Hospitaliers   Etudes   Hospitaliers

Etudes sur les Ordres des Hospitaliers, Malte et Rhodes
Informations
Chers visiteurs
Vous avez certainement constaté le point dinterrogation dans la barre dadresse de votre navigateur.

Il y est écrit « Non sécurisé »

Vous pouvez naviguer sur le site sans aucune crainte. La sécurisation dun site Internet est obligatoire dès lors quil y a des demandes de mots de passes ou des paiements en ligne.

Sur ce site il ny a rien de tout ceci.

Retour Etudes

Commanderie de Maisonnisses

Département: Creuse, Arrondissement: Guéret -

Domus Hospitalis Maisonnisses
Domus Hospitalis Maisonnisses

Parmi les formes anciennes de Maisonnisses, rencontrées sur des documents d’époque, nous trouvons :
— Bajulus de Maysonissas (1299) (chapitre de la Chapelle-Taillefer)
— Granerium de Maisonicis (1378) (chapitre des Ternes)
— Granerium de Mesonicis (1392) (chapitre des Ternes également)
— Meysonnisses et Horreum de Meysonicis (1447) (chapitre de la Chapelle-Taillefer)
— Prœceptoria de Meysonnissas (1468) (terrier de Bellecliassaigne)
— Maisonisses (1481) (chapitre des Ternes).


A partir de cette époque, la forme actuelle semble définitivement fixée.
Maisonnisses, avant la Révolution, faisait partie de la Généralité de Moulins, de la Sénéchaussée de Guéret et de l’Archiprêtré de Bénévent.

La Commanderie de Maisonnisses
Ce qui semble essentiel dans le passé de Maisonnisses, c’est qu’ancien établissement du Temple, il fut ensuite une Commanderie de l’Ordre de Malte, qui avait le patronage de l’église.

Eglise et château étaient donc la possession de l’Ordre. Le château, dont il ne subsiste actuellement aucun vestige extérieur reconnaissable, aucun document figuré en dehors d’un plan cadastral dont l’interprétation pourrait être hasardeuse, aucune description complète, et dont j’ai tenté une reconstitution approximative à l’aide d’indications relevées dans les procès-verbaux des visites prieurales, était fait en forme de forteresse, comprenant un corps de logis flanqué de grosses tours « marchacoligées » et était entouré de fossés secs.
Son aspect d’ensemble devait le rapprocher du château de la Chezotte.
Il se complétait d’un jardin, d’une garenne, d’un pré de vingt-cinq journaux (l’actuel « pré du château » n’est peut-être pas autre chose qu’une partie de ce dernier), d’une grange, d’un moulin et, plus loin, des bois du Toureau et du Fourchaud, des étangs de Maisonnisses (qui se situait en contrebas du cimetière actuel), de la Genette et de Chez-Peynoux (deux hameaux de la commune de Maisonnisses), enfin de Savennes.

Le Commandeur était dîmier général des paroisses de Maisonnisses, Savennes, Peyrabout, Lépinas et de quelques villages de celle de Sardent. Il levait, à ce titre, environ trois ou quatre cents setiers de blé - ou seigle, ainsi que « le charnage de couchons » sur d’autres villages.

Il était seigneur direct et foncier, ayant droit de mainmorte des paroisses et villages de « Savennes, Badant, le Bosduchier, le Méry, Reillat, les Vergne, Peyrabout, Pétillats, le Feyle, Larnade, l’Epinas, la Terrade, Cisternier, la Conche, le Mas-Pommier, la Chapelle-Saint-Martial, Drulhettes, le Breuil, Lescure, Sardent, la Cheminade, le Masrougier, la Chaumette, Chassouille, la Jarige, Villejaleix, la Faye-au-Bost, Nouallet, la Ronze, Tressagne, la Vedrenne, Serre, Maisonnisses, les Lignes, les Châtres, les Rivaux, Chez-Penioux, etc. »

Il levait des rentes sur ces villages, sur celui de Mailleret (paroisse de Janaillat) et sur ceux de la Vauzelle, des Farges, du Masgiral, de Saint-Yrieix-les-Bois, etc., et ces rentes produisaient quatre-vingts setiers de froments, six cents setiers de seigle, deux cent soixante setiers d’avoine, cent livres et des poules et des vinades autant qu’il y avait de feux, suivant la coutume de la Marche.

En 1616, les revenus de la commanderie de Maisonnisses s’élevaient à 3.600 livres.
Les charges à 894 livres.
Elles laissaient donc au Commandeur 2.706 livres.

Le Commandeur de Maisonnisses avait la justice haute, moyenne et basse sur la paroisse et la faisait exercer par ses officiers dont les gages s’élevaient à 36 livres.

La Commanderie comprenait quatre annexes :
Savennes, Peyrabout, Conat ou Counat (hameau de Vidaillat) et Monbut (de Saint-Sulpice-le-Guérétois).

Les Mémoires de notre Société renferment deux de mes études sur la Commanderie de Maisonnisses ; « Visite prieurale » (Tome XXXII, 1er fascicule).
« Regards sur la Commanderie de Maisonnisses au XVIIIe siècle » (Tome XXXII, 3e fascicule).

Commandeurs de Maisonnisses
Les Commandeurs dont les noms nous sont connus sont :
Pierre d’Aubusson de la Borne (1464)
Jean Grimeau (1480)
Guy de Blarchefort (1483)
Jean de Bonneval (1509)
Emery de Payaulx (1532)
Claude de l’Hermite (1540)
Germain de Bridiers (1579)
Pierre de la Porte (1606)
Aimé de Menthon (1623)
Antoine de Vauldray (1628)
Jacques de Saint-Maur (1660)
Antoine de la Rive (1669)
François de Montgontier (1681)
Antoine de Riddes (1698)
Joseph de la Val d’Izère (1719)
Charles de la Marche de Parnac (1721)
Pierre de Langon (1731)
Joseph d’Ussel de Châteauvert (1760)
Charles-Joseph de Groslier (1775)
Jean de Montagnac (1783)
Antoine de Ligondès (1787).

L’église de Maisonnisses
L’église de Maisonnisses, datée du XIIIe siècle par quelques-uns (dont Vayssière) et du XIVe par d’autres (dont Louis Lacrocq), après avoir été sous le vocable de saint Jean, a pris plus tard saint Sébastien comme second patron.

