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Etudes sur les Ordres des Hospitaliers, Malte et Rhodes
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Commanderie de Gimbrède
Département: Gers, Arrondissement: Condom, Canton: Fleurance - 32

Gimbrède
Commanderie de Gimbrède

VII
Rejet des prétentions du seigneur des Dunes sur le bois de Gimbrède (1480).
Les Templiers avaient, en 1298, soumis à un arbitrage le débat soulevé par les habitants de Gimbrède à propos du bois et territoire de Gimoère. La sentence des arbitres apparaît en 1481, dans un autre procès, soutenus par les Hospitaliers.

Dès l’année 1480, noble et puissant seigneur messire Robert de Balsac, sénéchal d’Agenais et seigneur de Dunes, élève des prétentions sur le bois et territoire de Gimoère, contigu au bois de Dunes, contre le commandeur de Gimbrède, Pierre de Ferrand, prieur de Toulouse.
La question est remise à l’arbitrage de Guillaume de Vitrac et de Sans de Las, licenciés en lois.
Le commandeur expose qu’il est, comme ses prédécesseurs ont été, « en possession et saisine de tenir et posséder le boys et territoire dé Gimoère comme appartenant et estant des appartenances de la commanderie de Gimbrède, d’arrenter le gland, d’y mettre et faire mettre bestailh, couper les arbres et les vendre, prendre bestiailhs qui sans son congié ou de ses officiers y sont trouvés et les mener au lieu de Gimbrède et détenir jusques à tant que ceulx à qui appartiennent lesdits bestiailhs ont esmendé la tala ou dommaige et composé avec le commandeur ou ses officiers ; et pareillement y prendre les personnes qui sans son congié y y coupent arbres et font et emportent fustes et arbres au boys aveeques leurs chevaulx ou somiers et les mener à Gimbrède et illec les détenir et punir ou admettre à composition pour le dommaige donné audit boys.
Item, s’il appert que les habitans ayent mis aucun bestiailh dedans ledit boys ou fait autres actes sans congié du commandeur ou de ses officiers de quoy veuillent prendre possession ce est sans le savoir du commandeur ny de ses officiers.
Item ledit commandeur tient ledit bois et territoire en hommage de monseigneur le vicomte de Lomagne, pour lequel et certaines autres terres est tenu de bailher une per de gans blancs audit vicomte de Lomagne. »
Sept témoins, hommes des mieux informés et des plus recommandables, attestent que, depuis vingt, trente, quarante et même cinquante ans, ils ont vu le commandeur de Gimbrède exercer ces droits de seigneurie.

VIII
Droit de justice reconnu au commandeur à l’encontre d’Henri d’Albret, roi de Navarre (1543).
Les vicomtes de Lomagne et d’Auvillar, confisqués en 1481 sous Charles d’Armagnac, passèrent par don du roi dans la famille d’Albret.
Henri II d’Albret, roi de Navarre, épousa en 1526 Marguerite de Valois, sœur du roi de France, François Ier.
Il disputa les droits de haute justice de Gimbrède au commandeur. Celui-ci eut recours au roi contre ses puissants adversaires.
A la suite de cette requête, François Ier donna des lettres ordonnant aux juges de Gaure et de Verdun de faire une enquête sur les droits de haute justice de Gimbrède disputés au commandeur par ses chers et bien-aimés beau-frère et sœur le Roy et la reine de Navarre (24 octobre 1543) (1).
1. Gimbrède, L. X, 2.

IX
Droits des consuls dans l’exercice de la justice.
Le bon droit du commandeur fut reconnu et confirmé. Dans certaines affaires les magistrats municipaux avaient le droit d’intervenir. Au quatrième jour du mois de mai 1537, sur la place de Gimbrède, au pied de l’échelle qui conduit aux prisons ou « carcès » du commandeur, le bailli de ce dernier amène un prévenu pour l’y enfermer.
Devant lui se présentent les « saiges hommes : A. du Boyset A. de Dieulofet, consuls dudict lieu.
Ils exposent que quand le bailly avait prins ung habitant, pour quelque cas que eust commis, excepté de crimes exigeant peines corporelles, que iceuls consuls, le pourraient prendre des mains du bailly avant qu’il le mît prisonnier èz carces désdicts consuls dans icelluy lieu où le détiennent vingt-quatre heures et, icelles expirées, le rendroient èz mains du Bailly ; et que cela auroient par privilèges, coustume ancienne, de laquelle eulx et leurs prédécesseurs auroient joi et uzé le temps passé quant le cas advenoit et tant de temps qu’il n’est mémoyre du contraire. »
Le bailli, reconnaissant la justesse de la requête des consuls, leur livre le prévenu qu’ils conduisent dans les prisons municipales (1).
1. Golfech, L. VIII.

