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Commanderie de Tor et Boulbonne
Département: Haute-Garonne, Arrondissement: Muret, Canton: Cintegabelle — 31

Commanderie de Tor et Boulbonne
Commanderie de Tor et Boulbonne

On pourrait situer les biens des Hospitaliers de Saint-Jean en Cintegabelle et en Mazères, on peut voir sur la carte de Cassini au sud-ouest de Cintegabelle, l’abbaye de Boulbonne. Près de Mazères le hameau de « Le Tor le Haut » et au sud « Le Thor le bas. »
Il ne reste visiblement auvune trace du passage des Hospitaliers, je situe Boulbonne, puisque les possessions devaient être pas très éloignées de cette abbaye.

Dans la plaine formée par les alluvions de l’Hers et de l’Ariège, qui l’enserrent et vont se réunir à son extrémité, s’élevait jadis un modeste établissement de l’Ordre de Saint-Jean, non loin de la célèbre abbaye cistercienne de Boulbonne.
L’acte de fondation n’existe pas dans les archives, mais, grâce à certaines indications recueillies dans des documents postérieurs, nous pouvons reconstituer en partie l’histoire de son origine.

Sous la suzeraineté des comtes de Foix, plusieurs grands seigneurs, qu’un acte désigne, en se servant du nom du plus connu d’entre eux, « Viri Jordaneuses », Jourdain de l’Isle, Izarn de Verfeil, Othon et Augier de Calmont, possédaient dans ce territoire une immense étendue de pacages et de bois.

Dans la seconde moitié du XIIe siècle, ils accordèrent aux Hospitaliers la liberté pleine et entière de faire paître leurs troupeaux, de couper du bois, de défricher les forêts dans toute l’étendue de « la bolbone (peut-être Boulbène - 1) » et d’y construire des maisons et une ville.
1. Terre composée principalement d’argile et de sable, composant le sol de la région du Sud-Ouest de la France, plus particulièrement de la vallée de la Garonne

Les Hospitaliers s’empressèrent de créer sur les lieux un établissement d’exploitation qui prit le nom de « Boulbarme » comme sa puissante voisine, l’abbaye ; ils se proposaient sans doute de profiter du dernier privilège qui leur avait été concédé ; et de fonder une ville pour y attirer les vassaux dont ils avaient besoin.

Saverdun
Département: Ariège, Arrondissement: Pamiers, Canton: Saverdun — 09

Saverdun
Domus Hospitalis Saverdun

Thor


Domus Hospitalis Thor

Mais les circonstances vinrent leur faciliter la besogne et leur épargner les difficultés et les dépenses d’une telle entreprise. Excités par l’exemple de libéralité qui venait de leur être donné, deux frères, chevaliers de Saverdun, Guillaume et Arnaud de Villemur, donnèrent à Guillaume Raymond, Prieur de l’Hôpital de Toulouse, et à Bernard de Gavaldan, précepteur de celui de Boulbonne, un petit village qui leur appartenait au lieu nommé « le Thor » ; ils fournirent pour garants de cette donation Raymond-Roger, comte de Foix, Arnaud de Marquefave, Sicred de Léran, Pierre de Durban, Pons d’Adhêmar, Raymond de Pech-Auriol, Pierre de Galdin, et tous les autres chevaliers de la ville et des faubourgs de Saverdun (milites et barriani Saverduni). Les seigneurs de Villemur mettaient pour seule condition « que les Hospitaliers ne céderaient de maisons sises au Thor à aucun, des chevaliers de Saverdun ni à leurs hommes. » Cet acte, qui eut pour témoin Raymond, abbé de Saint-Sernin, fut passé au mois de février 1192 (1193).

Au commencement du siècle suivant, d’importantes donations accrurent la prospérité de l’hôpital de Boulbonne ou du Thor, nom que la commanderie porta depuis lors indifféremment.
En 1211, cet établissement reçut de Vidal de Montaigut, la forteresse de Camarade que ce dernier avait reçu en 1186 du seigneur Arnaud de Lisle.

