Commanderie de Civray
Département: Vienne, Arrondissement: Montmorillon, Canton: Civray - 86
Moules à enseigne de pèlerinage et médailles (XIVe siècle)
Le R. P. de la Croix donne lecture d'une note archéologique relative à des moules à enseignes et à médailles de pèlerinages trouvés il y a quelques mois à Civray dans des terrains portant au cadastre le nom de Temple. C'est sur ces terrains que s'élevait autrefois un établissement de Templiers qui fut remplacé par une commanderie de Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Sur ces moules en parfait état de conservation sont représentés:
1° — Un Saint Jean-Baptiste et un Agnus Dei, l'un ayant servi d'enseigne et l'autre de médaille ; 2° un autre saint jusqu'ici indéterminé, mais destiné à une enseigne, et une croix pattée utilisée sans doute comme médaille. Ces moules, d'un grand intérêt, seraient, d'après le R. P., du XIVe siècle et auraient appartenu a cette commanderie.
Une circonstance fortuite m'a mis, il y a quelques mois, en possession de deux moules à Enseignes et à Médailles de pèlerinages, trouvés à Civray (Vienne), dans l'emplacement d'une commanderie, qui s'appelle aujourd'hui le Temple, et qu'occupaient, au XIIe siècle, des Templiers ; au XIVe siècle, des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (1).
1. — Il y avait à Civray une maison de Templiers, domus Templi apud sivoicum, 1184 (Fontenceau, tome XVIII, page 555), qui devint une commanderie de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem... (Dictionnaire topographique de la Vienne, Redet)
L'intérêt que présentent ces objets m'engage à en donner la description et à ajouter quelques observations.
Ces deux moules, en pierre calcaire lithographique, contiennent chacun deux sujets assez grossièrement gravés en creux. Leurs contreparties, destinées à donner une épaisseur convenable aux objets fondus, n'ont pas été retrouvées ; mais, à l'examen des moules, il semblerait qu'elles auraient été planes ou ne possédaient qu'un simple évidement d'une minime profondeur, et que cet évidement aurait uniquement suivi, non les détails des sujets, mais leurs contours.
Moule n° 1
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Moule n° 1
Après avoir décrit les deux moules et les sujets qui y sont gravés, examinons ce que peuvent représenter les sujets qui s'y voient.
2° — A quelle époque on pourrait les classer.
3° — Enfin, où ils ont dû être confectionnés.
Le moule n° 1 contient deux sujets représentant des personnages, et à la forme d'un parallélogramme irrégulier déformé sur trois de ses côtés ; sa hauteur est de 87 millimètres ; sa largeur, de 77 millimètres, et son épaisseur, de 88 millimètres. Le principal sujet représente un personnage debout, nimbé, vêtu d'une tunique, le bras droit plié au coude vers la gauche et paraissant montrer l'animal qui est sur l'autre bras ; le bras gauche écarté du corps, et le bas des jambes apparent. On voit aussi à côté du bras droit un petit motif fort mat gravé qui pourrait peut-être figurer tige avec des fleurs. Malgré l'incorrection du dessin et de la gravure, l'animal figuré sur les bras et l'épaule gauche du saint semblerait être un agneau.
— Ce personnage occupe le centre d'une ornementation circulaire à doubles traits qui forme encadrement. La partie laissée libre entre les deux traits est remplié par des jambages graves de droite sur gauche, et le trait extérieur est meublé de petites perles. Quatre annelets y sont également annexés et paraissent avoir été destinés à fixer l'objet sur de l'étoffe ou sur du bois. Quant à la grande cannelure qui vient aboutir au bas de cette sorte de cordelière décorative formant cadre, elle n'est autre chose que la coulée par laquelle le métal en fusion entrait dans le moule. Pour ce qui est des quatre traits un peu longs et épais qui rompent le rang de perles circulaires, ils ne sont, ce semble, que les évents destinés à recevoir les bulles d'air que produisait nécessairement le métal en fusion au moment de son introduction dans le moule....