Les consuls de Gimbrède avaient aussi le droit d’exiger que le nouveau commandeur fasse serment de respecter les privilèges locaux ; le commandeur Pierre de Goson Melac le fit, supprimer par le parlement de Toulouse en 1556 (2).
2. Golfech, L. VIII.

X
Seigneurie de Lieux
Département: Gers, Arrondissement: Condom, Canton: Fleurance - 32

Lieux
Seigneurie de Lieux

Excès du seigneur de Lieux à Gimbrède (1535).
Une petite guerre ensanglanta le lieu de Gimbrède en 1535.
Noble frère George de Manas, recteur de Gimbrède et commandeur de Lieux (Saint-Martin de) nommé au mois de septembre 1530, voulut avoir toute la dîme de sa petite commanderie.
Noble Jean de Goût, seigneur temporel de Lieux, prétendait avoir droit à la moitié de cette dîme. De là procès.
Jean de Goût en conçut une telle inimitié qu’il se porta contre son adversaire à des paroles et à des actes regrettables. Son gendre, Joachim de Monluc, frère de Blaise de Monluc, dans l’espace de deux ans, attaqua trois fois le recteur de Gimbrède et enleva à son serviteur, sur la voie publique, un cheval et plusieurs autres choses.
Enfin, la veille de la Circoncision, à Grisolles, il aborda le recteur avec des paroles extrêmement irritantes et le provoqua en duel. Comme le recteur refusait et cherchait à fuir sa présence, Monluc le menaça de lui faire son affaire avant que quatre mois fussent écoulés.
Le jour de l’Epiphanie, 6 janvier, il vint à Gimbrède accompagné d’environ vingt-cinq hommes armés de balistes, d’épées, d’arquebuses et autres armes invisibles. Rencontrant un prêtre, il lui demanda s’il voulait devenir recteur de cette paroisse, car il s’était proposé de tuer le recteur en ce même jour.
Arrivé à la place close de Gimbrède, dans laquelle était la maison du recteur, il va y pénétrer quand un habitant ferme subitement la porte ; il court à une autre porte ; mais une femme, montée sur les murs crie de la fermer vite.
Les assaillants accablent cette femme d’insultes et essayent de la tuer à coups d’arquebuses.
Ils tirent par les fenêtres et autres ouvertures de la maison où sont le recteur avec son frère (le chevalier Jacques de Manas), ses trois serviteurs, Jean de la Batut, prêtre de Lectoure, et deux autres prêtres de Gimbrède.
Voyant leur vie en danger, les assiégés se défendent avec des balistes et des arquebuses. Dans le combat trois ou quatre des assaillants sont blessés ; l’un d’eux, un vagabond nommé Arnaud de Flamarens, mourut un mois après de sa blessure, peut-être par la faute ou la négligence des chirurgiens.
Des informations judiciaires furent faites tant sur l’agression des assaillants que sur la mort d’Arnaud de Flamarens. George de Manas et Jean de la Batut, quoique prêtres, avaient combattu très vigoureusement pour défendre leur vie ; n’étant pas certains de n’être pas les auteurs de la blessure qui avait causé la mort, ils demandèrent, pour plus de sûreté de conscience, la dispense requise en pareil cas. Le préfet de la Sacrée Pénitencerie, Antoine, cardinal des quatre saints couronnés, délégua, pour les absoudre, le doyen de Notre-Dame du Camp, au diocèse de Pamiers, le doyen de la collégiale Saint-Cybar de Rieux et le prévôt de Lavaur. La bulle en fut donnée à Rome, près Saint-Pierre, sous le sceau de l’office de la Pénitencerie, aux ides de mars, la seconde année du pontificat du pape Paul III, 15 mars 1535 (1).
1. Gimbrède, tome X.