Elle est à nef unique. Sa longueur intérieure est de 17 m. 15 et sa largeur intérieure de 5 m. 50. Ces dimensions étaient notées au XVIIe siècle (1616) : 11 cannes sur 3 et, au XVIIIe 50 pieds sur 18.
Elle comprend trois travées, la dernière formant chœur à chevet droit. Les trois travées étaient autrefois voûtées d’ogives. La voûte ne subsiste que pour le chœur. Quelques départs seulement en ont été conservés dans les autres travées. Les nervures retombent sur des consoles à masques humains (trois à chaque console). Après la disparition de la voûte aux deux premières travées, celles-ci ont été lambrissées, mais, à la première travée, le lambris lui-même a été supprimé à cause de sa vétusté.

La voûte du chœur est décorée de peintures murales représentant les quatre évangélistes accompagnés de leurs attributs (saint Mathieu et son ange, saint Marc et son lion, saint Luc et son taureau, saint Jean et son aigle).

L’édifice est éclairé par quatre baies. Celle du chevet, seule, est en arc brisé, longue et étroite. Les trois autres sont en plein cintre. Deux sont placées au sud. La plus proche du chevet, de beaucoup la plus longue, est fortement ébrasée. Aucune n’est placée à même hauteur et toutes ont des proportions différentes.
Le mur nord, comme en tant de sanctuaires creusois, ne comporte aucune fenêtre.

Comme on a déjà pu s’en rendre compte, les quelques caractéristiques concernant le plan et l’éclairage de cette église suffisent à la classer parmi les chapelles de Templiers telles que les a reconnues M. Laborde au cours de sa récente étude sur cet Ordre.

Extérieurement, seuls émergent du rectangle formé par l’édifice la minuscule sacristie et les contreforts. Ceux-ci sont au nombre total de 12, dont 8 soutiennent les murs gouttereaux, chaque angle de la construction se trouvant pourvu de 2 contreforts perpendiculaires entre eux. Les 12 sont semblables, à 1 seul rampant. Ils présentent une largeur de 1 m. et une épaisseur de 1,5 mètre.

Les deux contreforts situés à l’angle nord-ouest ont été renforcés et réunis de telle sorte qu’au premier regard, ils semblent n’avoir jamais formé qu’un seul et très puissant support dont la présence peut se justifier tout simplement par la très insuffisante solidité des murailles qui, nous apprennent les visites prieurales, menaçaient ruine depuis des siècles.

La sacristie est comprise entre les deux contreforts placés au nord du chœur.

Le portail est placé au Nord. Il est en tracé brisé, à deux voussures avec boudins, comporte quatre colonnettes surmontées de chapiteaux formant frise. Il est surmonté de trois masques.

Sur le même mur se voit encore l’encadrement de la porte secondaire, actuellement murée. L’existence d’une porte secondaire est mentionnée notamment dans le procès-verbal de la visite prieurale de 1616.

Le clocher
Le clocher, de construction relativement récente, puisque, en cette même année 1616, l’église étant dépourvue de clocher, les cloches étaient suspendues sur des piliers de bois placés devant la porte principale, est entièrement édifié en charpente et comporte une première partie sensiblement cubique, percée, sur chaque face, de deux petites baies jumelles rectangulaires, et une flèche en pyramide octogonale que je suis tenté de qualifier de proportions harmonieuses parce qu’elle se tient, en quelque sorte, dans un juste milieu entre d’autres clochers de très faible hauteur de flèche par rapport à la largeur de leur base (tels Ars, Azerables, Gentioux, Ladapeyre, Saint-Martin-Château, Saint-Pardoux, Lavaux) et d’autres très effilés (tels Bonnat, Evaux, Nouzerines).
Ce clocher ne renferme plus qu’une seule cloche. L’église en possédait deux au XVIIe siècle, l’une « de deux cents pesans ; l’autre de cent cinquante pesans »

Mobilier
Bénitier en granit du XVIIIe siècle. De forme circulaire, à pied cylindrique, sa partie supérieure est ornée d’une rangée de godrons placée entre deux bourrelets.
— Vierge à l’Enfant, en bois, du XVIe siècle, peut-être même du XVe (placée dans une crédence du mur nord).
— Deux statues du XVIIe siècle saint Jean et saint Sébastien, qui faisaient partie du retable placé derrière le maître-autel.
— Dans le mur nord, dans un enfeu en tracé brisé, statue funéraire d’un chevalier, en pierre, pièce remarquable classée par les Beaux-Arts Templier XIIIe siècle, qui nous conduit à parler des récentes fouilles et transformations effectuées dans cette église.

Fouilles et transformations
En août 1955, l’enfeu, qui était entièrement comblé depuis de longues années, a été déblayé depuis le sommet jusqu’à la base de son arc brisé et ce déblaiement a permis de constater que tout le fond était garni d’une fresque qui s’est malheureusement effritée d’une manière complète au fur et à mesure de sa découverte. Seule en subsiste actuellement, vers le centre de l’enfeu, une toute petite parcelle dans laquelle on peut reconnaître, tout au plus, une croix à branches égales.

Les fouilles pratiquées dans et devant l’enfeu ont permis la mise au jour d’un sarcophage d’un type très rare en Creuse, à parois très épaisses, à extrémité céphalique très grossièrement taillée et, par suite, dissymétrique, à largeur extérieure constante, mais à largeur intérieure décroissante vers le pied et pouvant être très approximativement daté du VIIe siècle. Ce sarcophage demeure à la place même où il a été découvert, mais à une profondeur moindre. Une pierre qui le recouvrait partiellement est actuellement placée verticalement à son pied et porte une croix à branches égales. Toujours dans cet enfeu a été trouvée, placée alors horizontalement, la grande pierre rectangulaire marquée d’un écu et d’une épée, vraisemblablement du XIVe siècle. Ces fouilles terminées, la statue du Chevalier, qui était demeurée fort longtemps debout contre le mur sud, face au portail, a été mise dans cet enfeu, très probablement sa place historique. Ce personnage, d’âge relativement avancé, au visage creusé de rides, mais empreint de sérénité, yeux clos, mains croisées, repose, tête appuyée sur un coussin, drapé dans son long manteau marqué d’une croix de son Ordre, et constitue une œuvre justement admirée et renommée.
Parallèlement aux fouilles, furent opérées certaines modifications de l’aspect intérieur de l’église. Les murs, jusqu’alors entièrement recouverts de plâtre, ont été mis à nu et les joints refaits en ciment.

