Hospitaliers   Cartulaire Général. Volume 2   Hospitaliers

Cartulaire Général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. N° 1130 à 2653.
Réalisé par M. Jean Delaville le Roulx.
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promulguée par Alphonse de Protugal



[1204-1206 (1)], Margat. Statuts promulgués par le chapitre général de l’ordre sous le magistère d’Alphonse de Portugal.
Sources : Texte français : Dijon, Archives de la Côte-d’Or, H, n° 111, folio 14 b (XVe siècle).
Londres : Musée Britannique, Cotton, Galba A. 17, folio 65 b (XIVe siècle, mauvais état).
Marseille : Archives des Bouches-du-Rhône, ordre de Malte, H, 6, n° 53 (rouleau, fin du XIIIe siècle).
Montpellier : Bibliothèque de la Faculté de Médecine, ms. 372, folio 10 (XIVe siècle).
Paris : Bibliothèque nationale, fonds français 6049, folio 71 (fragments) et folio 233 b (XIVe siècle) ; 1978, folio 36 b (XIVe siècle) ; 1979, folio 31 b (XIVe siècle) ; 13531, folio 16 b (XIVe siècle) ; 1080, folio 15 (XVe siècle) ; 17255, folio 8 (XVe siècle) ; 1079, folio 26 b (XVe siècle).
Rome : Bibliothèque du Vatican, ms. 4852, folio 32 b (XIIIe siècle) ; 3136, folio 34 b (XIVe siècle).
Turin : Bibliothèque nationale, LV 45, folio 21 (XVIe siècle).
Texte : latin Florence, Bibliothèque nationale, cl. XXXII, ms. 37, folio 7 A (XIVe siècle).
Malte : Archives de l’ordre, division I, volume 69, première partie (XIVe siècle).

1. Il est difficile de fixer l’époque de ce chapitre ; nous ignorons quand commença le magistère d’Alphonse de Portugal, dont le début peut peut-être être remonté jusqu’en 1202. Ce qui est certain, c’est qu’en 1203 (Voir plus haut, page 19, n° 1167), Alphonse de Portugal était grand-maître et se trouvait en France, et qu’il mourut, le 1 mars 1207, en Portugal, après avoir résigné le magistère. De ce dernier fait il résulte que le chapitre général de Margat ne peut avoir été tenu plus tard qu’en 1206. Nous avons, au reste, un acte de 1206, émané de Geoffroy le Rat, successeur d’Alphonse de Portugal (Voir plus bas, n° 1231). Les chapitres généraux se tenant généralement en juin, aux environs de la Saint-Jean, nous avons cru pouvoir assigner à celui-ci la date de juin 1204-1206.

Texte provençal : Arles, Archives communale, GG, (fin du XIVe siècle).
Aulan : Bibliothèque du marquis d’Aulan, folio 27 b (XIVe siècle).
Toulouse : Archives de la Haute-Garonne, cartulaire de S. Jean, n° 3, folio 18 b (XVe siècle)
— n° 4, folio 8 b (XVe siècle)
— n° 6, folio 33 b (XIVe siècle).
Texte catalan : Alcala de Henarès, Archives générales centrales, ordre de S. Jean, cartulaire n° 1, folio 15 b (XIVe siècle)
— n° 2, f. 12 (XVe siècle).
Toulouse : Archives de la Haute-Garonne, cartulaire de S. Jean n° 1, folio 24 (XIVe siècle).
Texte italien : Vienne, Bibliothèque impériale du royaume, ms. 3323, folio 19 b (XVe siècle).
Texte allemand : Munich, Bibliothèque royale, ms. latin 4620, folio 84 (XIVe siècle).
Texte : H. Prutz, Kulturgeschichte des Kreuzzuge (Berlin, 1893), 607 (d’après le texte latin du manuscrit de Malte).


Margat. Statuts promulgués par le chapitre général de l’ordre sous le magistère d’Alphonse de Portugal.

Hoc (2) est memoriale consuetudinem Hospitalis celebratum apud Margatum capitulo generali per fratrem Alfonsum de Portugalia, ejusdem domus magistrum, cujus prima pars noscatur essctalis.

1. Nous publions le texte français d’après le manuscrit 4852 de la Bibliothèque Vaticane.
2. Le texte latin donné ici est celui du manuscrit des Archives de Malte.


Conehue (1) chose soit à tous ceaus qui verront cest présent escrif, qui ores sont et qui avenir seront, que, assemblé à Margat le general chapistre, toutes cestes coustumes avant escrites et qui sont apres escrites, en la presence de frere Anfos de Portugal, par la grâce de Deu maistre de la sainte maison de l’Ospital de Jérusalem, furent recordées devant touz. Et quant il orent conehu, par le tehmoignage des anciens et sages freres, que eles esteent antiques, fu establi dou maistre et dou general chapistre confermée que eles furent tenues et gardées selonc le pooir de la maison sanz contredit.

