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Commanderie de Villefranche-sur-Cher
Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Romorantin-Lanthenay - 41

Commanderie de Villefranche-sur-Cher
Commanderie de Villefranche-sur-Cher

La date de la fondation de l’Hôpital et Commanderie de Villefranche est inconnue. Le plus ancien document que j’aie rencontré est une charte de 1172, par laquelle Hervé Ier, seigneur de Vierzon, pour le repos de l’âme de son père et de sa mère et pour son propre salut, donne à Dieu et à l’Hôpital de Villefranche tout ce qu’il avait défriché, planté et édifié sur la terre qui s’étend de la route de Romorantin à Langon et à Port-Martin. Parmi les témoins de cette donation, figurent, du côté des Hospitaliers, Frère Gautier, Frère Barthélémy et leur chapelain Renaud (1).

Le même Hervé, par son testament fait en 1196, au moment de mourir, cum in extremis laboraret, lègue aux Hospitaliers cent livres, ses armures et la rente qui lui est due sur l’étal des boulangers de Vierzon (2).

En 1201 Louis Ier, comte de Blois, abandonne aux Hospitaliers les droits de péage de Romorantin, mais en réservant celui de Villedieu-sur-Cher (3).

En 1206, Hervé II, seigneur de Vierzon, confirme la donation de la terre de Miseray, faite aux Hospitaliers par Garnier du Verdier, son vassal.
En récompense, les Hospitaliers donnent cent livres à Garnier du Verdier (4).

La même année (1201), Guillaume, archevêque de Bourges, par charte munie de son sceau, fait savoir qu’en sa présence Garnier du Verdier a donné aux Hospitaliers, à toujours, cette terre de Miseray, le cens et tous les droits qu’il y avait et, qu’en récompense de cet abandon, les Hospitaliers lui ont compté cent livres de Gien, centum libras Giemensium (5).

Par charte datée du 12 des calendes de janvier, l’abbé de Barzelle, le Prieur de l’abbaye de Vierzon et l’archiprêtre de Vierzon font savoir qu’un procès étant survenu entre le Commandeur de Villefranche et noble dame M. (Marquise de Macé) et P. (Pierre II de Graçay) son fils, procès pendant à Poitiers et au sujet duquel le Pape avait désigné pour arbitres l’abbé de Barzelle et P. de Cormamain, chevalier, en définitive, la dame de Graçay, pour le repos de son âme et de son mari Etienne qui, de son vivant, avait entamé le procès, consent à payer 40 livres tournois pour les frais du procès, et à ce que les Frères de l’Hôpital et leurs hommes aient la faculté d’aller et venir par toute sa terre, et les usages de la dite terre, liberam facultatem eundi et redeundi per terrain suam, et usagium super quod impetebant (6).

En 1256, les Hospitaliers soutinrent un procès au Parlement de Paris pour la haute justice du bourg de Villefranche que leur contestait le comte de Blois, comme seigneur de Romorantin. Un arrêt du Parlement en date du 2 février 1256 trancha la question en faveur du comte de Blois, haut-justicier pour les cas de meurtre, de rapt, de mutilation de membres et autres cas de haute justice. « Et il est établi, ajoute l’arrêt, que les seigneurs de Romorantin ont droit de retenir les biens des condamnés, tandis que ces biens reviennent aux Hospitaliers, s’il s’agit de cas de basse justice » (7).

Les Templiers avaient-ils une maison à Villefranche ? Je l’avais cru tout d’abord, et dans la belle maison romane qu’on voit encore dans le bourg et que, dans le pays, on appelle « la maison du Temple », je pensais qu’il fallait voir un souvenir de leur passage mais aucun document écrit ne le prouve. Par contre, les chevaliers du Temple avaient des préceptories à Vierzon, à Lespinat et à Valençay, comme nous le verrons tout à l’heure.

Ils s’établirent dans le pays peu après la fondation de leur Ordre, car dès 1140, on les trouve possessionnés dans le Bas-Berry, comme le prouve une charte ainsi datée, par laquelle les fils de Humbaud du Terrail confirment une donation faite par leur père « aux Frères du Temple de Jérusalem » (8). Dès lors, les dons affluèrent de toutes parts et, à la fin du XIIe siècle, les Templiers avaient d’immenses possessions dans tout le Berry.

