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Les Cartulaires de l’ordre Malte
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Les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem en Velay
Le classement du fond de Malte, aux archives du Rhône, a mis en lumière plusieurs chartes fort anciennes relatives aux établissements des Templiers et à ceux des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, dans le Velay.
Il y a, entre autres pièces curieuses, un rouleau de parchemin, qui renferme un cartulaire du XIIe siècle de l’Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem du Puy.
L’écriture est fort belle ; les lettres ont plus d’un centimètre de hauteur.
Les feuilles rattachées entre elles par des lemnisques présentaient sans doute autrefois les actes dans leur ordre chronologique ; mais les liens, usés par la vétusté, se sont rompus. Il serait facile de remettre les titres en rang de dates.
Les chartes du XIIe siècle sont rares, surtout celles qui concernent les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Je crois donc intéresser les lecteurs de cette Revue en leur présentant le texte de cinq chartes, prises au hasard dans ce précieux recueil. Elles sont, je crois, inédites.
Elles remontent à l’époque où Etienne Isnelle, ou Hisnelle, était Procureur ou Maître, de l’Hôpital du Puy. Hisnelle paraît avoir joué un rôle important dans son ordre ; en 1157, il assista à l’acte par lequel Bertrand, abbé de Saint-Gilles, autorisa le Grand-Maître de Saint-Jean-de-Jérusalem à bâtir un oratoire à Saint-Gilles.
L’hôpital de Saint-Gilles fut le premier de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem en Europe. On fait remonter sa fondation vers l’an 1103.
L’hôpital du Puy a dû être un des plus anciens de France, car une des chartes ci-jointes prouve qu’il était en pleine prospérité dès l’an 1153.
Il n’est, d’ailleurs pas étonnant que la capitale du Velay, qui était alors une des villes les plus importantes du Languedoc par sa population, ses foires, son industrie, ses pèlerinages, et qui venait de fournir à son évêque Aymar, partant pour la première croisade, un si brillant cortège de clercs réguliers et séculiers, de soldats et de chevaliers, ait attiré en première ligne l’attention d’un Ordre spécialement destiné à venir en aide aux pèlerins de la Terre-Sainte.
Le cartulaire du XIIe siècle atteste le bon accueil fait aux Hospitaliers par les habitants du Puy.
La première charte est de l’an 1153, sous le règne de Louis VII, roi des Français, et le pontificat de Pierre, évêque du Puy. Elle constate une donation faite à Dieu et aux pauvres de l’hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, entre les mains d’Etienne Isnelle, Maître ou Procureur de la Maison du Puy, par Presta, et ses fils Pons et Guigne de Glavenas, de trois deniers, à percevoir sur le champ de Nastol. Les témoins sont Bérard de Saint-Didier, W. Guilband et Bertrand de Montainac ou de Montagny.
La seconde charte n’est pas datée, mais elle est également faite sous la maîtrise d’Etienne Isnelle ; elle doit donc être de la seconde moitié du XIIe siècle. Cette pièce mérite toute l’attention des amateurs de l’antiquité. Elle est écrite partie en langue latine de l’époque, partie en langue romane, parlée alors dans le pays.
W. de Lizallitz, et son épouse Guillelmette, se donnent eux-mêmes, comme frère et servante, à l’Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, Ils font en même temps donation des droits qu’ils ont sur Villeneuve et sur la vigne de Crapo et l’Ort de Malforn.
La troisième charte de 1173, sous le règne de Louis et le pontificat de Pierre, évêque du Puy, renferme une donation par Pierre Comte (Petrus Coms) à, Dieu, à la Vierge Marie, à Saint-Jean-Baptiste et aux pauvres de l’hôpital de Jérusalem, d’un champ situé entre la route de Sollamniac et le ruisseau de Durlon.
Quel est le sens qu’il faut donner au mot Coms ? Il est évidemment l’abréviation du mot Comes, car dans le même acte, quelques lignes plus bas, on lit : in terrâ quam Hospitale habet pro Petro comite. Mais le donateur était-il un Pierre qui s’appelait Comte, ou un comte qui se nommait Pierre ? Je laisse la question à résoudre.
Cette charte est également écrite en partie en langue romane. On y trouve ces mots : Lo fils Petro Bertrand, pour ceux-ci : filius Petri Bertrandi ; et : Armand de la Rocha et, Guiga sos fraire, pour Armandus de Rocac Guigo frater ejus
Le rédacteur emploie même, ce que l’on rencontre quelquefois dans les titres de cette époque, la déclinaison grecque, pour un nom propre ; ainsi il désigne le fils d’Avitz, en disant : filius ejus, Avidos
La quatrième charte de l’an 1174 contient la vente d’un champ sis au lieu de Cumbullit dans la paroisse de Saint-Germain-en-Velay. Etienne Isnelle fait L’acquisition de ce champ pour l’hôpital du Puy, au prix de cent sols paiés
La cinquième charte est de 1175, sous la maîtrise d’Isnelle, le règne de Louis VII et le pontificat de Pierre IV. Plusieurs habitants du Puy vendent à Isnelle les terrains qu’ils possèdent dans la vigne qui est à côté d’Aiguille (Saint-Michel). L’acheteur paie à chaque vendeur, pour chaque ort de terrain, pro uno quoque orto, vingt sols et un carton de seigle qui valait alors douze sols.
L’ort était une mesure de surface ; j’en ignore l’étendue (1).
1. Je n’ai pu trouver ce renseignement ni dans Du Gange, ni dans Raynouard. Cependant on trouve dans Du Gange le mot ortaliata indiqué comme ayant le même sens que les mots ortus ou ortum de notre charte.
« Ortaliata. Modus. Agri. Charta année 1269, ex tab. S. Ganger. Cameræ : Item ad sexagintos et decem solidos Turonenses, quos habemus summatim suprà quindecim ortaliatas terræ, sitas in territorio Aubry. »