Et fu dit que, [comme il est desus] escrit, des iglises que soit tenu ; le prevelige des malades soit tenu. De l’autre office des malades soit tenu, ce est à savoir de pelices, de bottes, de chapeaus, de relever les enfans, de la pitance dou vin quand les freres l’auront as l’estes doubles, ensi com il est avant escrit, soit tenu.

Le frere, quant il comensera à estre malade, par III jors ait ce que mestier li est en sa chambre ou en son lit ; et dou tiers jor en avant entre en l’enfermerie, soit bailli ou non.

La table des malades soit fors dou couvent, près de l’enfermerie et près dou moustier, selonc le pooir de la maison.

Les freres malades, tant com il seront en renfermerie, aient ce que besoing lor est, que l’on porra trover selonc le pooir de la maison.
Cil qui seront à la table aient de II chars, se eles se pooient trover, ou d’une char en II manieres.

La viande de la table des malades soit commune ; le pain soit comun à celui de covent ; le vin de covent, se il afiert à amender as freres malades, soit amendé.

Les freres de l’Ospital sont tenus de hobeyr au maistre humblement por Crist.

Le maistre, quant il sera eslehu, doit promettre en chapistre que il tenra les bones coustumes de la maison et les establimenz, et que il ordenera les besoignes de la maison par le conseil des freres ; et mesmement celes qui seront ordenées des freres en general chapistre gardera, et comendera fermement que soient de touz gardées.

Et se aucun bailli, establi par general chapistre, cheoit en justice, porcoi il perde la baillie, par conseil des freres porra le maistre ordener la baillie jusques au prochain chapistre general à celui meisme ou à autre frere la baillie recomandant.

En quel maniere le general chapistre doit, estre assemblé.

Le chapistre general sera assemblé en cel maniere : le maistre, le covent et les baillis doivent estre assemblez, se estre peut, et estre au chapistre. Et se le covent ne pooit venir au chapistre, et le maistre soit aveuc le covent, par la connoissance et le conseil dou covent et des freres que il aura aveuc soi, meine au chapistre comunement de chascunes terres ou des régions tant des freres combien et quelz covenra dou couvent, qui plus sages et plus discrez aparront. Et se le maistre fust loinz et ne poyst venir au covent, il doit mander au mareschal et au covent et as bailliz en lor qui le covent est, que il aient entrée aus conseil et meinent au chapitre des freres de covent comuneinent, selonc la maniéré avant escrite.

Des choses que l’on doit faire au chapistre.

Quant le chapistre sera assemblé, soit chanté « Veni Creator » et lehu l’evangil sollempnement. Sermon soit fait. Soient rendues les baillies, et la régle se lise. Adonc doit dire chascun bailli l’estat de sa baillie et de la maison. Oy l’estat des baillies, cestes et les autres bones coustumes de l’Ospital par anciens et religious freres soient recitées ; et quant seront dites, les clamors, se nule en y a, soient oyes et soient amendées par esgart des freres. Apres doit le maistre mander por conseillier les baillies communement des freres qui seront plus aparans d’estre plus sages et plus honestes. Et le maistre doit dire as freres : « Se aucun est entre vos frere par qui l’en voie que la baillie peust estre conseillée, mandez le à moi. Et se aucun est en chapistre de cui conseil vos ayez mestier, je le manderai à vos. » Et se par aventure le maistre ne dit ce, les freres doivent requerre ce meisine de lui, et le maistre lor doit otroier sanz contredit. Et quant les freres auront ehu conseil de la baillie ou de la besoigne dont il doivent traitier, chascun doit dire le meaus que li semblera ; et, oy le conseil de chascun, avant que il facent fin, doivent mander querre le maistre et oyr son conseil ; et quant il l’auront oy, le maistre s’en doit départir, et les freres feront au meaus qu’il lor semblera ou le conseil dou maistre ou le lor. Ne por quant ce que la greignor partie des freres auront conseillié ou comandé, que soit tenu fermement.

Des freres qui doivent aler outremer ou venir.

Si le maistre ou aucun des baillis fait clamor d’aucun frere, il ne doit pas estre à l’esgart. Bailliz et autres freres qui sont mandez outremer doivent estre mandez par l’esgart dou general chapistre. Et les bailliz et les freres que l’en mande querre outremer doivent estre apelez par l’esgart dou chapistre general. Et se mestier est que, apres chapistre, aucuns freres soient mandez outremer, le maistre les doit mander par conseil des freres qui sont en la terre [dou frere que l’en mande] (1).
1. Les mots entre crochets ont été exponctués dans le texte, on ne sait pourquoi.