Moule n° 2
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Moule n° 2
Le moule n° 2, beaucoup plus petit que le précédent, possède également deux sujets, mais a subi de regrettables mutilations. Il n'a plus que 55 millimètres de hauteur, 41 millimètres de largeur et 15 millimètres d'épaisseur. Le principal sujet, qui est entier, représente un Agneau ou Agnus Dei marchant de droite à gauche la tête retournée, coupé par une croix latine à longue tige, dont les trois bras supérieurs semblent pattés. Sur ses flancs existent des traits assez mal gravés qui paraissent représenter deux petites croix.
Le tout se trouve enchâssé dans un anneau composé d'un simple cercle garni de perles à l'extérieur. Au haut du cercle se voit un annelet, et au bas une coulée.
Le second sujet représente une croix ancrée à quatre branches égales (il n'en reste que deux), entourée d'un cercle composé d'un seul trait ; de petites ciselures reliaient deux par deux et en courbes opposées à celle du cercle formant cadre, les extrémités des bras de la croix.
Ces deux sujets étant de petites dimensions paraissent n'avoir été que des médailles ou souvenirs pieux, mais non des enseignes de pèlerinages. Si, comme cela parait probable, la partie brisée du moule avait comporté la ciselure d'un annelet semblable à celui qui surmonte l'Agnus-Dei, ces deux médailles auraient pu être suspendues.
Après avoir décrit les deux moules et les sujets qui y sont gravés, examinons:
1° — Ce que peuvent représenter les sujets qui s'y voient.
2° — A quelle époque on pourrait les classer.
3° — Enfin, où ils ont dû être confectionnés.
1°. — Il semblerait que le personnage debout, nimbé, sur le bras et l'épaule gauche duquel se voit une sorte d'agneau ou de mouton, serait saint Jean-Baptiste. Ce qui porterait à le croire, c'est que d'une part le personnage paraissant nimbé représente par-là même un saint, et possède l'agneau ou le mouton, l'un des attributs de saint Jean-Baptiste ; d'autre part, le moule a été trouvé dans une Commanderie occupée d'abord par des Templiers, puis par les Hospitaliers de
Saint-Jean de Jérusalem, dont saint Jean Baptiste était le patron.
— Nous ne pouvons également méconnaître que cet autre sujet, représentant un Agnus Dei, puisse rentrer, par l'agneau lui-même, parmi les attributs représentés sur les objets ayant trait au culte de saint Jean-Baptiste. Il serait de même possible, croyons-nous, de voir un saint Eloi dans le personnage debout, mitré, revêtu de l'aube et de la chasuble, bénissant de la main droite et tenant de la gauche un marteau. Ce saint était évêque, et c'est dans l'attitude d'évêque debout et tenant à la main un marteau, qu'il est le plus souvent représenté (1).
Quant à la petite croix pattée, elle rentre dans les souvenirs communs à tous les pèlerinages.
1. Père Cahier. Caractéristique des Saints.
2° — Pour ce qui est de l'époque à laquelle ces moules auraient été confectionnés, nous croyons qu'il serait difficile de la placer ailleurs que dans le XIVe siècle. En effet, ces moules ont été trouvés dans une Commanderie qui n'a été habitée par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qu'au XIVe siècle ; de plus, ils représentent des personnages dont les emblèmes sont ceux de saint Jean-Baptiste, patron de ces mêmes Hospitaliers enfin, la chasuble dont est revêtu un des personnages a la forme usitée à cette époque.
3° — Quant à l'usage de ces moules, il parait très probable que celui (n° 1) qui contient, comme nous le pensons, un saint Jean-Baptiste et un saint Eloi, aurait servi à des enseignes de pèlerinages, si l'on en juge du moins par les annelets qui les entourent. Il semblerait au contraire que celui (n° 2) sur lequel sont gravés un Agnus Dei et une croix ancrée était destiné à fondre des médailles de pèlerinages, que l'on pouvait suspendre ou attacher à un morceau d'étoffe ou de bois.
Sources: R. P. De la Croix, S. J. Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest, page 301. Tome V. Poitiers 1892. BNF
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