Lors de la confiscation des biens du Temple et de leur attribution à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, les préceptories de Vierzon, de Lespinat, et du Basbourg de Valençay furent dévolues à la Commanderie de l’Hôpital de Villefranche-sur-Cher, et cette Commanderie s’organisa comme suit :
I. Le Chef : Villefranche et ses annexes.
II Membre : Vierzon avec l’annexe de Méry-sur-Cher.
III. Membre : Lespinat
IV. Membre : L’Hôpital de Bas-Bourg de Valençay avec l’annexe de Sainte-Catherine.
V. Membre : Villedieu-sur-Cher.
VI. Membre : Bourgneuf.

1. LE CHEF - Villefranche
La Commanderie est ainsi décrite dans les visites de 1640 et de 1772 (9) : Le château avec tours, fossés remplis, pont-levis église dédiée à saint Jean-Baptiste, laquelle est paroisse, où l’on voit le portrait du bailli de Gerlande, enchâssé dans la muraille qui sépare l’autel de la sacristie ; maison de la cure dont dépendent plusieurs près, bois et terres ; l’église de Sainte-Madeleine de Villefranche toute voûtée en forme de croix, avec les chapelles de Saint-Roch, de Saint-Vincent, de la Sainte-Vierge et de Sainte-Anne.

Du château, dépendent les domaines du Grand Quartier, du Brequis et de la Petite-Noue, la métairie de Chenon, la métairie de Montauger « où il se trouve d’anciens fossés appelés suivant l’usage du pays reures », maisons de la Bannie et de la Hubeloterie rue des Noues, l’auditoire, le pressoir et le four banal.
La justice, pour le bourg de Villefranche, appartient par indivis au Commandeur et au Comte de Béthune.

« Plus le dit sieur Commandeur a un droit de plaisir qui est que les nouveaux mariés des paroisses de l’Hôpital et de Villefranche doivent casser les pots le jour de Noël, après vêpres, savoir ceux de l’Hôpital au lieu de la Belle-Croix et ceux de Villefranche, à la Croix-Boissier et se faut courir ; lesquels pots sont fournis par les jeunes hommes des dites paroisses appelés bacheliers, qui courent après ; s’ils les prennent, les jeunes mariés paient les pots et, s’ils ne sont pris, ils sont francs et quittes des dits pots. Et s’ils sont défaillants, ledit jour, à casser et courir, ils doivent trois livres d’amende. »

C’était là un droit fantaisiste (10) destiné surtout à réjouir le populaire mais nous verrons, à l’article de Vierzon, que les Commandeurs avaient des droits plus profitables.

II y avait aussi, à Villefranche, four banal, moulin banal, droit de passage et pontonage. Voyons maintenant ce qui subsiste de la Commanderie (en 1900).

A un kilomètre du bourg de Villefranche, sur la droite de la route de Romorantin, on aperçoit les ruines imposantes de la Commanderie. Grâce aux documents écrits, à la déclaration faite en 1640 au bureau des amortissements de Paris (11) et aux procès-verbaux des visites, grâce enfin aux souvenirs d’un vieillard octogénaire, qui avait travaillé, en 1870, à la démolition de la chapelle et avait recueilli les souvenirs de son père qui, lui, avait travaillé à la démolition du château, j’ai pu reconstituer l’état assez exact de la Commanderie, non pas seulement avant la Révolution, mais jusqu’à la Restauration, époque à laquelle commencèrent les démolitions.

Il reste encore quatre tours dont trois, qui sont du XVe siècle, sont reliées par des courtines la quatrième, isolée, est plus importante et plus ancienne, car les archères qui existent à la base indiquent le XIVe siècle ; celle-ci, seule, est encore entourée de fossés à moitié comblés. Il y avait une cinquième tour, semblable à celle dont je viens de parler et tenant à l’enceinte qui était à peu près rectangulaire. Au milieu de l’enceinte était un donjon carré où se trouvaient les appartements du Commandeur et qui ne fut démoli qu’en 1820. Au-dessous, était une cave voûtée on voyait à la voûte des anneaux de fer scellés qui, suivant la légende, supportaient des instruments de torture. Cette cave a été détruite et comblée. Dans l’enceinte aussi, était la chapelle qui resta paroisse jusqu’à sa démolition en 1830, et la cure. L’Hôpital était en dehors de l’enceinte au levant on voit encore quelques débris d’épaisses murailles, qui en faisaient partie. Le cimetière était attenant, on y trouva une immense quantité d’ossements. Le jardin était au couchant, en dehors de l’enceinte on voit encore, bien conservé, le bassin alimenté par une source, qui servait à l’arrosement, et où l’on descend par un escalier de pierre.