Que doit faire le maistre quant il est malades à mort.

Quant le maistre de l’Ospital sera en maladie à mort, il doit apeler aucun des freres qui seront entor lui, le plus leal et le plus honest que il conoistra, et li doit recomander sa boule ; et le frere qui la boule aura, quant le maistre sera trespassé, au plus tost que il porra doit aler au covent et resigner la boule.
Adonc sera à la discrecion dou covent de garder la boule et de ordener les choses et les besoignes de la maison jusques au general chapistre. Et au general chapistre doivent estre apelez touz les freres deçà mer, les bailliz et les autres plus sages et plus discrez ; mais l’en ait porvehu premièrement dou servise des maisons.

Que Ven doit faire apres ce que la boule est livrée au chapistre.

Quant le chapistre general sera assemblé, la boule doit estre mise au milieu devant touz ; et donc doivent tuit faire comandeor, qui porte la besoigne dou chapistre tant que le maistre soit eslehu.
Les freres doivent conjurer celui qu’il auront fait comandeor que il leaument se porte à l’election du maistre.

Comment le comandeor, par le conseil dou chapistre, se doit contenir en l’election do maistre.

Le comandeor, par le conseil dou chapistre, doit eslire I frere, ce est assavoir I frere prestre, I autre frere chevalier et I frere sergent ; lesquelz il doit conjurer au meaus que il saura que eaus, leaument et sanz tricherie, esliront le quart que il connoistront à meillor et à plus leal à l’election dou maistre ; le quel doit estre ensi conjuré par devant touz, et puis doit estre mandé aveuc les III ; et ces III doivent eslire le quint, qui doit estre mandé aveuc les autres. En tel maniéré doit estre fait jusques à XIII.
Et ces XIII, en tel maniéré eslehuz, doivent venir devant le comandeor et le chapistre ensemble, qui touz ceaus doivent ensemble conjurer, et comander, et enjoindre au péril de lor armes que ceaus, sanz tricherie et sanz faintise, et mise arriere d’os toute grâce et paour, hayne et amor, leaument esliront maistre des freres qui seront deçà ou delà mer le meillor et le plus profitable qu’il conoistront as pours et à la maison de l’Ospital, et lequel il conoistront autre si plus profitable et utile à toute la crestienté. Et quant il seront conjuré, il doivent promettre que il feront leaument et devotement ce que lor est enjoint.
Le comandeor et le chapistre lor doivent otreer que il auront por ferm et astable ce que les XIII feront ou la plus grand partie d’eaus fera à eslire maistre.
Et celui que il esliront sanz contredit ressevront por maistre.
Les paroles et les controversions et les inquisitions qui auront esté à l’eslection dou maistre doivent estre secretes, et que ne soient revelees doit estre deffendu en péril des armes.

De l’ordonement des viandes et do harnais que bien chascun doit avoir.

La table du covent soit tenue comunement en tel maniere : tous les freres bailliz et autres doivent venir à table de covent. Nul frere sain, ne bailli ne autre, ne doit mangier en chambre, se par congié n’est. La viande dou covent doit estre comune, et le bevre autresi. Ne bailli ne autre ne doit avoir meillor viande ne estrangier que les autres à la table dou covent, ne avant ne apres, se tout le covent n’en pooit avoir. Et se aucun frere, seant à la table, ne pooit mangier de la viande du covent, se il demande autre viande, il porra avoir de la viande as sergens.
La viande et le boivre soit si bon, selonc le pooir de la maison, que les freres le puissent et le doivent souffrir et soustenir.

Chascun samedi se puissent les freres seignier, se mestier lor est, par congié, et à III mangiers ayent pitance. Les freres doivent avoir III chemises et III braies, et une cote et une chape, et III draps en lit et le quart en sac, garnache et supe, et II manteaus I à penne et autre sans penne, et chauces de lin et de laine.

Le maistre puet avoir ni chevaucheheures por soi, cheval, turqueman et mule, et i vahlet, et ni escuyers, et chascun doit avoir sa chevauchehure. Les ni de ces doivent mangier avec les turco-ples. Et puet avoir n somiers et 1 sorne-lier, et i queue, et i ferrour, et i turcople, et i escrivain, et 1 chapelain, et i clerc; et ces n doivent avoir un escuyer, et peut avoir i frere sergent seneschal aveuc n chevauchehures et i maistre escuyer à autres n, et n freres chevaliers, chascun au mi chevauchehures. Et toutes ces chevauchehures doivent estre à la provende du maistre.