Joachim de Monluc n’avait pas été découragé par sa défaite du 6 janvier ; il était rentré en campagne le 27 février suivant.
Son premier exploit le fit condamner par le parlement de Toulouse, 29 mars 1535, à la prise de corps et saisie de biens.
Ses complices, nommés dans le décret, sont frappés des mêmes peines.
Décret de prise de corpe et saisie de biens contre les assaillants du château de Gimbrède (29 mars 1535).
François, par la grâce de Dieu, roi de France. Au premier huissier de nostre parlement ou notre sergent sur ce requis, salut.
En ensuyvant l’ordonnance de nostre court de parlement séant à Thoulouse, donnée ce aujourdhuy date des présentes, veues certaines informations faittes à la requeste de nostre amé frère George de Manas, recteur de Gimbrède, nous te mandons et commettons par ces présentes que à la requeste dudit de Manas tu prene et saisisses au corps en quelque part que trouvés pourront estre dans nostre royaulme et dans lieux saincts, ensemble leurs biens, Jehan de Goût, seigneur de Lieux, Joachim de Montluc, son beau-fils, François de Massac dict Calhac, antre appelé monsieur de Roques, ung autre nommé le bastard de Lieux, autrement Francilhon de Massas, ung nommé le capdet de Gavarret, ex-tuteur soubz la charge, du capitaine Montluc, frère dudict Joachim, Anthoine de Launsse, seigneur de Lachapelle, l’adventurier Cadalhan, Landon, Brau, Poton de Vie, Borrondelle, autre dict Masere d’Astafort, Jammet Gaturle de Monseigneur de Leoux, Odet deu Breton, de Cadalhan, ung appelé Bernadas ; et iceulx admenes prisonniers avecques bonne et seure garde aux prisons de la conciergerie de nostre palaye à Tholose, pour illec estre condamnés à droict ; prene aussi et saisisses tous et chacuns leurs biens ; et ou aprehender ne pourra les dicts de Goût, Monluc, Massac, de Roques, le bastard de Lieux autrement Francilhon, le capdet de Gavarret, Lanusse, de Cadalhan, Bran, de Vic, Borrondelle, autre dict Masere de Stafort, Gaturle de Monseigneur, de Leoux, deu Breton et ung appelé Bernadas, leurs dicts biens prins demeurans saisis en nostre main et soubz icelle baillés pour régir et gouverner à gens souffisans et responsables qui en puissent et saichent rendre compte et prester le reliqua quant et à qui apartiendra... (1).
1. Gimbrède, L. X.

Les condamnés se dérobèrent aux poursuites. La campagne du 27 février avait été faite par Joachim de Monluc avec de nouveaux compagnons d’armes, leurs noms figurent dans un arrêt de la cour de Toulouse daté du 2 juin 1537.
Arrêt de la cour du parlement de Toulouse ordonnant que le sieur de Gout et ses complices seront ajournés à trois biefs jours sur peine de confiscation de corps et de biens et néanmoins seront condamnés à restituer les meubles et effets qu’ils auraient enlevés au château de Gimbrède (2 juin 1527).