Près du chevet de l’église, un affaissement s’étant produit dans le terrain, il y a quelques années, on voulut en savoir la cause et on entreprit des fouilles qui aboutirent à une voûte effondrée et à une porte murée tandis qu’on attaquait cette porte, un éboulement se produisit qui causa un accident grave un ouvrier eut une jambe et un bras cassés. Le propriétaire du terrain ne voulut pas poursuivre les recherches et jamais plus on n’y revint.

Il y avait là évidemment l’amorce d’un souterrain qui allait à Villefranche, car la porte était placée dans cette direction on a trouvé du reste, il n’y a pas bien longtemps, et tous les habitants de Villefranche s’en souviennent, dans la cour de la poste actuelle, à la suite aussi d’un affaissement du terrain, un souterrain qui se dirigeait du côté de la Commanderie. Une tradition locale voulait que le souterrain en question allât jusqu’au Cher, passât sous la rivière et aboutit à l’abbaye d’Olivet, située en face de Villefranche cette tradition est évidemment erronée.

Un document de 1409 nous apprend quel était le personnel de la Commanderie à cette époque. C’est une procuration générale donnée, par le Grand-Prieur d’Auvergne pour la Maison de Villefranche et dépendances, aux très chers frères de cette sainte maison, carissimos fratres ejusdem sacre domus : Pierre de Manzes, Commandeur, Jean de Fabre, Jean du Val, Denis de Page et Jean de Farges (12). Ces personnages étaient des chevaliers, des servants d’armes ou des chapelains de l’Ordre.
Dans le bourg de Villefranche, il faut admirer la belle église de Sainte-Madeleine, qui dépendait de la Commanderie. Elle est « voûtée en forme de croix », comme le dit la visite de 1640 ; malheureusement, deux travées ont été supprimées lors de réparations jugées trop dispendieuses, au XVIIIe siècle.

C’est sans doute à ces réparations qu’il faut rapporter une inscription lapidaire placée au-dessus de la petite porte latérale par laquelle on pénètre dans l’église « L’an de N. S. 1746, M. A., de Thiange, chevalier Grand-croix de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem étant Commandeur de ce lieu, le peignon de cette église a été bâti, la charpente et les couvertures en ont été refaites, et le clocher tout réparé. »
Cette église, qui date de la fin du XIIe siècle ou du commencement du XIIIe, a-t-elle été bâtie par les chevaliers de Saint-Jean ? On pourrait le croire, à en juger par les palmes si finement sculptées et les fruits exotiques qu’on voit sur les chapiteaux des colonnes et qui semblent rappeler des voyages d’outre-mer. A remarquer aussi le chapiteau d’une des colonnettes de la chapelle latérale de gauche qui représente un crocodile ; c’est là encore un souvenir d’Orient.

Les voûtes ont été faites ou refaites du temps d’Anne de Bretagne, car les clefs de voûte portent alternativement les armes pleines de France et l’écusson parti de France et de Bretagne.

Dans les travées de droite et de gauche, on voit aussi des écussons portés par des anges, mais les armoiries ont été martelées.

Çà et là des modillons représentent des personnages grotesques et notamment, répété deux fois, un monstre à face humaine portant un bâton noueux.