Eglise de Maisonnisses

Tombeau d’un chevalier de Malte (XIIIe Siècle) Image

Dans une crédence murée depuis une époque indéterminée, a été mise au jour une curieuse pierre sculptée ornée notamment d’une croix de Malte encadrée de quatre fleurs de lis, pierre demeurant désormais visible dans cette même crédence, non loin de l’autel, dans le mur sud (que j’ai décrite, tome XXXI, 3e fascicule de nos Mémoires).

Exactement au centre du chœur a été placée une belle pierre tombale retirée du cimetière actuel et ne recouvrant ici aucune sépulture.

La tribune placée sous le clocher et la partie en bois de l’escalier qui lui servait d’accès ont été supprimées à cause de leur trop mauvais état. De cet escalier seules subsistent les premières marches, qui sont en pierre.

La toiture du clocher a été complètement restaurée et le coq destiné à la surmonter a été mis en place, remplaçant une croix provenant du cimetière.

Crypte
L’église de Maisonnisses est construite sur une crypte (décrite tome XXII, page 454, par A. Mayeux).

L’église au long des siècles
En 1616, Anne de Naberat s’étonne que l’église, qui tant de fois menaça ruine, soit encore debout.

S’il a été parfois constaté que l’état d’entretien de l’église était satisfaisant, il est hors de doute que l’édifice souffrit très souvent, très longuement, d’un abandon tel que sa chute était redoutée.

Et il se trouve, d’abord dans les visites prieurales, ensuite dans les registres des délibérations du Conseil municipal, de fréquents témoignages de ce lamentable état de choses. En 1841, « il pleut presque partout ; le crépi est tout dégradé à cause de l’humidité et il a besoin d’être refait tout à neuf, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ; le pavé est dans un très mauvais état et a aussi besoin d’être refait »
En 1862 : « Un éboulement grave est à craindre, car lorsqu’on sonne la cloche à la volée, le clocher s’ébranle, comme s’il allait tomber, un morceau du mur s’est éboulé. »
En 1911 ; « Des réparations sont indispensables pour la conservation de l’église, une souscription est ouverte parmi les fidèles, »

Eglise de Maisonnisses Plan de la Crypte

Le maître-autel
Le maître-autel actuel, acquis à l’occasion du passage à Guéret d’un fabricant d’ornements d’église d’Angoulême, moyennant la somme de 600 fr., le 1er avril 1842, a succédé à un autel dont la mise hors service a été décidée par une délibération du Conseil municipal du 10 août 1841 constatant que « l’autel où se célèbrent les saints mystères est tout vermoulu, ainsi que les boisures » et rappelant que le Curé a fait observer que cet autel était « dans le cas d’interdiction » Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le maître-autel se décrivait ainsi : « l’encaissement de l’autel est en bois de chêne, au milieu duquel est un cadre dans lequel il y a un devant d’autel de cuivre doré. Le marchepied est également en bois de chêne »
Au-dessus de la table d’autel court une guirlande entièrement dorée, comme l’est aussi le tabernacle sur la porte duquel sont une croix incrustée et un Christ en communion.
Le tabernacle est flanqué à droite des statues de saint Luc et sainte Catherine et, à gauche, de celles de saint Jean et saint Léonard. Il est surmonté d’un reposoir.

Eglise de Maisonnisses
Colonne de la Crypte

Le retable
En bois sculpté, derrière le maître-autel, il recouvrait sensiblement toute la surface du chevet de l’église. Il présentait deux niches symétriques. Celle du côté de l’évangile contenait une statue de saint Sébastien « en carnassion et dorée en partie », à laquelle faisait pendant du côté de l’épître celle de saint Sébastien. (Ces deux statues sont celles actuellement placées sur les consoles.) Elles étaient flanquées de colonnes ioniques au-dessus desquelles courait une corniche. Plus haut, de part et d’autre de la baie, s’étalaient deux tableaux symétriques, à partie supérieure cintrée, représentant respectivement : côté évangile, sainte Madeleine au pied de la Croix ; côté épître, sainte Apollonie.

Au-dessus de la baie et de ces deux tableaux, une seconde corniche, surmontée de la représentation du Père Eternel, formait la partie terminale de ce retable, peint en imitation marbre, avec certaines parties dorées et qui, en état de grande vétusté, a été supprimé en 1955.
Les deux tableaux sont actuellement conserves à la sacristie.

Les autels secondaires
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, adossé au mur nord, s’élevait un autel dédié à N.-D. du Rosaire. Au milieu de l’autel était placée la statue de la Vierge tenant l’Enfant-Jésus dans ses bras. Cette jolie statue de bois, alors peinte, est celle placée dans une crédence très près du point même où s’élevait l’autel.
Derrière cet autel était un retable entièrement peint en blanc et dans lequel était inclus un tableau représentant dans sa partie supérieure une Vierge à l’Enfant et, dans sa partie inférieure, sainte Thérèse (côté épître) et saint Dominique (côté évangile).
Au XVIIe siècle, vis-à-vis de cet autel, était placé un autre autel secondaire « de même forme que le précédent », sans autre garniture qu’un marbre, « par conséquent interdit de droit et très indécent. »
Au début du XVIIIe siècle, cet autel a été dédié à saint Sébastien et, dans la seconde moitié de ce même siècle, à saint Roch.

Les fonts baptismaux
Ces fonts baptismaux, actuellement disparus, se trouvaient encastrés dans le mur nord, proches à la fois du portail et de l’autel de Notre-Dame du Rosaire. Ils étaient fermés « à deux battants de bois » et renfermaient « une piscine en pierre, une bassine de cuivre, une burette d’étain, une boîte de plomb et quatre petits vases d’argent. »

Le banc de chœur
C’était un banc à dossier dont le siège « formait deux armoires fermant à clef. »

Les reliquaires
Au XVIIe siècle, ils étaient au nombre de cinq :
1° Croix en cuivre jaune, avec Christ, sur pied renfermant les reliques de saint Sébastien.
2° Pyramide en cuivre jaune, d’un pied de haut, surmontée d’une croix renfermant, dans un cristal, les reliques de saint
Jean-Baptiste.
3° Ciboire (cuivre jaune) reliques de sainte Apollonie.
4° Croix d’argent sur pied de cuivre : reliques de la Vraie Croix.
5° Reliquaire de forme non précisée avec reliques de saint Etienne dans un cristal.
A partir du XVIIIe siècle, on ne trouve plus mention des deux derniers et, actuellement, tous sont disparus.