C’est la demande, profit et utilité de défaut que baille par devant vous ; très honorés et redoubtés seigneurs Messieurs tenans pour le roy nostre sire la court souveraine de parlement séant à Thoulouse, frère George de Manas, prestre et bachelier es droicts, recteur de Gimbrède et commandeur de Lieux, ordre de Saint-Jean de Jérusalem, impétrant et demandeur en cas d’excès, meurtre, agressions et ravissemens de biens, le procureur du roy nostre sire joinct avecques luy, contre Martin Dhugoy, Jean Deubust dict monseigneur de Lartigue, habitant de Valence en Armaignac, Jehan Lescarre, barbier, Blaise de Lascombes, Guillaume Sarramiera et Bernard Bailles adjournés à comparoir en personne afin de ban et sur peine de confiscation de corps et de biens et à présent défaillans, pour venir à laquelle le demandeur présuppose que en haine du procès pendant céans entre Jehan du Gout, escuyer, appelant du sénéchal de Thoulouse ou de son lieutenaut d’une part, et le demandeur appelé d’autre pour raison des décimes des fruicts provenans en sa dite commanderie de Lieux, le susdict défaillans, accompagnés de Jehan de Masencome dit de Monluc, escuier, gendre du dict de Gout, et de plusieurs aultres maulvais garsons gens de sac et de corde armez et embastonuez de plusieurs harnois invasibles, l’an mil cinq cent trente cinq et le vingt septiesme jour de février vindrent au lieu de Gimbrède où le demandeur, comme recteur, la plus grande partie du temps faict sa résidence, où quant furent, pour ce que les portes dudict lieu estoient fermés de nuit, eschallaient en forme de guerre les murailles du dict lieu et après que furent entrés le long de la nuict se tindrent cachés et latitez jusques à l’aubbe du jour que les portes du chasteau du dict lieu, où frère Géraultr de Golard, chevalier du dict ordre de sainct Jehan de Jérusalem et le demandeur habitent, furent ouvertes ; dans lequel firent diligence de trouuer le demandeur, lequel par le vouloir de Dieu le créateur pour lors estoit en la présente cité de Tholose a la poursuite dudict procès, jurant, renyant et blasphémant le nom de Dieu qu’ils le tueroient ; et, pour ce que ne purent trouver le demandeur pour mettre leur maulvais et damné propos à exécution, se mirent à chercher par le dict chasteau ledit Golard, lequel, estant dans son lit, oyant le bruit et craignant estre meurtri par les dicts défaillans et leurs complices, se leva en chemise et se jecta par une fenestre dudict chasteau en terre pour saulver sa vie ; en quoy faisant se brisa tout le corps et se rompit ung pié, duquel est encores impotent et mutillé et en a demeuré longuement au lit malade.
Et, non contans de ce, prendrent et ravire tous les biens meubles et argent que les dicts demandeur et de Golard avoient dans ledict chasteau, de la valeur de deux mille livres tournois.
Et plus baptirent et navrèrent les serviteurs dudict de Golard.
Et en sortant de la dicte maison trouvarent, en la rue publique, Arnault Lanes, serviteur du dict demandeur, lequel inhumainement blessarent tellement que tou incontinent mourut sans faire aucune confession.
Ont faicts et commis plusieurs agressions, ravissemens de biens et aultres voyes de faict sur lesquelles informations tant par autorité de la cour de céans que du seneschal d’Armaignacs ont été faiçtes (1).
1. Gimbrède, L. IX.

Le 6 novembre suivant, la cour rendit un arrêt par lequel les sieurs de Gout, de Monluc et leurs complices étaient condamnés au bannissement perpétuel et leurs biens confisqués au roi pour leurs grands et énormes excès, violences, meurtres, homicides, assemblées illicites de gens en armes, violences, agressions de villes fortes et ravissements de biens (2).
2. Gimbrède, L. IX.

La cour de Toulouse rendit deux autres arrêts : l’un du 8 juin 1540, l’autre du 20 du même mois en faveur du commandeur de Gimbrède.
Elle fixait à 1.500 livres la somme qui lui était due, et à 100 livres la fondation d’un obit pour l’âme d’Arnault Lannes, tué par la bande de Monluc.
Elle ordonnait qu’il serait vendu aux enchères les parties les moins utiles des domaines confisqués au seigneur de Lieux.
Les bordes de Capblanc et de Caillavet, une autre maison avec terres et vignes, situées dans la paroisse de Gimbrède, furent vendues 1.500 livres tournois ; quelques terres dans la paroisse de Rouilhac, atteignirent le prix de 100 livres. Le tout fut adjugé à George de Manas et à Géraud de Golard, derniers enchérisseurs et créanciers, pour 1.600 livres tournois.

Ces biens valaient bien davantage. Blaise de Monluc, frère de Joachim, négocia leur rachat. Réunis dans la rectorie de Gimbrède, le 21 juin 1541, George de Manas, procureur du commandeur, et Blaise de Monluc concluent un traité. Déjà le roi avait donné des lettres de rémission ; il avait octroié les terres confisquées au seigneur de Lieux et non vendues, à Jean d’Escoubleau, seigneur de Sourdis, qui les avait rendues à Blaise. Celui-ci s’engage, pour lui et les siens, à tenir valable le décret de confiscation et l’acquisition faite par les commandeurs de Gimbrède et de Lieux ; il aura la faculté, durant l’espace de six ans, de racheter pour la somme de 800 livres, la borde de Capblanc, et pour autres 800 livres la borde de Cailhavet avec les autres terres de Gimbrède.
En attendant le paiement le commandeur percevra tous les fruits ; les fruits levés avant le paiement lui demeureront, les fruits à lever dans l’année du paiement seront partagés par moitié.
Moyennant ces 1.600 livres le commandeur se trouvera indemnisé et se chargera de l’obit de 100 livres fondé en faveur d’Arnault Lannes.
De plus il remet à Blaise de Monluc les terres acquises à Rduilhac aux dépens du seigneur de Lieux (1).
1. Gimbrède, L. IX.