Au fond de la travée de gauche, on lit sur une pierre gravée en creux « Icy gist Honnorable home M. Jean Boutiller qui de son vivant avec dame Mathiellay sa fame ont construit la présente chapelle en l’honneur de Sainte-Anne, et ont icelle dottée de six septerées de bled de rente par an, à prandre sur la pinère de l’Hospital, rendu conduit à la cure de céans, à la charge de célébrer une messe tous les mardis. Priez Dieu pour leurs âmes. Le 6 janvier 1663. »
1. Histoire de Vierzon, page 484.
2. Ibidem, page 486,
3. Cartulaire de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, par Delaville Le Roulx, tome II, page 10.
4. Cartulaire de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, par Delaville Le Roulx, tome II, page 488.
5. Original aux archives du Rhône. Fonds de Villefranche.
6. Archives de l’Indre, H 707.
7. Actes du Parlement de Paris, I, 7.
8. Archives de l’Indre. H. 706.
9. Archives du Rhône, II. 141 et 176
10. Je trouve un droit bien plus singulier en la Commanderie de Villedieu, dans une visite de 1652 : « Les jeunes hommes de Villedieu étant à marier sont obligés, sous peine de trois sols Estevenants d’amende par chacun défaillant, de, trois fois dans l’année, assavoir le jour de Noël, de la Toussaint et de la Purification de Notre-Dame dite Chandeleur, de porter une grande tronche de bois au feu de la cuisine du Commandeur, lorsqu’il demeure en sa Commanderie, et l’absence d’icelui à ceux qui ont charge de la maison. Et les dits jeunes hommes ont l’autorité, à chacun des dits trois jours, de prendre une michotte de pain, de ceux qui sont offerts en la chapelle joignante ladite Commanderie et le sieur Commandeur a le droit de monter sur ladite tronche si bon lui semble et les dits jeunes hommes sont obligés de le porter en tel équipage jusques à la cheminée. » (Archives du Rhône, H. 144.)
11. Archives nationales S 5546
12. Archives de l’Indre, H. 706.


Villefranche
La première mention du nom de la ville date de 1172 sur une charte d’Hervé Premier, seigneur de Vierzon relative aux Hospitaliers de Villefranche à qui il cède une terre qui s’étend de la route de Romorantin à Langon et à Port-Martin. La commanderie de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem se développa mais en 1256, le comte de Blois, seigneur de Romorantin leur contesta le droit de haute-justice sur le bourg de Villefranche et eu gain de cause. À la suite de la dévolution des biens de l’ordre du Temple, la commanderie de Villefranche absorba les anciennes commanderies templières de L’Épinat, Valençay et Vierzon.
Vierzon
Département: Cher, Arrondissement: Vierzon - 18

Vierzon
Domus Hospitalis Vierzon

Les Templiers avaient une préceptorie à Vierzon, ainsi qu’il résulte de deux chartes, l’une de 1102 par laquelle Guillaume, seigneur de Vierzon, leur fait donation des droits censuels qui lui étaient dus sur la maison vendue par un nommé Carie, et aussi sur leur propre maison située près du château, que sita est prope castellum (1) ; l’autre, de 1199, par laquelle Hervé II confirme la donation faite par son frère Guillaume aux Templiers du dit lieu, ejusdem loci, d’une rente sur le marché de Vierzon (2). Dans la première de ces deux chartes, on voit figurer parmi les témoins Frère Simon, Commandeur de Lormeteau, et Frère Etienne Auchais, qualifié seulement preceptor. Ce dernier était évidemment le Commandeur de la maison de Vierzon.

J’ai dit que les Templiers étaient établis dans le Bas-Berry depuis 1140 ; on les trouve à la même époque dans le Haut-Berry, comme le prouve une charte de 1163, par laquelle Hervé Ie, seigneur de Vierzon, sur le point de prendre le chemin de Jérusalem, confirme aux chevaliers du Temple une rente concédée par Arnoul II, son grand-père, et Hersende, femme de celui-ci, et ordonne que cette rente soit prise sur la première vente des vins de ses celliers (3). Or. Arnoul II mourut en 1140.

Hervé 1er. au moment de mourir, cum in extremis laboraret, fit son testament comme je l’ai dit plus haut, et légua aux Templiers son armure, la trousse de fer de son cheval et aussi la rente à lui due sur les étaux des boulangers de Vierzon.
Hervé II qui, lui, fit son testament en Terre-Sainte, au siège de Damiette, in obsidione Damiette, donne aux Templiers, pour le salut de son âme et pour célébrer son anniversaire à perpétuité, cent sols de rente à prendre sur ses celliers de Vierzon. Cette donation parait un rappel de celle d’Arnoul II dont j’ai parlé plus haut.

Des différends étant survenus au sujet de ces donations entre Guillaume II de Vierzon et les Templiers, celui-ci, pour le salut de son âme et suivant le conseil d’honnêtes personnes, proborum virorum, maintint par charte de 1248 les droits sur le marché de Vierzon, et donna par surcroit aux Templiers le bois d’Autry en se réservant seulement la coupe de l’année (4).
Après la confiscation des biens du Temple et leur attribution aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, les biens de la préceptorie de Vierzon furent, comme on l’a vu, dévolus à la Commanderie de Villefranche ; les droits concédés par les anciens seigneurs de Vierzon tombèrent peu à peu en désuétude, notamment celui qui avait été concédé en 1140 par Arnoul, maintenu et augmenté en 1218 par Hervé II, et qui consistait en une rente sur les premiers vins vendus dans les celliers du seigneur.

