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Hospitaliers Nivernais

Département: Nièvre, Arrondissement et Canton: Nevers - 58
Raymond du Puy

Vers le milieu du onzième siècle, des marchands napolitains, appelés souvent par leur commerce à Jérusalem, avaient conçu le projet d'y fonder un hospice en faveur des pèlerins qui, allaient visiter les-saints Lieux ; ils, obtinrent du calife d'Egypte l'emplacement nécessaire pour bâtir une église et le pieux établissement qu'ils projetaient, et se procurèrent pour le desservir, des religieux, de l'ordre de Saint-Benoît.
Comme le nombre des pèlerins allait toujours en augmentant, on comprit la nécessité de donner de l'extension à l'établissement, et, en l'agrandissant, on y ajouta une chapelle, sous le vocable, de saint Jean-Baptiste, d'autres disent de saint Jean l'Aumônier ; Un certain Gérard, originaire de Provence, en fut le premier directeur.
Raymond du Puy, natif du Dauphiné, succéda à Gérard, et prit le premier le titre de maître. Il donna une règle spéciale à ses frères hospitaliers et la fit confirmer par les Souverains Pontifes. Cette règle avait beaucoup de rapports avec celle de Saint-Augustin ; les enfants de saint Benoît finirent par rentrer dans les maisons spéciales de leur ordre. D'ailleurs, les nouveaux engagements que devaient prendre les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ne leur eussent pas permis de continuer à remplir leurs fonctions.
En effet, l'œuvre avait progressé ; il ne s'agissait plus seulement de porter, secours à des pèlerins malades ou fatigués de la route, mais encore de les défendre contre les attaques des infidèles, qui leur faisaient subir les plus mauvais traitements.
Le grand-maître Raymond du Puy, voyant que les revenus de l'hôpital de Jérusalem surpassaient de beaucoup les besoins de ses, frères, des pèlerins et des malades, crut qu'il ne pouvait mieux faire que de consacrer l'excédent à la guerre qu'on faisait en Terre-Sainte contre les infidèles, et tout en employant ses hospitaliers à protéger les voyageurs, il s'offrit lui-même, avec ceux qui composaient sa communauté, au roi de Jérusalem.
Il est à remarquer que, pour se maintenir dans l'esprit de leur vocation, ils continuèrent à se vouer au soulagement des indigents ; le grand-maître nourrissait chaque jour douze pauvres, qu'il servait de ses propres mains.
Dans le principe, les Hospitaliers n'étaient composés que de clercs et de laïcs ; mais il les divisa en trois classes :
1° Les nobles, qu'il destina à la profession des armes pour la défense de la foi et des chrétiens.
2° Les prêtres et chapelains, pour le service divin dans l'église conventuelle.
3° Les frères servants, chargés des travaux de la maison et qui, au besoin, prenaient aussi les armes (1).
1. Nous ne parlons pas d'une quatrième classe qu'on pourrait nommer chevaliers honoraires et qui n'étaient pas obligés de garder le célibat.

Avant ces modifications dans la règle primitive, Godefroy de Bouillon, qui s'était emparé de la ville de Jérusalem le 15 juillet 1099, avait été édifié de la charité des Hospitaliers et leur avait abandonné, pour leurs œuvres, quelques domaines qu'il possédait en France ; d'autres personnes charitables imitèrent son exemple, et les revenus de cet établissement augmentèrent d'une manière considérable.
Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem furent connus aussi sous le nom de chevaliers de Rhodes lorsqu'ils eurent conquis cette île, et encore sous celui de chevaliers de Malte quand, en 1530, l'empereur Charles V, leur abandonna cette place importante. Ils ne pouvaient pas négliger le soin des propriétés qui leur avaient été concédées dans les pays étrangers, et surtout en France. Ils avaient d'ailleurs à y exercer leurs fonctions, soit en y offrant un asile aux pèlerins, soit en les protégeant contre les attaques de gens sans aveu qui ravageaient souvent le pays et détroussaient les voyageurs.
Telle fut l'origine des établissements qu'ils fondèrent en Europe sous le nom de commanderies. Dans la circonscription formant le diocèse actuel de Nevers on comptait six commanderies :
1° Trois dans l'ancien diocèse de Nevers.
2° Trois dans la partie de l'ancien diocèse d'Auxerre réunie à celui de Nevers depuis le rétablissement de ce dernier siège.
Dans la première catégorie, nous comptons les commanderies de Biches, de Feuilloux et de Tourny.
Dans la seconde étaient les commanderies de Villemoison, du Piessis d'Arbourse et de Saint-Jean Davien ou Darien.
Malgré les recherches que nous avons faites pour découvrir l'époque précise de la fondation de ces établissements, nous n'avons pu obtenir aucun document écrit à ce sujet. Nous pouvons toutefois assurer, sans crainte de nous tromper, qu'ils doivent ; remonter au douzième siècle ; les constructions qui en restent et même certains objets qui en proviennent accusent cette époque. Ce que nous disons relativement à la fondation peut s'étendre à l'histoire de chacune de ces maisons, dont on ignore les détails. Nous sommes donc forcé de nous en tenir aux quelques renseignements que nous avons butinés.