XI
Cause des troubles.
Lieux, salle de Lieux, paroisse Saint-Martin de Lieux, maintenant introuvable, sise entre les juridictions des vicomtés de Lomagne et de Brulhois, confrontant aux juridictions de Roulhac, d’Astaffort, de Saint-Pierre de Serres et de Gimbrède, était un domaine noble de médiocre importance, composé de terres, prés, vignes, albarèdes et bois.
La dîme, prise au dixième des fruits, donnait, en 1563, vingt-six sacs deux cartons blé froment, cinq sacs seigle brun, neuf sacs mixture, trois sacs quatre cartons avoine, cinq agneaux, six charges de vendange.
La moitié de cette dîme, qui fut estimée valoir 40 livres, mit la guerre entre le commandeur, seigneur religieux et le seigneur temporel.
Les sénéchaux d’Agenais, d’Armagnac et de Toulouse, les parlements de Bordeaux et de Toulouse eurent à s’en occuper longuement, ainsi que le Conseil du roi.

Le commandeur George de Manas disait qu’il avait le droit de percevoir l’entière dîme, comme ses prédécesseurs l’avaient toujours pratiqué, que Jean du Gout, étant laïque et marié était inhabile à posséder cette dîme qui était ecclésiastique ; que s’il avait eu cette dîme pendant quatorze ans, c’était par arrentement consenti par le commandeur on ses procureurs ; que s’il la détenait encore c’était par usurpation et contre le gré du commandeur.
Jean du Gout étant allé de vie à trépas après les agressions contre le commandeur, sa veuve Jeanne de Saint-Etienne, leur fille et héritière, femme de Joachim de Monluc, Jeanne du Puy et Hugues de Flamarens déclarèrent par leur procureur dans un acte signifié le 3 octobre 1536, qu’elles ne prétendaient rien sur les dîmes de Lieux.
Pour ces raisons, un arrêt du grand conseil, en date du dernier décembre 1538, maintint George de Manas en possession et saisine de l’entière dîme de Lieux.

George de Manas se hâta de se faire mettre en possession ; il en jouit jusqu’à sa mort. Ce fut la cause d’une série de procès commencés de son vivant et terminés après sa mort, en 1565, par l’acceptation que fit le commandeur de l’état des choses telles qu’elles existaient avant les procès, et de la restitution des fruits perçus au détriment de la famille du Goût depuis l’année 1538.

Joachim de Mansencome, dit de Monluc, avait épousé, le 12 février 1533, Anne du Goult, fille de Jean du Goult, seigneur temporel de Lieux et de Jeanne de Saint-Etienne. Les du Goult, appelés aussi del God, étaient de la famille de Bertrand de Got, qui fut évêque de Saint-Bertrand de Comminges (1295-1299), archevêque de Bordeaux (1300-1305), avant son élévation au Souverain Pontificat (1305-1314).

Bertrand du Goult acquit, par contrat du 8 avril 1418, la terre de Lieux sise dans le diocèse d’Agen, entre Astaffort et Gimbrède, qui était dans le diocèse de Lectoure ; il la transmit à ses descendants.
La seigneurie spirituelle appartenait au commandeur de Gimbrède ; la justice haute, moyenne et basse était partagée entre le commandeur de Gimbrède et le seigneur d’Astaffort. Ce dernier finit par l’avoir tout entière.

Dans le contrat de mariage de sa fille, Jean du Goult donnait tous ses biens au premier enfant mâle qui naîtrait de son union avec Joachim de Monluc.

Pour se soustraire aux fâcheuses conséquences de ses exploits à Gimbrède, Joachim de Monluc se mit au service de François Ier dans ses guerres d’Italie. Il servit sous Henri II ; François II le fit gouverneur de la ville d’Albe en Piémont ; Charles IX le nomma gouverneur de Pignerol.

Pendant ce temps, Anne du Goult et son unique fils avaient suivi Jean du Goult au tombeau. Devenu, par leur mort, seigneur de Lieux, Joachim de Monluc s’occupa de Faire casser le jugement qui l’avait dépouillé de sa moitié de dîme. Sans son autorisation Anne du Goult, pendant la minorité de leur fils, avait, déclaré ne rien prétendre sur cette dîme. Monluc exposa sa cause au roi Henri II qui donna (1er avril 1555), des lettres de reprise adressées au grand Conseil pour faire réviser le procès entre lui et Georges de Manas. Il ne put les utiliser, étant retenu en Piémont par le gouvernement de la ville d’Albe durant les guerres ; ce qui fit interrompre le cours du procès.