Le mareschal du covent doit avoir IIII chevauchehures et I confenonier, et II escuyers, et II de ces man[d]ucent au les turcoples, et II sommiers et I somelier.
Le maistre escuyer dou covent doit avoir III chevauchehures.
Les chastelains et les bailliz doivent avoir III chevauchehures tant seulement, et II escuyers.
L’un des escuyers des chastelains et dou bailli d’Acre doivent estre à la viande des turcoples.
Chascun des chastelains puet avec soi mener I turcople.
Chascun frere chevalier doit avoir IIII chevauchehures, et les freres sergens qui servent d’armes, II.
Tous les freres chevaliers et les freres sergens qui servent d’armes sont au commandemant dou mareschal, sauz les compaignons dou maistre et sauz les bailliz.
Toutes les hores que il yront en besoigne, les bailliz et touz les freres d’armes seront au comandement dou maistre, se il est enpresent.
Et si le maistre n’en y est, le mareschal sera au comandement de celui qui tenra leu de maistre.
Touz les harneis, chevauchehures, armes et toutes autres choses qui afierent à chevalerie, de quelque leu soient venues et ehues, sont au commandement dou mareschal, sauve la reverence dou maistre qui en prendra ce que mestier lui sera por lui et por ses compaignons, et sauve ceaus qui seront présentez au maistre.
De toutes les choses qui seront besoing à la mareschaucié le mareschal le doit faire asavoir au maistre, et le maistre doit comander ou au tresor ou en autre lieu dont il prendra la pecune por faire acheter ce que mestier sera.

Li parole de plusors deffences et autresi de comandemenz.

Le maistre, ne bailli, ne nul des freres de l’Ospital ne doit prester, ne faire plegerie por nule, ne engagier, ne aliener tenemenz ne eritages de la maison.
Quuil frere qui n’a baillie ne doit ne doner, ne prendre, ne vendre, ne acheter, ne prester, ne comande receivre de nul home séculier sanz congié de son maior, se ce ne soit mandée à la maison de l’Ospital ; et tele aumône doit il au plus tost que il porra rendre à son maistre.

Et frere dou covent, qui veaut avoir harneis ou robe neuve, doit rendre le viel. Et se tiegne à paié dou harneis que il aura, selonc restabliment de la maison. Et se aucune chose en est perdue par coulpe de l’escuyer ou par aucune autre maniere, il en doit rendre raison.

Chascun qui vient à la religion de l’Ospital, cel meisme servise que il faisait au siecle, celui face en la maison ou autre, se comandé li est.

Nul requière en l’Ospilal estre fait chevalier, se promis ne li lu avant que il eust recehu l’habit de la relegion de l’Ospital, et meismement se il soit de tel aige que il poyst estre fait chevalier quand il estait au siecle. Neporquant les filz des gentilz homes, se il sont norris à la maison de l’Ospital, porront estre fait chevalier en la maison quand il venront en aige de chevalerie, par la volenté dou maistre ou dou comandeor, et par conseil des freres de la maison.
Le frere qui vodra gehuner doit mangier au premier covent ou au darrain, quant il aura oye none, et ait viande de covent et non autre. Et se il gehuue jusques au soir, viande de covent doit avoir et autre non.
Quant le maistre et le covent se concorderont de faire comandeor qui se fait en l’Ospital, cil doit estre premièrement establi. Et a la boule du maistre de cyre, et boule de li par toz les leus où li maistres ne sera, et a comandement par touz los leus deçà mer.

Se responcions sont mandées d’outremer, et le maistre n’est pas enpresent, que il les puisse resseuvoir. Le commandeor les ressevoit et les faisoit porter devant les malades et puis au tresor.
Tens fu que grant comandeor estait en l’Ospital, et tens fu que n’en y estoit. Et en aucun tens fu que il avait plus grant pooir, et en aucun tens que il avait menor pooir, selon la concorde et la volenté dou maistre et dou general chapistre.
Quant il chevauchoit, IIII chevauchehures avait à son eus, et I frere sergent au II chevauehehures, et I escrivain, et II turcoples, et I trotier ou II.
Quant il voloit, I frere prenoit II compaignon d’une maison à autre. Apres le grant comandeor faisoit l’en le trésorier. Et boulait de la boule du maistre au nom dou maistre en eyre.
Et coroit sa baillie tant com duroit la baillie de la table de l’Ospital de Jérusalem. Apres le trésorier se faisoit hospitalier ou l’aumonier, et avoit tant de pooir come vos avez oy parler dessus.
Le pooir dou drapier estoit itel. Toutes les draperies estoient en son pooir de tant com apartenoit à tout le covent et à la table de l’Ospital de Jérusalem, ce est asavoir par les montaignes et par les mandres des plains.

Les filz des chevaliers, norriz en la maison de l’Ospital, quant il venront en aige de chevalerie, se il sont mandez es marches ou es parties d’outremer, soient fait chevalier se il le requièrent.
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