Hôpital de Quittay
Département: Mayenne, Arrondissement et Canton: Mayenne, Commune: Saint-Georges-Buttavent - 53
Comment vivaient et étaient soignés les lépreux ?
Saint Louis, très averti sur cette question, favorisa en France les membres des deux ordres qui traitaient les malades en Palestine : les chevaliers de Saint-Jean et ceux de Saint-Lazare de Jérusalem. Quelques-uns de ces religieux, appelés par des seigneurs croisés du Maine, établirent deux commanderies, l'une à Thévalles, près la léproserie Saint-Nicolas d'Avénières, l'autre à Quittay, voisine de la léproserie Saint-Jacques.
Déjà entre 1186 et 1210, Guy VI, d'après un acte rédigé en la chapelle de Notre-Dame de son château de Laval, autorise la donation faite par un frère condonné de Thévalles.
Les seigneurs de Mayenne octroyèrent aux frères hospitaliers de Quittay tous les privilèges d'une châtellenie ordinaire : droit de scel, institution de notaires, juridiction contentieuse siégeant d'abord en un auditoire particulier, puis à la barre ducale de Mayenne, et ressortissant directement à la cour du Mans ou, pour les cas de l'édit, au présidial de Château-Gontier. Cette commanderie, moins importante que celle de Thévalles, était desservie particulièrement par des frères servants. Plusieurs maisons dépendant de la mouvance de la commanderie étaient surmontées d'une croix, suivant la coutume primitive de l'ordre du Temple : signum Crucis super habitationem sub custodia fratrum Templi eorumque deferent intersigna secundum conventionem Templi
Quelques-unes de ces croix de Malte subsistent encore dans les environs de Quittay.
Quel fut le rôle médical de ces religieux ? On ne saurait le préciser en raison de la pauvreté des archives concernant ces premières formations hospitalières au point de vue sanitaire. Si on prend comme exemple la commanderie de Quittay, on constate qu'en 1262, elle est occupée par les « fratres militie de Templi de Quitteyo » ; qu'après l'expulsion des Templiers, elle passe aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dont le grand maître se qualifie commandeur de l'hôpital de Quittay ; enfin, qu'au XVIe siècle, elle est désignée sous le nom de « sacrée infirmerie » par le prieur Jean Bodin.
Un mortier de granit indique bien que la « sacrée infirmerie » était dotée d'une apothicairerie et, par suite, avait des infirmiers. La mission de ces auxiliaires était établie par le chapitre général de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Mais il est fort probable que cette réglementation, celle de Malte surtout, ne fut pas appliquée dans des établissements de moindre importance tels que Quittay et Thévalles.
Les chevaliers ou frères servants eurent pour mission de protéger les pèlerins se rendant au Mont Saint-Michel et de coordonner l'action secourable des personnes préposées à la lutte contre la lèpre dans les léproseries voisines de leur commanderie, c'est-à-dire les chirurgiens. Nous les retrouvons mandatés par le procureur syndic de la communauté des habitants pour dépister les malades justiciables d'un internement dans la léproserie.
Ces experts devaient reconnaître les 28 signes de la lèpre, dont dix à la tête. Si deux barbiers chirurgiens n'apportaient pas un rapport concluant, on en appelait à un troisième pour départager les avis ; si enfin le désaccord persistait, on recourait à deux autres épreuves. Ou bien on faisait, comme de nos jours, une prise de sang qu'on divisait en trois parties pour être passées à travers un linge mélangées à du sel et à de l'urine de jeune garçon ; suivant certaines réactions, l'épreuve était positive ou négative. Quelquefois, on conduisait la personne suspecte au Mans, rue Dorée, où une table de marbre avait la puissance de révéler la nature de la maladie.
Cette expérience souveraine coûtait 5 à 20 sols tournois et était faite en présence des barbiers, de clercs d'office, d'appariteurs et d'un greffier. Les chirurgiens étaient payés pour l'examen des lépreux (1).
1. « Item, fait visiter ledit Guérencière la femme de Jehan Constant par deux sergehiens et fut visité au lieu de la Blutière (Assé-le-Riboul) et paya XX sols. »
Voilà les moyens d'investigation primitifs dont nos anciens chirurgiens disposaient avant la bactériologie et la radiologie modernes. Leur rôle était de dépister, diagnostiquer la maladie contagieuse ; ils ne pensaient pas à médicamenter les lépreux, malades incurables, qu'ils considéraient comme leurs frères en Jésus-Christ, placés sous sa protection divine, dignes d'une sollicitude plus chrétienne que thérapeutique. Ils indiquaient aux pouvoirs publics, comme mesure préventive, l'isolement du lépreux. Ambroise Paré recommande une prophylaxie de sa façon : « Il faut faire séparer les ladres de la conversation et de la compagnie des sains, d'autant que ce mal est contagieux quasi comme la peste et que l'air ambiant ou environnant, lequel nous inspirons et attirons dans nos corps, peut être infecté de leur haleine et de l'exhalation qui sort de leurs ulcères ; . . . ce qui ne répugne point aux Sainctes Ecritures, car il est escript que le Seigneur fit séparer les lépreux hors de l'ost des enfants d'Israël »
A Quittay, subsistent la chapelle et la maison du prieur ; on peut voir, au sommet du pignon d'un bâtiment de service, un calice en pierre sauvé des ruines par l'intuition respectueuse d'un maçon, alors que des vestiges du plus haut intérêt au point de vue religieux, historique et artistique, étaient livrés à vil prix à des antiquaires avertis de leur valeur.