Les objets du culte
Leur examen ne semble pouvoir être intéressant qu’autant que leur nombre et leur description permettent de juger, dans une certaine mesure, de la richesse de leur ensemble, partiellement révélatrice à son tour du degré d’aisance et de charité des fidèles.
Nous trouvons entre autres objets :
Vases sacrés : Un calice et sa patène, un ciboire, un porte-Dieu, un soleil (le tout en argent doré).
Chandeliers : Six chandeliers de cuivre, quatre de fer et deux de bois verni.
Vêtements sacerdotaux : Aucune chape, aucun voile huméral n’est signalé. Quant aux chasubles, elles sont de satin, exceptionnellement de camelot
Les Commandeurs ont fait, à l’occasion, des dons intéressants, tel celui consistant en « une chasuble de soie, rouge et blanche, avec toute une garniture brodée d’une petite dentelle d’or fin », le tout augmenté d’une chasuble violette.
La présence de quatre dalmatiques laisse supposer la célébration d’offices de quelque solennité.
Bannières : Elles comprenaient : une bannière de la Vierge, une bannière de saint Jean et saint Sébastien en damas rouge avec frange d’or et figure de soie.

Cérémonies
Les visites prieurales donnaient lieu à une petite cérémonie d’un caractère particulier : La visite de l’église précédait celle du château et de ses dépendances. Elle avait lieu en présence du vicaire perpétuel de la paroisse, qui devait d’abord prêter serment sur les saints évangiles ; car devant guider les visiteurs et leur présenter tous les éléments de cette église, il jurait de fournir la vérité sur toutes choses.
En second lieu, le vicaire devait montrer ses provisions et son approbation pour les sacrements. Ces provisions étaient signées par les visiteurs et scellées de leur sceau ordinaire.
Il était immédiatement procédé à la visite du tabernacle. Dès l’ouverture de celui-ci, avait lieu l’adoration du Saint-Sacrement, à laquelle faisait suite la visite proprement dite de l’église, puis de la sacristie, avec présentation détaillée de tous les objets du culte.
Au cours de ces mêmes visites, qui avaient lieu, en principe, tous les cinq ans, les visiteurs, toujours au nom de l’Ordre, faisaient subir une sorte d’interrogatoire rituel au curé dépendant de la Commanderie.
Voici, à titre d’exemple, comment s’est déroulé l’interrogatoire de 1700 :
Questions posées au « Sieur curé »
— Quel est le Saint de l’église ?
— Saint Sébastien.
— En vertu de quoi jouissez-vous de ladite cure ?
— En vertu des provisions à moi accordées par M. le Bailly de Grossin, lesquelles sont en date du 12 juin 1668.
— Quels sont les revenus de votre cure ?
— Ses revenus consistent en la pension congrue suivant les lettres patentes accordées par Sa Majesté en faveur de l’Ordre et que M. le Commandeur me donne pour pain, vin, luminaire et « estampinage » : 25 livres.
— Avez-vous des fondations ?
— Un pré, à titre de fondation faite par feu M. Jacques de Saint-Maur. Commandeur de Maisonnisses, par laquelle je suis chargé de célébrer deux messes chaque mois, avec une absolution à chacune des quatre fêtes annuelles, le tout pour le repos de son âme, par acte en date du 22 mai 1665, par lequel il est dit que le Sieur Commandeur avait acquis le dit pré de M. du Touraud, par contrat passé par devant le notaire royal quelques jours avant ladite donation.
— Montrez-moi vos registres de baptêmes, mariages, sépultures.
— Les voici.
— Quels sont vos fonds pour la fabrique ?
— Ce sont des offrandes.
— Quel est votre fabricien ?
— Jean Yerguet.

Les curés de Maisonnisses
Ils recevaient, au début du XVIIe siècle, une pension de 24 setiers de seigle, mesure de Drouilles, et de 5 livres.
Ils furent nommés par le Commandeur durant, semble-t-il, toute la longue époque où la Commanderie subsista.
C’est ainsi que l’on retrouve comme dates de ces nominations : 1512, 1558, 1559. 1694, 1731 et 1762.
M. Pilon, curé de Maisonnisses, mourut, en janvier 1754.
M. N. Gorsse en 1780.
M. Marin Gorsse en 1788.
Pierre-François Pichon lui succéda le 5 septembre 1788.
Etienne Nanot, qui avait souffert pour la foi dans, la déportation maritime par Bordeaux, fut nommé en 1802 et mourut en 1805.
N. Druillette du Ceilloux fut curé jusqu’en 1830.
Léonard Chaussal jusqu’en 1844.

Nous relevons enfin :
Barny en 1844
Seine en 1852
Léger en 1861
Antoine Cognet en 1864
Amable-Mathieu Marsallon en 1886
Rouquette en 1890
Lascaux en 1893.

Aumône dominicale
Il était dû, tous les dimanches, une aumône générale à raison de 3 setiers et demi, mesure de Drouilles. Les visiteurs de la Commanderie ont déploré le grand abus présidant à cette aumône, « d’aultant que les riches allans et venants se présentent pour la recepvoir plustost que les pauvres, à quoy est de besoing remedier. »

Conclusion
Malgré sa grande simplicité et ses dimensions des plus modestes, l’église de Maisonnisses offre un double intérêt : elle est édifiée sur une crypte ; elle constitue un exemplaire de ces chapelles que les Templiers ont élevées dans maints lieux de la Marche, mais elle présente sur toutes ses sœurs le précieux privilège de renfermer la seule statue-gisant existant en Creuse de l’un des membres de l’Ordre qui représenta, au Haut Moyen-Age, une si grande puissance, notamment dans notre région.

A Maisonnisses, en dehors de l’église
Une belle hache en pierre polie, de 22 cm. de long, a été trouvée non loin du hameau du Marais.