Voulant le traiter favorablement à cause des grands et agréables services rendus à ses prédécesseurs, le roi François II donna d’autres lettres royaux signés à Saint-Germain-en-Laye le 14 septembre 1560, scellés du grand sceau, mandant aux gens tenant le grand Conseil de faire droit aux parties. Ce roi étant mort, son successeur, Charles IX, signa à Paris le 20 septembre 1561, de nouvelles lettres de reprise du procès mandant aux conseillers de son grand Conseil d’appeler les parties intéressées et de faire droit.

Le seigneur de Lieux basait son droit sur des documents informes entachés d’erreurs évidentes ; qu’il produisait avec trop de fermeté, ce qui lui valut ses condamnations.

« En l’an mil deux cent trente-trois le pape Clément quint eut plusieurs grands afaires pour maintenir et soustenir la foy contre les hérétiques si bien quil feut contrainct implorer layde et secours du vicomte de Lomaigne et nobles du païs, avec laide desquels il fict si bien, il chassa et expulsa les hérétiques dudict païs et réduisit à la loy chrestienne tout icelluy païs.
En récompense de ce secours, ledict pape Clément quint feict ung don audit vicomte de Lomaigne et aux nobles de ces païs par deux bulles, l’une datée du 4 des ides de février (10. février) mil deux cent trente-trois, et l’autre du 2 des ides de juillet, 5e année de son pontificat (14 juillet 1310).
C’est à savoir que ung chacun desdits nobles, en son fief, terre et juridiction, leveroyt la moitié des dîxmes, l’autre moitié seulement restente à l’église et aux curés d’icelle.
Et en mesme temps l’évesque et chapitre de Lectore ; ensemble l’archevesque et chapitre d’Aux æcordarent le semblable auxdicts nobles dudict païs et vicomte de Lomaigne quils leveroient et prendroient la moitié des dixmes, l’autre moitié réservée à l’église. De rechief auroit esté confirmé par le pape depuis ce don. Plusieurs cvrés du païs dé Lomaigne qui auroient voulu empescher lesdits nobles de prendre ledit dixme en auroient esté toujours déboutés par arrêts de la cour de la cour de Thoulouse et du grand Conseil. »

« L’an mil quatre cent dix-huit, Bertrand du Goult, lequel estoit sorti de la mesme maison et famille que le pape Clément cinquiesme acquit de Bertrand et de Sànson et de Massanis la seigneurie de Saint-Martin de Lieux ; et porté par exprès le contract d’acquisition qu’il luy feut vendu avec la moitié de la dixme d’icelluy lieu de Lioux.
Aussi l’hommage que Bertrand de Goult feiçt au vicomte de Lomagne de ladite seigneurie de Lioux porte par exprès avec la moitié de la dixme qui monstre la continuation de la possession d’icelle dixine.
Si bien que de tous temps et par temps immémorial qu’il n’est mémoire du contrère les prédécesseurs du demandeur et ont tousiours jouy paisiblement et sans contredit jusques en lan mil cinq cens trente-trois ou trente-quatre que feu George de Manas auroit troublé Jehan du Goult en sa possession. »

Clément V n’avait pu donner la moitié de la dîme aux possesseurs de fiefs en Lomagne en 1233 : il n’était pas né. Le pape, à cette date, s’appelait Grégoire IX. S’il avait fait cette donation, Clément V n’aurait pas manqué de le mentionner dans la bulle du 14 juillet 1310.
Ce n’est pas l’évêque qui donnait la moitié de la dîme. Au contraire, ses diocésains donnaient, en vertu d’une convention un autre quart de leurs dîmes, n’en gardant que la moitié.
La dîme, impôt sur le revenu réel des terres, appartenait, en Lomagne, aux propriétaires ; ils en donnaient avant la convention de 1233, un quart à l’église.
La bulle de Clément V consacrait cette convention ; un bref, n° 6.375, désignait trois chanoines d’Agen chargés de tenir la main à son observation rigoureuse.
Sources : M. l’abbé BENABEN. Gimbrède et Lieux, page 142 à 152. Société archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers. Auch 1920. BNF

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