La charte indique les noms des vendeurs ; plusieurs de ces noms se retrouvent encore dans la localité : les Trouillière, les Bouchet, les Malet, les Pouzols, les Mouliniers, les Bonnet, les Porteirs, les de Croix, etc.
Arimans, abbé de Seguret (2), intervient dans l’acte pour approuver la vente. Il reçoit d’Isnelle, pour droits de lods, cent dix sols. Les témoins sont : Guillaume Moneider, Etienne Bozol, Pierre Manant, Pierre Brus, espiciers, Pierre d’Agren, Hugues de Montrevel, Arnald, gantier, Leitens, changeur.
Cet acte emprunte également à la langue vulgaire quelques mots, qui lui donnent un cachet de l’époque. Il serait à désirer que ce cartulaire soit publié en entier. Puisse l’appel que j’adresse aux érudits du Velay être entendu.
2. Voir le Gallia Christiana.

1153
Certificetur omnibus tam presentibus quam futuris quod ego Presta et nos ejus filii, videlicet Pontius et Guigo de Glavenaz pro redemptione anime patris nostri et animarum nostrarum donamus et laudamus atque in perpetuum tradimus bona fide et bono animo et absque omni dolo, scilicet tres nummos quos habemus et possidemus in manso de Nastol en queia cartalada, Deo et Christi pauperibus hospitalis Jherusalem.
Hoc donum fecimus in manibus Stephani Isnelli, domus Aniciensis hospitalis Jherusalem magistri.
Hoc est factum in presentia et sub testificatione Berardi de Sancto Disderio et W. Guilbaudi et Bertrandi Montainac et Guiraldi Fanadi, et Bertrandi Artificisis et Johannis de Chiriaco, anno ab incarnatione Domini M° C° L° III° ; Lodovico rege Francorum regnante, Petro episcopo Aniciensis ecclesie existente.

Vers 1160
Notum sit omnibus tam presentibus quam futuris quod ego W. del Pizaltitz et uxor mea Guillelma bona fide et bono animo donamus et tradimus in perpetuum sine ullo retinemento Deo et pauperibus hospitalis Jherusalem, nosmet ipsos pro fratribus et servis ad redemptionem peccatorum nostrorum que in hoc seculo fecimus.
Et donamus pauperibus supradicti hospitalis quicquid juste vel injuste habebamus in Villa-nova et donamus vineam del Crapo et lort P. Malforn que dona I Ca de civada et I gallina e lort Umbert del Forn atrestant et aquel de Borrel Garneir atrestant et aquel Giraut Drogo alrenet aquel. Jo. Ferreir similiter el B. Pelet similiter el D. de Vilanova, similiter et aquel de la meisoneira I m. coble de segel et el champ B. Pelet et Jo, de la Sableira I cesteir de civada el garait del pei. . . relz IIII ortz sobre la via e las III olchas. . . ie sunt torn la maiso el prat el pastural de. . . t la maiso.
Hoc donum fuit factum in manu Stephani Isnelli magistri.
Testes sunt W, de Rocha,. .ro, et Lambertz e sa maire Nadalais et ant Loutref. . . quil lo manteinont e W. Agnes Olivers Tronchetz, Gui. . . Batailleurz Sanuchelz, Rosbertz Noël.

Il y a les trois chartes suivantes en langue romane : 1173, 1174, 1175, à lire en ligne. Tablettes historiques de la Haute-Loire.
Sources : M. A. DE LAGREVOL. Saint-Jean-de-Jérusalem en Velay (hospitaliers de). BNF

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