La Pierre Fade
Entre les deux hameaux des Châtres et de Chez-Peynoux s’amoncellent les rochers dont l’ensemble est connu sous le nom de Pierre Fade, Pierre Fée, Pierre Folle, ou en langage local : « lo péiro de las fadas », et dont une partie affecte la forme de sièges qui sont des restes de bassins détruits par les agents atmosphériques. Jadis, on y remarquait neuf bassins, dont quatre disposés en cascade. L’ensemble a été mutilé à la fin du XIXe siècle.

Sépultures gallo-romaines
Quatre de ces sépultures à incinération sont actuellement visibles : deux, de dimensions très inégales, vers la sortie du bourg en se dirigeant sur Sardent, ont été trouvées au lieudit Le Barry, à quelques centaines de mètres ; la troisième, conservée au hameau d’Outrelaigue, a été découverte sur le bord du chemin qui de là, conduit à Lépinas ; la quatrième est visible près du hameau du Rivaud.

Le château s’élevait sensiblement où se place actuellement la Poste, dominant ainsi le vallon des Châtres.

Les étangs et moulins, tous actuellement disparus, étaient tous propriété de la Commanderie. On trouvait étang et moulin à la Genette, ainsi qu’à Chez-Peynoux. Le grand étang se plaçait au bas de la pente occupée actuellement par le cimetière, entre les chemins de Lépinas et de Mazeimard, qu’il bordait, tous deux, sur une longueur de 130 mètres. Le moulin faisant suite à ce dernier étang se situait tout à côté du pont qui franchit la Gartempe entre le bourg et Outrelaigue. Ce moulin banal comportait « une petite chambre d’habitation pour meunier. » Quelque peu plus en aval était un « petit moulin à chanvre. »

La Fontaine Saint-Jean se situe à la sortie du bourg, à droite en allant vers les Châtres. Autrefois, on y portait des roses le jour de la fête de ce Saint (24 juin).

Le presbytère fut longtemps placé dans la partie haute du bourg, à quelque cinquante mètres de la mairie actuelle, à droite de la voie conduisant au hameau de Mazeimard. Le local qu’il occupait alors, depuis longtemps tombé en ruines, dont j’ai fait une description dans ma note « Parmi des ruines, à Maisonnisses » (Mémoires de notre Société, Tome XXXII, 3e fasc.), et qui renfermait notamment un bloc de pierre avec croix de Malte sur écusson et un autre bloc, avec monogramme du Christ, n’a été démoli que tout récemment ; mais c’est dès 1838 qu’il fut désaffecté et, depuis cette date, le presbytère se plaça dans le local occupé actuellement par les P.T.T. L’acquisition de ce dernier immeuble comme presbytère a coûté à la commune 2.000 francs brut et 2.303,60 francs tous frais et intérêts compris.
C’est à partir de 1904 que ce bâtiment fut cédé aux P.T.T.

« Le gros tilleul »
C’est ainsi que l’on désigne à Maisonnisses le magnifique tilleul placé à l’intersection des chemins de Lachaud et de Mazeimard et de la route de Sardent, et dans lequel la tradition populaire ne veut pas voir autre chose qu’un de ces
« Sully » qui jalonnent notre région.

Les Croix anciennes
Très nombreuses autrefois, deux seulement d’entre elles s’élèvent encore actuellement :
Sur le bord de la route qui longe la place, be dresse la vieille croix de l’ancien cimetière qui, jusqu’en 1877, s’étendait sur le terrain situé derrière elle. Portant la date 1804, étendant ses bras des plus minuscules au sommet de son haut fût grêle et octogonal, avec son Christ sommairement taillé, elle est typiquement creusoise.

Une seconde croix de granit, beaucoup moins haute, mais aux bras plus larges, avec un Christ assez semblable à celui de la première, se rencontre à l’entrée du hameau d’Outrelaigue.

Enfin, le XXe siècle a déjà ajouté à cette liste déjà longue, non seulement le traditionnel et modeste obélisque perpétuant le souvenir des morts de la première guerre mondiale, mais, plus récemment encore, sur cette colline de Timbaudoux, ancienne propriété de la Commanderie, l’imposant mémorial des premiers maquisards de la Creuse.

Cette énumération des témoignages du passé, par sa diversité autant que par son ampleur, ne permet-elle pas de conclure, en quittant la terre de Maisonnisses, que l’archéologie, l’histoire et la légende l’ont aussi fortement marquée que l’ensemble de la terre marchoise ?

Sources : P. LOURADOUR. Maisonnnisse. Mémoires de la société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse. Guéret 1958. BNF

Maisonnisses, visite prieurale

Faite par Frère Henri de MEALET de FARGUES
Chevalier de l’Ordre de Saint-Jean de de Hyérusalem Commandeur de Lavaufranche. Le 23 Avril 1700.
Visite de la Commanderie de Maisonnisses, dépendant du Grand prieur d’Auvergne, de laquelle est le Commandeur, frère Anthoine Deriddes, chevalier de l’Ordre de Saint-Jean de Hyérusalem.

Le dix-huitième jour du mois d’avril mil-sept-cens, nous, frère Henri de Méalet de Fargues, chevalier de l’ordre de St-Jean de Hyérusalem, Commandeur de Lavaufranche, en qualité de Commissaire-visiteur, nommé par Illustrissime Frère Paul de Félines de la Renaudie, chevalier de même ordre de Saint-Jean de Hyérusalem, grand prieur d’Auvergne (conseiller du Roy en tous ses Conseils d’Etat, et Commandeur de la Commanderie de Monchamp, suivant la commission que ledit Seigneur grand prieur nous a envoyée de Malte du 25 janvier 1698, dûment signée et scellée de son sceau, et la procuration envoyée de même en date du 1er du mois de septembre même année, dûment légalisée par son Eminence, Monseigneur le Grand Maistre Dom Raymond de Cérillas de Rocquefeuille... pour continuer les visites « généralles » des Commanderies qui sont dans l’étendue dudit grand prieuré et tout « ainsy » que nous avons fait aux précédentes commanderies par nous visitées, nous nous sommes rendus au présent lieu de Maisonnisses, distant de la ville de Bourganeuf, d’où nous sommes partis de trois « lieux »

Château
— Nous avons visité le château, composé d’un gros corps de logis et de trois tours. C’est un bâtiment de cinquante pieds de long « qui » comporte une boulangerie, dans laquelle il y a un four et un grenier au-dessus, le tout couvert en tuiles creuses et en très bon état les portes fermant bien à clef, et dans la basse-cour, entre le château et les dits bâtiments, nous avons trouvé un puits en très bon état et bien couvert.