Biches, Nivernais

Département: Nièvre, Arrondissement: Château-Chinon (Ville), Commune: Biches - 58
Commanderie de Biches

— Tout près du prieuré dépendant de Notre-Dame de La Charité, que nous avons indiqué en écrivant l'histoire de ce célèbre monastère, avait été fondée, peut-être à la même époque, une commanderie des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

On ne pouvait obtenir une commanderie si on n'avait pas fait quatre caravanes sur mer, et après un séjour de cinq ans dans l'île (1). Il paraît que pour Biches on exigeait cinq caravanes ; les prêtres de l'ordre n'étaient tenus qu'à deux. Nous avons dit que, les prêtres et les clercs attachés à l'ordre étaient chargés de l'office divin ; cependant, s'il faut s'en rapporter à une notice relative à la commanderie qui nous occupe, ils oubliaient parfois la maxime : Ecclesia abhorret a sanguine ; les commandeurs prêtres disaient la messe bottés et éperonnés, et portaient l'épée au côté ; deux pistolets étaient placés aux deux côtés de l'autel pour indiquer, dit le chroniqueur, que, même en officiant, ils étaient prêts à défendre la religion et precibus et gladio (2).
1. Cette île était primitivement celle de Rhodes et plus tard celle de Malte.
2. Copie de cette notice nous a été communiquée par M. Bétiaux, curé actuel de Biches.


Les bâtiments de l'ancienne commanderie sont relativement récents, ils datent du dernier siècle, sauf quelques substructions d'une époque plus reculée. La chapelle, qui ne présente rien d'intéressant, a conservé deux petites fenêtres romanes et une crédence cintrée engagée dans la muraille.

On a conservé les noms de cinq commandeurs du siècle dernier. En 1737, on trouve sur les registres de la paroisse un commandeur du nom de Lefebure, parrain par procureur d'un enfant de la famille de Bréchard. Il avait envoyé à cet effet sa procuration notariée d'Abbeville, où il se trouvait alors.
La notice fait mention de quatre autres commandeurs, dont deux étaient honorés du sacerdoce : MM. Cabeuil et Desmarais, l'un et l'autre prêtre. Ce dernier instituait en 1781 M. Gondier de Gérigny comme receveur général de la commanderie de Biches ; il délivrait à cette époque une procuration dont la teneur présente un certain intérêt ; on y lit : « Nous, frère Louis-Etienne Desmarais, prêtre conventuel de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ancien chancelier du grand-prieur de France, chanoine de Saint-Jean de Latran à Paris, commandeur de la commanderie de Biches en Nivernais, avons institué et instituons, etc. » Il vivait encore en 1787.
M. Desmarais aurait eu pour successeur un M. Jourdain qui ne jouit pas longtemps de cette charge, car on voit paraître en 1789 sur les registres de la paroisse M. Antoine-Etienne de Tonsard d'Olbec, capitaine du corps royal du génie, qui prenait le titre de commandeur de Biches et du Sauzay (3).
3. On comptait donc encore une autre commanderie au Sauzay ; elle devait être peu importante et son histoire est demeurée inconnue.

Quand la Révolution éclata ; le commandeur de Tonsard d'Olbec dut abandonner ce pays. Il passait à cheval, armé et équipé devant l'église un dimanche, au moment où on lisait des proclamations devant le portail, et où on délibérait sur les affaires de la commune.
Des menaces et des paroles outrageantes à son adresse partirent du groupe. Le commandeur, blessé de ces procédés, fit ses adieux à quelques citoyens notables et on ne le vit plus.
Cependant, on le trouve encore au service de la France : il assistait avec Napoléon Ier au siège de Malte ; il mourut colonel d'artillerie.

