers en plus en 1753), ancien receveur général de la châtellenie de Chaourse (arrondissement de Laon), décédé sans alliance au château de la Petite Ville-aux-Bois en 1766, et inhumé dans léglise paroissiale.
4) Simon Brucelle, seigneur de la Simonne, porte-manteau de la petite écurie du Roi, né en avril 1692, vétéran en 1748, marié à Epernay, en 1717, à Anne Aubert, fille dAimé Aubert de Lerrieux, assesseur en lhôtel-de-ville dEpernay, et de Marie-Anne Bertin, dont cinq enfants qui suivent :
IV. — I) Simon-Adam Brucelle, né le 27 mars 1720, se destina dabord à léglise et fut tonsuré ; il entra ensuite aux gendarmes et eut un cheval tué sous lui à Fontenoy.
2) Jean-Baptise-Simon Brucelle, seigneur de la Simonne, né le 5 septembre 1723, lieutenant au régiment de Lyonnais en 1733, puis capitaine, chevalier de Saint-Louis en 1748, aide major en 1752.
3) Marie-Anne Brucelle, née le 8 novembre 1718.
4) Marie Brucelle, née le 11 juillet 1732.
5) Toinon Brucelle.
III — 5) Henry-François Brucelle, seigneur de la Petite Ville-aux-Bois et de Lislet en partie, chevalier de lordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien capitaine de grenadiers au régiment de Lyonnais, naquit le 27 avril 1703, Cadet dans Lyonnais en 1722, lieutenant en 1724, il leva une compagnie en 1733 et reçut celle des grenadiers le 26 novembre 1744, la croix de Saint-Louis en 1745 ; sa mauvaise santé et un coup de fusil dans le bras lobligèrent à quitter le service en 1748. La mort de ses deux frères aînés lui ayant laissé lensemble du domaine de la Petite Ville-aux-Bois, il y mourut le
28 novembre 1776 et fut inhumé dans léglise paroissiale. Il avait épousé en léglise dAvesnes, le 5 décembre 17S8, Anne-Thérèse - Ignace - Joseph de Sars, née à Valenciennes le 30 novembre 1727, décédée à Laon le 23 octobre 1808, fille cadette de Denis-Joseph de Sars, écuyer, seigneur de Beausart, Curgies, Anhée, Haveluy, etc., et de Marie-Thérèse-Joseph Veltom, sa seconde femme. Sa veuve se remaria en la chapelle du château de la Petite Ville-aux-Bois, le 4 mars 1778, à Pierre-Léopold de Castres, chevalier, seigneur en partie de Vaux-lès-Rubigny, chevalier de Saint-Louis, capitaine au régiment provincial de Soissons, né en 1742, mort à Laon le 8 novembre 1794.
6) Marie-Madeleine Brucelle, mariée à Charles Jongleur, conseiller du Roi, élu en lélection de Laon, fils dAntoine Jongleur, bourgeois de Laon, et de Marguerite Tucien ; elle mourut à Laon, le 1e juillet 1766, Agée de 80 ans, et fut inhumée en léglise Sainte-Geneviève de cette ville ; dont deux filles.
7) Elisabeth Brucelle, femme dAntoine Bouchier, avocat en Parlement et receveur général de la commanderie de Boncourt, y demeurant ; dont un fils et trois filles.
8) Marie Brucelle, baptisée en léglise de Boncourt, le 1e septembre 1701, morte jeune.
9) Catherine Elisabeth Brucelle, morte jeune (1).
1. Bibliothèque nationale, Dossiers bleus, 140.
Nicolas Brucelle, servant darmes, puis chevalier magistral de lordre de Malte, a donc bien succédé en 1724 à Gilbert Jean-Jacques Arquier, mais ce que Mannier ne nous dit pas et que nous apprend la notice qui précède, il résigna sa commanderie en 1749 et mourut à Laon en août 1752. Aussi est-ce avec raison que M. Charles Forteau a placé vers 1750 la nomination de Fr. Foussié de la Harce. Ces précisions intéressent donc à la fois lEtampois et le Laonnois et, qui plus est, complètent avantageusement létude si puissante et si documentée de M. Mannier.
Maxime LEGRAND.
— Archives administratives de la Guerre. - Titres de propriété du domaine de la Petite Ville-aux-Bois. - Registres paroissiaux.
Sources : Maxime Legrand. Un Laonnois commandeur de Chalou-la-Reine au XVIIIe siècle. BNF
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