De là, nous sommes entrés dans le dit château, à la porte duquel il y a une grille de fer et une porte en bon état.
Ensuite de quoi nous sommes entrés dans la cuisine qui est au bout de la salle-basse, dans laquelle il y a un potager et une cheminée en bon état, ladite cuisine, séparée de ladite salle par un pignon, une porte entre les deux ; à côté de ladite cuisine, il y a un cabinet aussi en bon état, et fermant bien à clef.

Après quoi, nous sommes entrés dans la dite salle, qui est de trente pieds de long et de vingt pieds de large, avec une cheminée au milieu du pignon, dans laquelle il y a, du côté de la basse-cour, deux grandes fenêtres bien grillées, avec leurs volets et deux croisées du côté du septentrion (nord), de moyenne grandeur, aussi bien grillées, avec leurs volets, le tout en bon état et de celle-ci, nous sommes descendus dans la cave qui est au-dessous de la cuisine, bien voûtée, fermant à clef, aussi en bon état.

A la sortie de ladite cave, nous sommes entrés dans un cabinet qui est au coin de la salle dans la tour du côté du jardin, qui sert de prison, également en bon état, la porte duquel ferme bien à clef et à la sortie de la salle nous avons trouvé une porte fermant avec un cadenas.

Un escalier éclairé de cinq fenêtres, possédant toutes leurs volets et placé dans la tour du côté de la basse-cour (trois des fenêtres sont grillées) conduit à la salle haute dont la porte a la même grandeur que celle de la salle basse, dont la cheminée est la même et les fenêtres de même nombre et de même grandeur, grillées et avec volets.

Au coin de cette salle haute, nous avons trouvé un cabinet, dans la tour du côté du jardin, avec une fenêtre bien grillée. A côté de cette salle, se place une chambre. Son plancher est peint de couleurs rouges et autres. Elle a deux fenêtres bien grillées, avec leurs volets dont l’une est du côté de la basse-cour et l’autre du côté de la place du château avec cheminée. De là, on entre dans un cabinet qui entre dans la tour, du côté de la place.
Ce cabinet a une fenêtre bien grillée avec ses volets et refermant des lieux (cabinet d’aisance).

Au 2e étage nous trouvons une grande salle (comme au rez-de-chaussée et au premier), avec quatre fenêtres et leurs volets, puis un cabinet à côté de la salle, dans la tour du côté du jardin une fenêtre garnie de son volet.

Chambre : il y a une fenêtre devant et un derrière, avec un cabinet entre la cheminée et le pignon de devant où il y a une fenêtre qui regarde sur la place ou terrasse du château.
Nous trouvons encore un cabinet ou antichambre dans la tour sur le derrière. Les ouvertures et planchers sont en bon état.

Au 3e étage, nous trouvons un galetas sur plancher bien terré et en bon état, ainsi que la charpente.

Observations
— Toutes les maçonneries extérieures et intérieures sont refaites à chaud et à sable.
Le bas du bâtiment est réparé jusqu’à la « hauteur nécessaire » réparé de ciment « pour défendre les murailles de l’humidité »
Des chambres avaient déjà été reblanchies et réparées « le tout fait depuis peu de temps »
Le Commandeur a dit qu’il avait fait faire le tout à ses dépens, ainsi qu’il en a justifié par les prix faits et quittances qu’il a employés dans son procès-verbal « d’améliorement » qui est du mois d’avril 1699.
L’escalier a été reblanchi au lait de chaux. A la sortie de la basse-cour, il y a un grand portail qui paraît avoir été fait depuis peu, « fermant bien, et assorti de tout ce qu’il lui faut »

Grange
— Au sortir de ladite basse-cour, nous avons vu la grange qui est au bout de la place ou terrasse du château, où l’on tient les fourrages de ladite commanderie.... Dans un seul corps de bâtiment « le couvert duquel est à paille » et paraît avoir été fait à neuf par le devant. Les murailles et tout le bâtiment « est » en bon état.

Place et murailles extérieures
— Nous avons encore vu des murailles nouvellement faites tout autour de la place ou terrasse, où il y a plusieurs belles allées d’arbres, dont plusieurs sont plantées de nouveaux arbres.
La place est fermée par des barreaux neufs à trois extrémités où les « bestes » ni les charrettes ne peuvent passer qu’en ouvrant lesdits barreaux.
Le passage des « gens de pied » se fait par des « grilles de bois », en sorte que toute cette place se trouve bien renfermée et ceci a été fait « aux soins et frais » du Commandeur Derrides « depuis même que ces améliorements ont été passés »

Garenne, bois et prés dépendant du château :
Nous sommes allés visiter la garenne, bois et prés dépendant du château. Nous avons vu qu’il n’y a rien de négligé et que le Commandeur a soin de rétablir la garenne du détriment qu’on y avait fait.
Nous avons vu qu’il y a fait faire des fossés pour empêcher l’entrée des bestiaux et des prés ou le Commandeur a fait faire beaucoup de murailles « aux endroits les plus nécessaires.

Bois
— Nous sommes allés voir les deux bois du Thouraud et de Fourchaud.
Ils sont à « demy lieue » du château et contiennent environ trois cents setérées. Ils joignent du côté du levant, midy et seplentrion les champs communs du village d’Outrelaigue, le Rivaud, chez Peinoux et « Peytillat » et, du couchant, les prés et terres du village de la Feyte.
Ils sont composés « d’arbres, fagots et haute futée »
Nous avons vu qu’on ne coupe que les plus vieux et méchants arbres pour le chauffage. Les jeunes et plus beaux sont conservés.
Nous avons néanmoins observé que du côté des villages d’Outrelaigue et du Rivaud, le feu ayant brûlé « la brande » est entré dans le bois et en a endommagé environ deux à trois setérées, le feu y ayant brûlé toute la broussaille qui était au pied des arbres, la flamme et la fumée les a noircis « d’une manière qu’on ne peut s’assurer s’ils en mourront » ou non, en ayant vu quatre ou cinq de « seichés » et « qui ne peuvent subsister, étant incertain de tout ce qui en sera des autres qui ont été touchés du feu dans ce canton »

Bois du Fourchaud :
Il est « de même nature » que le bois du Thouraud, distant aussi de Maisonnisses d’une demie-lieue, contenant environ cent cinquante setérées, joignant du côté du levant les terres des habitants du village de la Ronze ; du midy au chemin allant de Tressagne à Sardent ; du couchant aux communaux du village de Noualet et du nord aux près du village de Villejaleix. Ce bois est soigné et en bon état.

