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Un Laonnois Commandeur Chalou-la-Reine au XVIIIe siècle

Département: Essonne, Arrondissement: Étampes, Canton: Étampes - 91

Chalou-la-Reine
Domus Hospitalis Chalou-la-Reine

Calau au IXe siècle, Chalotum Regine, Chalou-la-Reine, Chalo-la-Royne, Chalo en 1793, Chalou-Moulineux et Chalon-Moulineux en 1801.

Chalou-Moulineux (commune du canton de Méréville, arrondissement d’Etampes), qui se nommait jadis Chalou-la-Reine, fut le siège d’une Commanderie de Templiers, puis d’Hospitaliers.

Au dire de Mannier (1) cette importante maison portait sous les Templiers le nom de Commanderie de Chalou-Saint-Aignan, mais plus souvent de Chalou-la-Reine. En effet, au XIIe siècle, Chalou était un domaine royal, appartenant à la reine Alix, mère de Philippe-Auguste, qui le donna aux Templiers. Cette donation fut ratifiée par lettres du Roi de 1185 et Clément III confirma l’abandon, par une bulle de la même année.
1. E. Mannier, Les Commanderies du Grand Prieuré de France, Paris, Aubry et Dumoulin, 1872, page 68.

Après les Templiers, les Hospitaliers devinrent seigneurs de Chalou et de Moulineux, ainsi qu’il résulte d’un rapport de 1495 et d’autres documents qu’il serait trop long de relater. La Maison du Temple s’appelait alors Commanderie de l’Estampois, et ce, bien à tort, car son principal apanage fut toujours la « villam de Chalo » comme disait la bulle du pape Clément III. Toujours d’après le même auteur (1) le revenu de la maison de Chalou au XVe siècle était de 93 livres d’argent, 23 muids de froment et 14 muids d’avoine. Il s’élevait en 1788 à 4.235 livres d’argent et 125 sacs de blé.
Le domaine de Chalou comprenait 250 arpents de terre.
Les membres de la Commanderie étaient :
La Maison du Temple près d’Etampes (2).
Celle du Temple de Ramoulu (3).
La maison et le fief de la « Roche Lesbrard (4).
Le Temple du « Perray (5).
Le Temple de la Boutière (6) et celui de Mignères (7).
Il « y avait encore le Temple du Saussay (8) qui en faisait partie, mais ce dernier membre en fut distrait au XIVe siècle et érigé en chef-lieu de Commanderie.
1. Ibidem, page 69.
2. Etampes, Essonne.
3. Ramoulu, Loiret, arrondissement de Pithiviers, canton de Malesherbes.
4. A Saint-Cyr-sous-Dourdan, Essonne, arrondissement de Rambouillet.
5. À Beaumont-en-Gâtinais, Seine-et-Marne, arrondissement de Fontainebleau, canton de Château-Landon.
6. A Sceaux, Loiret, arrondissement de Montargis, canton de Ferrières.
7. Mignères, Loiret, mêmes arrondissement et canton.
8. Commune d’Itteville, Essonne, arrondissement d’Etampes, canton de La Ferté-Alais.


En remplacement les Hospitaliers y ajoutèrent plusieurs de leurs maisons appelées :
Le Chesnay (1).
Pilvarmer (2).
La Donaison (3) et « Fontenette (4) »
1. Commune d’Etampes, Essonne
2. Commune de Mondreville, Seine-et-Marne, arrondissement de Fontainebleau, canton de Château-Landon.
3. A Sury-aux-Bois, Loiret, arrondissement d’Orléans, cant. de Châteauneuf-sur-Loire.
4. Fontenette, commune d’Abbeville, Essonne, arrondissement d’Etampes, canton de Méréville.


La maison de la Commanderie, dit ailleurs Mannier, avec la ferme qui en dépendait, se trouvait sur le versant de la côte, touchant l’église. Elle tenait par le haut à la grande rue et par en bas à deux étangs, dont l’un était appelé le Petit Etang, et l’autre, couvrant 44 arpents de terre, se nommait le Grand Etang de Moulineux.
Ces étangs étaient alimentés par la fontaine de Sainte-Appoline, dont les eaux faisaient tourner les moulins de la Commanderie.
Sur la chaussée du « Grand Etang on voyait un pavillon appelé le Château Gaillard, qui servait de rendez-vous de chasse et de pêche au commandeur »

Tel est grosso modo le bénéfice dont au XVIIIe siècle vint jouir un Laonnois, François Nicolas Brucelle (1724-1749).
A cette époque le revenu de la Commanderie d’Etampes qui, en 1666, valait 3.600 livres, ne devait pas aller loin de 5.900 livres, valeur à laquelle il est évaluée en 1757.