En 1370, alors que le duc Jean de Berry était seigneur de Vierzon, le Commandeur de Villefranche entreprit de faire revivre ce droit, et il y réussit comme on le voit par une charte conservée aux archives du Rhône, datée de 1369, et par laquelle le duc de Berry déclare qu’il a fait procéder à une enquête par Jehan Sarde et Guillaume de Bonnay, et que ces enquêteurs ayant reconnu le bien-fondé des réclamations du Commandeur de Villefranche, il ordonne en conséquence que la rente de 6 livres 10 sous tournois sur les premiers vins vendus dans ses celliers de Vierzon lui soit payée, comme aussi le droit de mannée (5) du sel vendu sur le marché de Vierzon (6).

Parmi les droits dont jouissaient à Vierzon les Commandeurs de l’Hôpital de Villefranche, il en est un dont j’ignore l’origine et qui se trouve mentionné dans une visite de 1640 (7) et aussi dans la déclaration au roi de la même année (8) « chascun courdonnier doibt tous les ans au dit sieur Commandeur deux paires de soulliers à simple semelle. »

Quant aux immeubles, ils consistaient en prés situés près de Dournon, joutant les près de La Noue, en terres dans la paroisse de Méry dites de la Commanderie, jouxtant le chemin de Launay à Thénioux, et en pâturages dits de l’Hopitau et des Gravières dans la même paroisse.

Les Hospitaliers possédaient aussi plusieurs places à Vierzon, dans la rue Maistre. En 1378, Anceau de la Motte, Commandeur de Villefranche, voulut tirer parti de ces places, et par acte daté du 1er novembre 1373 (9), il donna procuration à « religieuse personne et honneste frère Geoffroy Paudi curé de Villefranche (10), honorable homme et discret maître Guillaume Chabot dit Petit-Rolland, Simon Leconte, Guiard de Ruilly et Thevenin Le Page et chacun d’eux pour le tout, pour s’occuper de toutes causes, querelles, négoces et besongnes de la dite maison de Villefranche.

En conséquence, par acte daté du samedi après la saint Luc de l’année 1378, Guiart de Ruilly, garde du scel de Vierzon, fait savoir que Thevenin Le Page de Méry, procureur de « religieux seigneur et honneste messire Enceaulme de la Motte, humble Commandeur de l’Hospitaul de Villefranche-sur-Cher, membre de la Sainte Maison de Jérusalem, baille à Guénin de Saint-Léonard, demeurant à Ruilly, toutes les places appartenant au dit Hospitaul assises en la rue Maistre de Vierzon, jouxte la maison de Jehannot Cornuau qu’il tient du dit Hospitaul et jouxte la maison de Guillaume Barbier et jouxte la muraille et places du palays de Monseigneur le duc, pour le prix de cent sols tournois de rente annuelle, à commencer le premier paiement à la feste de Noël 1379, et sera tenu le preneur bailler et edifier ès dites places une maison bonne et souffisante à ses propres coûts et despens » (11).

Guénin de Saint-Léonard ayant vendu cette maison à Jehan de la Grée, il y eut procès au sujet des droits censuels, lequel se termina par une transaction, ainsi qu’en fait foi un acte du 19 mai 1418, émané de Jehan Le Borne, secrétaire du roi, garde du scel de la Cour de Vierzon (12).
1. Voir pièces justificatives n° III.
2. Ibidem, n° IV.
3. Voir l’Histoire de Vierzon, page 484.
4. Voyez l’Histoire de Vierzon, page 495.
5. Contenu de la manne, grand panier, corbeille d’osier.
6. V. pièces justif, n° VIII.
7. Archives du Rhône, H. 141.
8. Archives nationales, S. 5546.
9. Archives de l’Indre, H. 706.
10. La chapelle de Villefranche était paroisse, et Frère Geoffroy Paudi était chapelain de l’Ordre.
11. Archives de l’Indre. Vidimus de 1378 de Jehan de Ruilly, garde du scel de la Cour de Vierzon.
12. Archives de l’Indre, H 706

Lespinat
Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Romorantin-Lanthenay, Canton: Mennetou-sur-Cher - 41

Lespinat
Domus Hospitalis Lespinat

Ce membre de la Commanderie de Villefranche fut une préceptorie importante des Templiers ceux-ci y étaient établis depuis le milieu du XIIe siècle, ainsi que je l’ai dit plus haut ; on trouve ensuite de nombreuses chartes qui les concernent.