Les moulins :
— Au retour des bois, nous avons visité le moulin le plus proche du château, appelé : moulin de Maisonnisses, qui est au pied de la, chaussée du grand étang. Il possède deux bonnes meules. L’arbre de la grande roue paraît avoir été fait depuis peu ; le couvert et appentis, les bondes moulinières de même.
La grande roue est raccommodée et tout le moulin est en fort bon état. Le couvert est de paille et les murailles bien réparées.
« Il est au point rond » « Il ne s’y passe aucun abus »
Nous avons parcouru la chaussée du grand étang où le Commandeur Derrides a récemment fait poser à neuf la grande bonde.
Toute la chaussée est bien réparée et en bon état.

Au moulin de la Mouline :
Nous l’avons visité à la suite du premier. Il lui est distant d’environ un quart de lieue. Il se trouve situé dans la paroisse de Sardent, sur le ruisseau qui vient du grand étang. Il est, lui aussi, « bien garni de ses meules et au point rond », « Les, murailles et les pignons ont été raccommodés. Les nouvelles réparations y paraissent encore, aussi bien qu’aux roues. Les dormants qui portent les meules et les empalages sont en bon état »
Le couvert est en paille. L’ensemble est bien entretenu.

Au moulin de la Genette :
De là, nous sommes allés au moulin et à l’étang de la Genette, situé dans la paroisse de Maisonnisses, distant d’environ une « demy-lieue » Nous avons vu les bâtiments tout au fond et la cheminée en fort bon état « ainsi que la couverture qui est à paille » et « le molage, roues, cheneaux et arbres, œuvres de charpente »
« Nous avons aussi vu la chaussée qui paraît avoir été refaite il n ’y a pas longtemps, ensemble la grande bonde et la bonde moulinière, mais par quelques orages ou accidents imprévus, il y a quelque chose de ladite chaussée qui a manqué par le bas, du côté du moulin, ce qui paraît être arrivé depuis peu, qui commence à faire « bresche » à ladite chaussée par les fondements de ce côté-là ; pour éviter une plus grande ruine, il est nécessaire d’y remédier incessamment.

Au moulin de Chez-Peinoux :
Après quoi nous nous sommes acheminés à l’étang appelé de « chez Peinoux », qui est dans la paroisse de Maisonnisses « distant d’un demy quart de lieue » du château et, ayant visité la chaussée, nous l’avons trouvée en fort bon état, aussi bien que la bonde et empalage.

Après la visite des moulins, des étangs et de tout ce qui dépend du château de Maisonnisses, nous nous sommes retirés audit château. Y étant, nous avons remarqué que nous avions omis les observations ci-après : les salles et chambres du château se trouvent réparées de maçonnerie, comme aux cheminées, portes, fenêtres, murailles, et même dans celles de la cave par le bas, le tout étant bien et dernièrement raccommodé.
Ayant assez vu l’appartement du Commandeur et tout le long de l’escalier reblanchi avec du lait de « chaud » à neuf, nous avons encore vu les murailles, qui renferment le jardin dudit château, lesquelles ont non seulement été relevées aux endroits où elles « avaient » tombé, ainsi que le Commandeur nous l’a dit, mais encore elles ont été toutes « regrifées » de terre grasse par le dehors et par le dedans qui résiste à la pluie et de même de toutes celles de la basse-cour aussi bien que les deux portes du jardin qui sont en bon état.

En parcourant les dehors dudit château, nous avons vu que les murailles qui enferment la basse-cour se trouvent aussi très bien réparées et regrifées, couvertes à tuiles aussi bien que les bâtiments dont nous avons « cy-devant » fait mention. Nous avons omis de faire mention de deux fenêtres qu’il y a au grenier dans l’écurie et de trois qu’il y a dans l’écurie du côté du jardin, « qu’avons vu » toutes bien grillées et fermant bien, en bon état. Avons pareillement observé que le corps du logis du château est couvert de tuiles plates, aussi bien que les deux grosses tours et la petite où est l’escalier, lesquelles sont toutes en bon état et paraissent aussi avoir été réparées depuis peu.

Etat des meubles de la Commanderie :
— Et nous a dit le Commandeur que pour tous meubles et état il n’a trouvé dans ladite commanderie, en prenant possession, que trois vieux chalits enfoncés, deux petites méchantes tables, quatre méchants coffres, deux armoires, l’une à quatre portes et l’autre à deux et une paire de « chenet »

Conclusions
Forme du document
Présentation d’ensemble Format : sensiblement 24 x 18.
Nature du papier : comparable à papier « timbré actuel »
Reliure : de basane.
Degré de conservation : heureusement largement suffisant, sinon pour une lecture tout à fait courante, du moins pour un déchiffrement très aisé.
Graphie : très régulière dans l’ensemble.
Calligraphie : discrète et sommaire. Les enjolivements sont rares et ne consistent presque exclusivement qu’en quelques bouclettes accompagnant certaines initiales. Les titres sont en bâtarde quelque peu irrégulière et inhabile.
Orthographe : Correcte en général, elle n’a guère de particularités qui soient de nature à nous étonner. Nous y rencontrons naturellement : « fenestre, costé, nostre, maistre et quelques autres mots avec présence de l’s précédent le t. Une seconde série, non moins connue, renferme : ainsy, aussy, luy, quoi. Nous relevons encore visilte, parroisse, généralles et quelques autres redoublements de consonnes. Voici, enfin : lieux (pour lieues) et deuement (pour dûment).
Vocabulaire : il est presque actuel. Nous ne trouvons guère de mots ou expressions vieillis, comme regriffer, améliorement, y celle, gens de pied.
Phrase Déjà très proche, elle aussi, de la phrase actuelle, elle ne renferme que peu de tours archaïques tels que « Et nous a dit, le Commandeur »
Style : C’est celui d’un compte-rendu, donc empreint de la plus grande simplicité. La notation complète et exacte est, manifestement, l’unique souci du rédacteur. Donc, absence d’effet, de personnalité, de valeur littéraire.