On remarquait, il y a quelques années, l'emplacement de la prison, témoignage lapidaire de l'origine militaire de l'ordre ; un calice et une hostie en granit, une statue de Saint-Jean, patron des chevaliers, indiquaient le caractère également religieux de l'institution. Une remarquable statue de la Vierge allaitant l'enfant Jésus qui soutenait de la main les mamelles virginales, nourricières du nourricier de l'Univers, aumônières de l'Univers, aumônières de l'Indigence et de la pauvreté de Dieu, évoquait la charité des chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean et de Saint-Lazare de Jérusalem.
Depuis plus de quatre siècles, les chevaliers de Quittay et de Thévalles n'avaient plus à prendre part à la lutte anti-lépreuse. A la fin du XVIIe siècle, le chevalier Gabriel de la Ferté, commandeur de Thévalles, écrivait à sa belle-sœur, Françoise d'Andigné de Maineuf : « Il y a des chevaliers qui ont abandonné des gouvernements en France pour donner leurs soins et tous leurs biens aux pauvres de l'hôpital de Malte, et même qui portent les morts en terre. »
Devenu commandeur de Thévalles, il fut, dit l'abbé Angot, l'édification et la providence du pays, assistant les pauvres, visitant les malades. Pendant une année de chômage où la plus grande partie des tisserands était sans travail, il acheta des toiles au plus vil prix et en fit confectionner des vêtements pour les malheureux.
Lorsqu'il fut pris d'une fièvre maligne, par respect pour les sacrements, il descendit de son grenier où il couchait sur deux fagots de sarments et se fit mettre sur le lit d'honneur qu'il n'occupait jamais. Il continua vis-à-vis des malades ordinaires les œuvres de charité et de miséricorde, réservées autrefois aux lépreux par ses ancêtres de l'ordre.
Pour les autres chevaliers, la commanderie ne constitua plus qu'un bénéfice, un domaine affermé. Le titre de chevalier ou de frère servant de Saint-Jean ou Saint-Lazare de Jérusalem n'était plus qu'un titre qui perpétuait le souvenir de l'ordre : il était décerné à certaines personnalités distinguées.
La lettre de réception de Pierre Bouessay, lieutenant général de Mayenne, comme frère servant d'armes de l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et de N.-D. du Mont-Carmel (22 juin 1722), par le duc de Chartres, premier prince du sang, donne bien au récipiendaire des droits honorifiques : fonctions, libertés, droits et privilèges accordés par les Souverains Pontifes, Empereurs et Rois chrétiens ; droit de tenir rang parmi les frères servants d'armes de l'ordre, de posséder des commanderies, porter la croix dudit ordre en médaille, attachée à une chaîne d'or sans ruban ; devoir de se rendre au service du Roi, toutes et quantes fois qu'il en sera requis ; mais rien n'est spécifié pour le service matériel ou médical des lépreux (1).
1. Lettres de réception de frère servant d'armes dans les ordres royaux, militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem pour Pierre Bouessay de la Morinière :
« Louis d'Orléans, duc de Chartres, premier prince du sang, pair de France, colonel général de l'infanterie, gouverneur et lieutenant général pour le Roy de la province du Dauphiné, grand-maître général tant au spirituel qu'au temporel des Ordres royaux.
Quand l'Assemblée Constituante abolit l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et de Notre-Dame du Mont-Carmel, les biens de la commanderie de Quittay furent nationalisés. Le dernier commandeur, Alexandre Lenormand, avait fait sculpter sur le porche de son habitation 1 des croix de Malte encore visibles. Ces insignes ont été conservés alors que, sur le pilastre de la maison d'en face 2, les trois fleurs de lys, panonceau d'un locataire, sergent ou notaire royal, furent effacées pendant la tourmente révolutionnaire ; l'écusson, aujourd'hui, est fruste.
1. Celle-ci est occupée actuellement par Me Rocher, notaire, 40, Grand-Rue.
2. N° 45 de la même rue.
A cette époque, à Mayenne, apparaissent simultanément les Frères hospitaliers de l'Ordre de Malte de Quittay et les Frères hospitaliers de la Maison-Dieu du Saint-Esprit.
Assistance Médicale
Il n'y avait pas que des miséreux à secourir ; des pauvres malades devaient aussi être soignés. Au moyen âge, si un pèlerin tombait malade à l'Aumônerie, on appelait un chirurgien. Les médecins n'apparaissent qu'au XVIe siècle. L'aumônerie cesse d'être une hôtellerie pour les pauvres passagers, « passans et repassans » Elle devient un hôpital.
Antérieurement, au moyen âge, il existait une pharmacopée rudimentaire. Trois établissements, la léproserie Saint-Jacques, la commanderie de Quittay, l'aumônerie du Saint-Esprit, disposaient de quelques recettes que les chevaliers de Malte connaissaient par les statuts du très vieil hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Et, dit un de ces statuts, « solloit les mièges tenir que les malades eussent cure et qui s'y feyssent le sirob des malades et que pourveyssent les choses qui furent nécessaires »
Sources : Morisset, Martial. Voyage autour de la mairie de Mayenne. Tome 1. Laval 1931. BNF
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Anecdotes