En 1180, Hervé de Guiterne leur concède une terre pour y établir un étang (1).
En 1200, Arnaud de Lucion, chevalier, leur donne des terres et des près (2).
En 1201, le Comte de Nevers leur vend l’Effe Joscelin (3), de affio Joscellini, moyennant 300 livres giemoises, giemensis monete.

En 1205, une contestation surgit entre les Templiers de Lespinat et les moines de Barzelle au sujet de la possession des bois de Laisse : on en référa au Pape qui délégua une commission apostolique, laquelle désigna pour arbitres Foulques de Villentroys, Rabaud de Chabris et Payen de la Quarte ; ceux-ci décidèrent que les bois appartiendraient aux Templiers, mais que les receveurs des biens du Temple par tout le royaume de France » (4). Ce document, très volumineux, nous apprend en substance que le Prieur de Valençay arguait que, du temps des Templiers, les habitants du bourg de Valençay étaient tenus de faire moudre leur blé au moulin du Prieuré, et que si des meuniers étrangers venaient quérir la fournée pour la porter leurs moulins, les Templiers, à la requête du Prieur, faisaient, comme seigneurs justiciers, arrêter le blé ou la farine par leur gens, mais que depuis la condamnation des Templiers, les homme de Valençay ne tenaient compte de cette coutume immémoriale, en conséquence, une information avait été faite « par gens de bonne foi », et cette information ayant démontré que le Prieur était dans son droit, l’agent du Temple au bailliage de Bourges avait décidé que les hommes du bourg de Valençay devraient moudre au moulin du Prieuré, et que le Prieur « exploiterait en la même forme et manière que du temps que les Templiers jouissaient des biens du Temple » ; mais les habitants de Valençay ayant refusé d’obéir à cette prescription, le Prieur demandait qu’ils y fussent condamnés et contraints. Sur quoi le procureur de la communauté des habitants de Valençay opposait plusieurs raisons d’après lesquelles les dit habitants ne pouvaient être tenus d’obéir a cette sentence, et en premier lieu parce qu’ils n’avaient point été appelés à l’entendre et que l’information prétendue était sans valeur, parce qu’il n’y avait point eu plaids. Le Prieur rétorquait ces arguments. A la fin, dit la charte, par le conseil de bonnes gens amis des parties, les dits prieur et procureur de la communauté, présents par-devant nous, le samedi d’avant la Saint-Pierre du mois de février, l’an de grâce 1312, de leur assentiment et volonté, acceptent une transaction. Le résumé de cette transaction, sous forme de sentence arbitrale, est que le Prieur devra faire prendre au domicile des habitants le blé à moudre à son moulin, mais ne pourra l’y garder plus de deux jours et une nuit, après quoi il fera conduire la farine dans chaque maison. Si le blé est gardé plus de deux jours et une nuit, les habitants auront le droit de le reprendre et de le faire moudre où ils voudront, et le Prieur devra les dédommager après quoi, ils devront revenir au moulin du Prieuré dans les conditions dessus-dites.
Les témoins de la sentence sont : « Jehan de Ces, conseiller du Temple ; Maître Pierre Champion, de Bourges ; Geoffroy de Saint-Menieraut, commissaire des biens du Temple en la baillie de Bourges ; Jehan de Macey, écuyer, fermier de L’Ormeteau ; Denis de Lorriz et Guillaume de Chaumont, clercs des comptes du Temple de Paris, et plusieurs autres dignes de foi. »

On voit par-là quelle armée de fonctionnaires vivait du séquestre.

Peu après, au mois de mai 1312, le Concile de Vienne décidait la remise des biens du Temple à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem mais ce ne fut qu’en 1313 que le roi consentit à se dessaisir de ces biens, et à de dures conditions, comme je l’ai dit ailleurs.