Dans la liste des Commandeurs dressée par Mannier (1345 à 1786), Nicolas Brucelle occupe le 26e rang.
Son prédécesseur était Fr. Gilbert-Jean-Jacques Arquier (1707) et son successeur fut Henri Fourrié de la Harce, contrairement à ce que dit l’auteur précité. Il est en effet démontré par les registres paroissiaux, dont M. Ch. Forteau a opéré un dépouillement si consciencieux (1) que Fr. Libéral-Louis Geouffré ne figure aux actes qu’en 1754, Henri Foussié de la Harce signait par contre en 1750 aux registres d’inhumations et en 1751-1752 à ceux de mariage. Mort à Chalou en 1753, il y fut inhumé le 26 juillet, âgé de 40 ans.
1. Ch. Forteau, Les registres paroissiaux du canton de Méréville.

Fr. Nicolas Brucelle aurait donc exercé son pouvoir de 1724 à 1750 environ. C’est en 1740 qu’il fit établir à Chalou une mesure dite « Mine au Bled, Mesure de Chalou-la-Reine faite le neuf janvier 1740 de l’ordre de Monsieur Brucelles commandeur », ainsi que nous en informe une plaque de cuivre à ses armes conservée au musée d’Etampes.
Ces armes sont inscrites dans un écu ovale portant en chef la croix de l’ordre et dans le corps de l’écu : « D’or au chevron de gueules accompagné en chef de deux pommes de pin versées de sable figées et feuillées de simple et en pointe d’un écureuil rampant de gueules. »

Une variante donne la version suivante : « D’or à un chevron de gueules accompagné en chef de deux grappes de raisin de mente, feuillées de sinople, etc. »

ARMES de Nicolas BRUCELLE
Commandeur d’Etampes relevées sur une mine à blé.
Par M. René de Lorière
(Cliché de la Société du Gâtinais)
Image des Armes BNF

La première leçon vaut évidemment mieux et la seconde n’est peut-être qu’une lecture erronée d’un dessin défectueux.
Qu’était donc ce Nicolas Brucelle et d’où venait-il ?
La notice ci-dessous que nous devons à l’obligeante érudition de M. le comte Maxime de Sars vient nous éclairer d’une manière complète et nous renseigner sur le personnage devenu, de par les circonstances, citoyen de l’Etampois.

BRUCELLE
Famille de cultivateurs du Laonnois, représentée encore aujourd’hui par plusieurs branches. L’une d’elles était parvenue à la bourgeoisie au XVIIe siècle.

I. — Jean Brucelle, épousa Léonore Liégeois ; dont au moins deux fils qui suivent :
II — I) Charles Brucelle, fermier à Clermont-les-Fermes (arrondissement de Laon, Aisne), marié en 1678 à Madeleine Sureau, fille cadette de Cornil Sureau, receveur du Prieuré de Saint-Paul-aux-Bois, et d’Elisabeth Pougeois ; auteur d’un rameau qui s’est continué à Clermont jusqu’au XIXe siècle.
2) Jean Brucelle, seigneur de la Petite-Ville-aux-Bois et de Lislet en partie, receveur général de la commanderie de Boncourt et Seraincourt, naquit en 1662. D’abord receveur de la terre et seigneurie de Pierrepont (arrondissement de Laon), il succéda à son beau-père, en 1695, dans la recette de Boncourt (arrondissement de Laon). Il acquit en 1720, pour 35.000 livres, le domaine de la Petite Ville-aux-Bois (commune de La Ville-aux-Bois-lès-Dizy, arrondissement de Laon) avec le neuvième de celui de Lislet. Il s’y fixa et y mourut le 30 décembre 1781 ; son corps fut inhumé dans l’église paroissiale de La Ville-aux-Bois-les-Dizy.
Il avait épousé en l’église de Boncourt, le 22 juin 1682, Catherine Audert, née en 1664, fille cadette de Nicolas Aubert, sieur de Chanvallon, receveur de la commanderie de Boncourt, puis conseiller du Roi, receveur du grenier à sel de Laon, et de Marie-Blanche, sa seconde femme ; dont neuf enfants qui suivent :
III. — I) Nicolas Brucelle, servant d’armes, puis chevalier magistral de l’ordre de Malte en 1720, commandeur d’Etampes en 1724, résigna cette commanderie en 1749 pour celle de Chevru-en-Brie, mourut à Laon, le 3 août 1702, âgé de 69 ans, et fut inhumé dans la chapelle de la commanderie de Puisieux, Il avait assisté, le 26 novembre 1780, à la bénédiction de la chapelle du château de la Petite-Ville-aux-Bois.
2) Jean-Baptiste Brucelle, prêtre, chanoine de l’église collégiale de Saint-Laurent de Rozoy, seigneur de la Petite Ville-aux-Bois et de Lislet en partie (pour un tiers du neuvième), décédé à Rozoy-sur-Serre, le 23 décembre 1753.
3) Marc-Antoine Brucelle, sieur de Salon, lieutenant de la grande louveterie de France, seigneur de la Petite Ville-aux-Bois et de Lislet en partie (pour un tiers, puis pour un demi-tiers en plus en 1753), ancien receveur général de la châtellenie de Chaourse (arrondissement de Laon), décédé sans alliance au château de la Petite Ville-aux-Bois en 1766, et inhumé dans l’église paroissiale.
4) Simon Brucelle, seigneur de la Simonne, porte-manteau de la petite écurie du Roi, né en avril 1692, vétéran en 1748, marié à Epernay, en 1717, à Anne Aubert, fille d’Aimé Aubert de Lerrieux, assesseur en l’hôtel-de-ville d’Epernay, et de Marie-Anne Bertin, dont cinq enfants qui suivent :
IV. — I) Simon-Adam Brucelle, né le 27 mars 1720, se destina d’abord à l’église et fut tonsuré ; il entra ensuite aux gendarmes et eut un cheval tué sous lui à Fontenoy.
2) Jean-Baptise-Simon Brucelle, seigneur de la Simonne, né le 5 septembre 1723, lieutenant au régiment de Lyonnais en 1733, puis capitaine, chevalier de Saint-Louis en 1748, aide major en 1752.
3) Marie-Anne Brucelle, née le 8 novembre 1718.
4) Marie Brucelle, née le 11 juillet 1732.
5) Toinon Brucelle.