Conclusions relatives au fond du document :
Caractère général de la visite. — Cette visite, si nous nous en tenons strictement au texte qu’elle nous laisse, n’est pas une quelconque visite de courtoisie ou d’amitié, mais bien plutôt une véritable inspection, portant sur tous les éléments matériels et moraux sur lesquels s’étend l’autorité du Commandeur.
Elle est, en quelque sorte, une revue de détail : minutieuse, méthodique, sincère.

Minutieuse, elle s’attache à tous les détails : les pas du visiteur ont fouillé toutes les pièces du château, de la cave aux combles, de la prison à la cuisine ; tous les terrains, des bois aux chaussées des étangs en passant par la garenne. Son regard s’est porté, et au besoin attardé, sur toutes les murailles, tous les plafonds, toutes les ouvertures, toitures, clôtures .....

Méthodique, elle a commencé par le château, s’est continuée par toutes ses dépendances, de quelque nature que celles-ci puissent être : four, puits, grange, écurie, s’est étendue aux bois et aux moulins.

Sincère, certainement elle l’a été, puisque effectuée sous la foi du serment.

But de la visite :
— Elle porte, tout spécialement, sur l’entretien des lieux, constatant l’état, généralement satisfaisant, de chaque élément ; notant soigneusement toutes les réparations et améliorations faites et les quelques-unes restant à faire.

Mais et c’est son premier caractère restrictif, elle ne vise qu’à la vérification et au maintien du bon état de ce qui existe sans jamais envisager aucun perfectionnement, agrandissement ou embellissement.

Et, cependant, tout n’était pas sans laisser à désirer dans ce château ! Et comment ne pas être profondément étonné et déçu du contraste entre cette demeure, somme toute assez imposante et les soins dont elle est l’objet d’une part et, d’autre part, l’extrême rareté et l’état lamentable du mobilier auquel le visiteur ne paraît nullement s’intéresser !

Si nous essayons de répartir, par la pensée, les quelques pauvres meubles mentionnés plus haut entre les pièces relativement nombreuses du logis, nous constaterons combien chacune de ces dernières demeure vide. Il apparaît quasi certain que plusieurs d’entre elles étaient totalement inoccupées.

Faut-il voir dans un tel dénuement, le reflet de la médiocrité qui régnait alors en France, tandis que dans bien des provinces le quart des terres est en friche, que l’agriculture ne fait aucun progrès, que les engrais demeurent très insuffisants, que les pâturages couvrent une grande partie du royaume, que les manœuvres agricoles ne gagnent en moyenne que 8 à 9 sous par jour, travaillant seulement 180 jours dans l’année, que les artisans des grandes villes, drapiers, chapeliers etc., gagnent, d’ordinaire, 12 sous, rarement 15, parfois 10 et moins encore 15 étant bien le maximum (d’après le mémoire de l’Intendant d’Amiens) et le minimum pouvant descendre à 5 sous, à 4 et moins encore, c’est-à-dire juste de quoi acheter un pain de 4 livres !

A partir de 1693, les vivres ont augmenté. Donc les salaires ont baissé en réalité. D’où malaise des ouvriers, conflits et grèves. Des municipalités essaient, sans toujours y parvenir, de fixer les salaires....

Second caractère restrictif de la visite prieurale elle ne retient en toute chose, que le point de vue purement utilitaire. Elle ignore absolument l’ornement et l’esthétique. Et si ceux-ci étaient représentés, si modestement que ce fut, a la Commanderie de Maisonnisses, nous pouvons regretter qu’elle n’en fasse aucunement mention. Elle nous prive, notamment, de tout renseignement relatif à la sculpture. Nous ne saurons pas par ce document, si le château comportait, par exemple, des cheminées intéressantes, des portes surmontées d’une accolade...

Intérêt Historique du Document :
Cette double restriction constatée, il n’en demeure pas moins que le document qui nous occupe présente un intérêt historique indiscutable.

Ainsi que toute visite de ce genre, vu son caractère objectif, il présente le grand avantage de préciser l’état, à une date donnée d’éléments actuellement modifiés ou d’établir, de manière irréfutable, l’existence à la même date, d’éléments maintenant disparus ou devenus méconnaissables, tant leurs restes sont diminués et changés.

Ainsi, à Maisonnisses, sont disparus depuis longtemps l’étang voisin du bourg et celui de Chez-Peynoux, tandis que celui de la Genette achève de s’assécher. De tous les moulins cités, aucun n’est parvenu jusqu’à nos jours et le moulin actuel n’appartint pas à la série de ceux visités en 1700.

Cependant le hameau de la Mouline a conservé son nom qu’au premier abord il ne semble pas mériter, ce qui montre que des documents du genre de cette « visite » peuvent justifier certains noms d’agglomérations ou de lieux-dits tel celui, toujours à Maisonnisses, du Pré-Châtau, alors que le château lui-même a été abattu, ce qui nous conduit au point où l’intérêt historique du document apparaît capital.

En effet, matériellement, il ne subsiste actuellement, tout au plus, qu’une cave et une épaisse muraille de ce qui constituait la demeure du Commandeur de Maisonnisses, et il serait vain de tenter une reconstitution de cette demeure d’après ces vestiges incomplets et noyés dans ou sous des maçonneries plus récentes. Par ailleurs, nous ne possédons aucun document figuré représentant ce château.... Or, cette « visite » nous le restitue en grande partie, avec son orientation, sa silhouette élancée grâce à ses 3 étages et à ses 3 tours, ses dimensions d’ensemble, sa distribution intérieure, caractérisée surtout par la présence de la grande salle se répétant à chaque étage, le nombre et la disposition de ses ouvertures. La couleur nous est en partie rendue par la couverture de tuiles plates et le décor par les arbres de la place. Afin de concrétiser cette vision, je ne pense pas qu’il soit trop hasardeux de supposer une assez forte ressemblance entre ce château disparu et celui de la Chezotte, muni, il est vrai, d’une quatrième tour.
Avec les détails concernant les dépendances, c’est tout un ensemble qui revit. L’apport du document à l’histoire locale est donc considérable.
Sources : P. LOURADOUR. Mémoires de la société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse. Guéret 1954. BNF

Retour Etudes

Top

 

 

Licence Creative Commons
Les Templiers et Les Croisades de Jack Bocar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une oeuvre à http://www.templiers.net/.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.templiers.net/.