Les biens du Bas-Bourg de Valençay ayant été affectés à la Commanderie de Villefranche, ce membre se composait ainsi : la chapelle de sainte Catherine ; la maison seigneuriale, close et flanquée d’une tour ; droit de pontonnage, four banal et rentes ; maisons, granges, étables servant à l’exploitation de cent arpents environ de terres, prés et bois (5). « Il y a toute justice, dit la déclaration de 1640 (6), en ce qui est au-delà de la rivière de Naon, elle se partage au fil de l’eau, et a le Commandeur ses officiers au dit lieu pour les plaids ouïr. »

De la chapelle Sainte-Catherine il ne reste rien.
Une maison du Bas-Bourg porte encore le nom de « maison du Commandeur », mais elle a été entièrement modernisée, et seule une petite fenêtre a conservé un aspect archaïque.
1. Voyez pièces justificatives n° II.
2. Archives de l’Indre, H 706
3. Archives de l’Indre, H 707 : Effe signifie eau, il s’agit donc de l’étang de Joscelin.
4. Archives de l’Indre, H 818. Voyez pièces justif n° VII
5. Archives de Loir-et-Cher, fonds de Villefranche-sur-Cher.
6. Ibidem.

Villedieu
Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Romorantin-Lanthenay, Commune: Gièvres - 41

Villedieu
Domus Hospitalis Villedieu

Villedieu était paroisse. Le Commandeur de Villefranche était patron collateur de l’église dédiée à saint Jean. Il y possédait un logis seigneurial et un domaine comprenant 83 arpents de terres, prés et vignes, dont la visite de 1640 nous donne les noms : vigne des Parents ; pré du Bois, des Noues, du Hault des gains, du Part, des Arrachis, de la Vallée pâturages du Gué du tertre ; taillis du Bois-Pépin ; terres des Bruneaux, de l’Estang, des Noues, des Aulnes, des Vallées, de la Vallée-Pillault, de Perrochas, de la Nouhe de l’hôpital, du Croutil-Garnier, de la Suze-Aumon, du Grand lac, du Marc-ruissuli, des Souches, de la Manisière ; pré du Chauchis, de la Chaneys, de L’Aubépin, des Rauches, de la Salle.
Plus rentes et dîmes.

On ne trouve plus à Villedieu que les ruines de l’abside de l’ancienne église et le mur du midi auquel était adossée la maison curiale qui a été restaurée et appartient à un particulier.
Bourgneuf
Département: Indre, Arrondissement: Châteauroux, Commune: Vicq-sur-Nahon - 36

Bourgneuf
Domus Hospitalis Bourgneuf

Ce membre se composait du Vieux-Bourgneuf et du Neuf-Bourgneuf ; du premier dépendait une église dédiée à sainte Madeleine et qui mesurait 84 pieds de long sur 35 de large, avec clocher et presbytère (1). Il y avait un domaine avec maisons, granges, prés, terres et bois. Le Neuf-Bourgneuf était une métairie de 120 arpents, terres et prés. Ces deux domaines furent vendus, comme biens nationaux, le premier 15.000 francs, le second 12.400 francs.

Le Commandeur avait droit de justice haute, moyenne et basse, droit de terrage et de festage, droit d’herbage qui consiste à prélever une « muloche » sur quatre après le fanage, droit de four banier auquel les tenanciers doivent faire cuire le pain en payant un pain sur vingt, suivant la coutume de Blois cens, rentes et dîmes.

La métairie de Bréviande était une annexe de ce membre ; elle comprenait 132 arpents de terres, prés et bois.

Parmi les hameaux qui dépendaient de Bourgneuf, il en est deux portant des noms qui rappellent leurs anciens possesseurs ; l’Hopitou et la Commanderie. D’après une notice historique sur la commune de Vicq-sur-Nahon par M. Beaulieu (2), on voyait encore, il y a quelques années, près de ce dernier village, les restes d’un « château de la Commanderie », lequel était flanqué de quatre tourelles.