III — 5) Henry-François Brucelle, seigneur de la Petite Ville-aux-Bois et de Lislet en partie, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien capitaine de grenadiers au régiment de Lyonnais, naquit le 27 avril 1703, Cadet dans Lyonnais en 1722, lieutenant en 1724, il leva une compagnie en 1733 et reçut celle des grenadiers le 26 novembre 1744, la croix de Saint-Louis en 1745 ; sa mauvaise santé et un coup de fusil dans le bras l’obligèrent à quitter le service en 1748. La mort de ses deux frères aînés lui ayant laissé l’ensemble du domaine de la Petite Ville-aux-Bois, il y mourut le
28 novembre 1776 et fut inhumé dans l’église paroissiale. Il avait épousé en l’église d’Avesnes, le 5 décembre 17S8, Anne-Thérèse - Ignace - Joseph de Sars, née à Valenciennes le 30 novembre 1727, décédée à Laon le 23 octobre 1808, fille cadette de Denis-Joseph de Sars, écuyer, seigneur de Beausart, Curgies, Anhée, Haveluy, etc., et de Marie-Thérèse-Joseph Veltom, sa seconde femme. Sa veuve se remaria en la chapelle du château de la Petite Ville-aux-Bois, le 4 mars 1778, à Pierre-Léopold de Castres, chevalier, seigneur en partie de Vaux-lès-Rubigny, chevalier de Saint-Louis, capitaine au régiment provincial de Soissons, né en 1742, mort à Laon le 8 novembre 1794.
6) Marie-Madeleine Brucelle, mariée à Charles Jongleur, conseiller du Roi, élu en l’élection de Laon, fils d’Antoine Jongleur, bourgeois de Laon, et de Marguerite Tucien ; elle mourut à Laon, le 1e juillet 1766, Agée de 80 ans, et fut inhumée en l’église Sainte-Geneviève de cette ville ; dont deux filles.
7) Elisabeth Brucelle, femme d’Antoine Bouchier, avocat en Parlement et receveur général de la commanderie de Boncourt, y demeurant ; dont un fils et trois filles.
8) Marie Brucelle, baptisée en l’église de Boncourt, le 1e septembre 1701, morte jeune.
9) Catherine Elisabeth Brucelle, morte jeune (1).
1. Bibliothèque nationale, Dossiers bleus, 140.

Nicolas Brucelle, servant d’armes, puis chevalier magistral de l’ordre de Malte, a donc bien succédé en 1724 à Gilbert Jean-Jacques Arquier, mais ce que Mannier ne nous dit pas et que nous apprend la notice qui précède, il résigna sa commanderie en 1749 et mourut à Laon en août 1752. Aussi est-ce avec raison que M. Charles Forteau a placé vers 1750 la nomination de Fr. Foussié de la Harce. Ces précisions intéressent donc à la fois l’Etampois et le Laonnois et, qui plus est, complètent avantageusement l’étude si puissante et si documentée de M. Mannier.
Maxime LEGRAND.
— Archives administratives de la Guerre. - Titres de propriété du domaine de la Petite Ville-aux-Bois. - Registres paroissiaux.

Sources : Maxime Legrand. Un Laonnois commandeur de Chalou-la-Reine au XVIIIe siècle. BNF

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