Feuilloux, Nivernais

Département: Nièvre, Arrondissement: Nevers, Canton: Decize - 58
Commanderie de Feuilloux

— Au milieu des bois qui s'étendent entre Neuville-les-Decize et Avril-sur-Loire on rencontre une vieille chapelle qui n'est pas sans intérêt : elle avait appartenu à l'établissement des Hospitelliertz de Feuillot, placé dans la circonscription de cette dernière paroisse ; on le connaissait plus tard sous le nom de l'Hospital de Feuloux Cette chapelle existe encore au milieu des, restes de l'ancienne commanderie. A défaut de documents historiques, le portail suffirait pour nous prouver qu'elle a dû appartenir à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Son frontispice présente un aspect sévère ; une porte carrée est surmontée d'un tympan timbré d'une, croix grecque potencée avec l'alpha et l'oméga. On y lit cette inscription en lettres majuscules : Pax huic domvi — Bene fundata firmam petram domus Domini

L'abside, en hémicycle, est seule voûtée. On remarque dans cette partie un étage ajouté, postérieurement comme travaux de défense, disposition insolite dans notre contrée. M. de Soultfait, d'accord, avec nous sur ces, détails, ajoute : « A l'ouest, les bâtiments d'habitation du treizième siècle et du quinzième ; écu aux armes de Bourgogne-Nevers et de l'ordre de Malte ; base d'une tour du treizième siècle à l'angle nord-est, réunie à l'abside de la chapelle par une courtine épaisse de 1 mètre 30 centimètres, (1). »
1. Répertoire archéologique.

L'abbé, de Marolles fait mention, d'une « transaction, passée en 1379 entre ; Isabeau, dame de La Ferté-Chaudron, et les religieux hommes, le maître et les frères de la maison de Feu-Loup, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, sur la justice et la juridiction de ladite maison, Pierre de Lespinasse étant précepteur (commandeur) de ladite maison (2). »
2. Inventaire des titres.

Villemoison, Nivernais

Département: Nièvre, Arrondissement: Cosne-Cours-sur-Loire, Canton: Saint-Père - 58
Commanderie de Villemoison

— Cette commanderie importante était située dans la paroisse de Nuzy, actuellement Saint-Père, près Cosne. Au milieu de constructions du dix-septième siècle, nous y avons vu avec plaisir la chapelle, remontant probablement à l'époque de la fondation (douzième siècle), mais malheureusement tronquée, car il ne reste plus que l'abside, ornée de peintures de l'époque que nous indiquons. La voûte présente le Sauveur dans une gloire ovoïde, accompagné de deux anges.

Le Plessis d'Arbouse
Département: Nièvre, Arrondissement: Cosne-Cours-sur-Loire, Canton: La Charité-sur-Loire - 58
— A quelque distance, d'Arbourse, une ancienne, habitation porte le nom d'Hôpitot ; c'était, le siège de la commanderie, dont l'histoire demeurera probablement encore longtemps inconnue. Il est question de cette maison dans un acte de 1245 : Plesseium juxta Arbusam (1).
1. Gallia christiana, tome XII, inter instrumenta, page 161.

Saint-Jean-Darien ou Davien
Département: Nièvre, Arrondissement: Cosne-Cours-sur-Loire, Canton: Varennes-les-Narcy - 58
— Cette commanderie devait être double, c'est-à-dire composée de deux maisons peut-être indépendantes l'une de l'autre ; l'auteur de la notice sur les monastères du diocèse d'Auxerre les nommé Le Grand et le Petit-Saint-Jean. Ce sont les seuls renseignements qu'il nous fournisse ; Cette commanderie faisait partie de la paroisse de Varennes-les-Narcy, près La Charité.

Nous possédons une petite clé en bronze suspendue à une chaîne de même métal d'une patine admirable ; elle a été trouvée au milieu des ruines du Grand-Saint-Jean
L'anneau de cette clé est formé de deux lions ; elle a probablement appartenu à un commandeur ou au moins au caissier de rétablissement ; nous l'attribuons au douzième siècle.
Saint-Jean (Le Petit)
— Hameau commune de Varennes-les-Narcy.
— Ancien membre de la commanderie de Villemoison, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
— Præceptoria Sancti-Johannis dicta Darien, 1535, (Pouillé d'Auxerre)
— Saint-Jean-Davin, 1536, (Archives de l'Yonne, inventaire de Villemoison)
— Chapelle de Saint-Jean-Davin, membre de Villemouson, 1605 (Ibidem)
— Grand et Petit Saint-Jean (Cassini)
Dictionnaire Topographique du département de la Nièvre. Par Georges de Soultrait. Paris Imprimerie Impériale. M. DCCC. LXV.
Sources: Crosnier, Augustin-Joseph. Les congrégations religieuses dans le diocèse de Nevers. Volume I, page 466 et suivantes. Nevers 1877-1881. BNF

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