Ces immenses possessions ne rapportaient, au XVIIe siècle, que 4.000 livres, et les charges sont ainsi mentionnées dans la déclaration au roi de 1640 :
Droits du roi - 134 livres.
Responsions - 575 livres.
Service des églises, gages des officiers, entretien des édifices - 700 livres. Total 1409 livres.
Il restait donc net au Commandeur 2.600 livres. Ces biens rapporteraient aujourd’hui (1900) plus de cinquante mille francs, sans compter les droits seigneuriaux.
La léproserie de Sainte-Marthe appartenait de toute antiquité à l’Hôpital de Villefranche l’Ordre de Saint-Lazare tenta de la lui disputer, mais sans succès. Le Commandeur de Villefranche nommait aux emplois de la léproserie. Je trouve en 1542 Jehan Jaupitre qualifie Maître et administrateur.
En 1649, Michel Tixier s’intitule prêtre religieux d’obédience, chapelain et administrateur de la chapelle de Sainte-Marthe.
En 1784, la léproserie fut réunie à l’hôpital de la Charité de Selle-sur-Cher.
1. Archives de l’Indre, H 717
2. Archives de Loir-et-Cher, fonds de Villefranche-sur-Cher


Commandeurs du Temple (1)
1180. — Frère Hamilerius.
1192. — Etienne Auchais.
1217. — B. du Mesnil.
1221. — Frère Gérard de Acoy.
1225. — Eudes.
1226. — Olivier de la Roche.
1241. — Frère Renaud de Nancey.
1243. — Frère Renaud de Vichier.
1273. — Frère François de Bors.

Commandeurs de Saint-Jean de Jérusalem (1)
1316. — Eudes de Montaigu. — Armes de gueules à la tour d’or maçonnée d’argent.
1378. — Ancaulme de la Motte. — De gueules à l’aigle éployé d’or.
1399. — Jehan de Pannevère. — D’or au lion d’azur armé, lampassé et couronné de gueules.
1409. — Pierre de Manzas.
1450. — Guillaume Maréchal. — D’or à trois tourteaux d’azur bordés d’or et chargés chacun d’une étoile du même.
1481. — Louis Borrel. — D’azur au lion d’or armé et lampassé de gueules ?
1488. — Antoine Cotet. — D’azur au chevron d’argent chargé d’un trefle de sinople ?
1489. — Mathurin de Rivals. — D’azur au sautoir d’or accompagné de trois croissants d’argent, 2 en chef et 1 en pointe et de deux étoiles d’or en flancs ?
1506. — Antoine de Clavoyson. — Ecartelé au 1 et 4 de gueules à la croix engreslée d’or, au 2 et 3 de gueules à la bande d’or chargée de trois clefs de sable.
1522. — Jehan des Roches. — D’azur à la bande de gueules, au lion rampant d’argent armé, lampassé et couronné de gueules.
1546. — Pierre des Roches. — Comme ci-dessus.
1555. — François de Mauvoisin. — D’or à la fasce ondée de gueules ?
1577. — François de Lange de Leschenault. — D’azur au croissant d’argent surmonté d’une étoile du même.
1595. — Philippe de Lange de Châteaurenaud. — Comme ci-dessus.
1598. — Just de Fay de Gerlande. — Parti : au 1 de gueules à la bande d’or chargée d’une fouine d’azur ; au 2 d’argent au lion rampant de sable.
1612. — Antoine de Disimieux. — De gueules à six roses d’argent, 3 en chef et 3 en pointe.
1634. — César de Grollée de Vireville. — Gironné d’or et de sable.
1669. — Louis de Fay. — Comme ci-dessus.
1679. — Jacques de Villelume de Barmontet. — D’azur à dix besants d’argent 4, 3, 2 et 1.
1689. — Paul Laurent des Gentils de Launay. — D’azur au chevron d’argent accompagné de trois têtes de lion d’or ?
1700. — N. de Colombières (de Boyaux ?) — D’azur à trois boyaux d’argent en fasce aux extrémités de gueules entremêlées de six trèfles d’or 3, 2 et 1 (Vertot).
1723. — Amable de Thianges. — D’argent à trois trèfles de gueules, 2 et 1.
1755. — Antoine Chauvet de la Villatte. — D’or à trois têtes de maure tortillées d’argent ?
1759. — Jacques de Sainte-Colombe. — Ecartelé d’argent et d’azur.
1783. — Pierre-Paul-Alexandre de Monspey. — D’argent à deux chevrons de sable, au chef d’azur.
1787. — Gilbert-Amable de Moutaignac de la Rochebriant de Chauvance. — De sable au sautoir d’argent accompagné de quatre molettes du même.
1. Dont les noms se trouvent dans les chartes du fonds de Villefranche, à Lyon et à Châteauroux.
Sources : M. Le Comte de Toulgöet-Treanna. Les Commanderies de Malte en Berry. Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, volume XXXIV. 1911. Bourges 1912. BNF

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