Mais le comte de Foix éleva dans la suite des réclamations sur la validité de cette donation et revendiqua pour lui la possession de cette place dont l’importance était très considérable. A la suite de longues discussions à ce sujet, l’abbé de Saint-Sernin et Martin de Saint-Gilles, précepteur de l’hôpital de Narbonne eurent choisis comme arbitre par le Grand-Prieur Guillaume de Villaret et par Roger Bernard, comte de Foix (le jour des Kalendes de juin 1271). Nous ignorons quelles furent les satisfactions données à l’Ordre de Saint-Jean, mais le château de Camarade fut adjugé au comte et figure dans la suite parmi les seize châtelleries du pays de Foix.

Bernard de Durfort et son frère Pons d’Adhémar, donnèrent à Bernard de Durban, précepteur de Boulbonne, la moitié de la ville et du château de Bonnac, « En dessous de Le Vernet-de-Canteraines carte de Cassini » ainsi que de la seigneurie qu’ils avaient sur tout ce territoire (août 1212). Cette ville dut être échangée dans la suite par les hospitaliers contre quelque autre possession, car elle ne figure plus parmi les dépendances de Boulbonne ; nous la voyons plus tard entre les mains des rois de France qui la revendirent dans le XIVe siècle à la famille de ses anciens seigneurs.
De l’hôpital de Boulbonne dépendait encore des biens à Cintegabelle et Aignes.

Cintegabelle et Aignes

Cintegabelle et Aignes
Domus Hospitalis Cintegabelle et Aignes

Pendant le XIIIe siècle, la tranquillité des hospitaliers fut plus d’une fois troublée: ils eurent à soutenir, non plus seulement des luttes litigieuses au moyen d’arguments plus ou moins spécieux ou de bribes d’anciennes chartes, mais une guerre véritable. Quoique séparés par toute la longueur de la plaine, l’abbaye et l’hôpital de Boulbonne étaient encore trop rapprochés, leurs possessions et leurs droits étaient trop confondus, pour que la paix fut longtemps possible. Aussi voyons-nous arriver le précepteur devant l’official toulousain, pour exposer les griefs qu’il avait contre les moines; il nous les montre armés de bâtons et même d’épées, détruisant les cabanes des vachers de l’hôpital, blessant les frères, dévastant les moissons, s’associant avec des seigneurs du voisinage, pour venir piller les bâtiments agricoles et enfin cherchant à empêcher par tous les moyens les hospitaliers de jouir des privilèges concédés par les nobles seigneurs Jourdains dans le siècle précédent. La dernière partie de ce document, cité par M. Roschach dans son étude intitulée Foix et Comminges, a disparu et avec elle la sentence du juge, qui dut entendre des plaintes analogues de la part des Cisterciens et qui réussit, sans doute, à faire cesser entre les deux établissements une guerre dont nous ne retrouvons plus de traces dans les siècles suivants.

Après la réunion du comté de Toulouse à la couronne, les commissaires royaux le parcoururent en entier avec la mission de réformer les abus et de faire cesser les usurpations d’autorité qui auraient pu se produire. Nous les trouvons faisant leur enquête au sujet des droits de justice du lieu de Boulbonne. Tous les témoins ayant été unanimes à affirmer que ce droit appartenait aux hospitaliers, la possession leur en fut confirmée par les commissaires. Mais, soit que les habitants de cette localité fussent d’une vertu exceptionnelle, soit peut-être plutôt à cause de leur petit nombre, ce droit ne devait pas ajouter beaucoup aux revenus de la Commanderie. Nous pouvons tirer cette conclusion d’un document assez intéressant, conservé par exception dans les archives: c’est le compte des recettes faites pendant plusieurs années consécutives par le tribunal de Saint-Jean de Boulbonne; nous y voyons que, sur sept années, six ne fournissent aucune cause, et par suite, aucune amende et que la modique somme de 18 sols toisas constitue la recette de 1284; les appointements des juges se montaient chaque année à 30 sols de la monnaie qui avait cours, somme considérable en égard au peu d’affaires qu’ils avaient à juger.

Caignac

Caignac
Domus Hospitalis Caignac

Dans les premières années du XVe siècle, cette Commanderie avec ses nombreuses dépendances, fut réunie à celle de Caignac. La période des guerres religieuses fut particulièrement désastreuse pour ces contrées où les protestants possédaient plusieurs places, Saverdun, Mazères, Calmont, etc.
La petite ville de Saint-Jean du Thor disparut dans cette période ; sa fin tragique nous est racontée en quelques mots dans le passage suivant du dénombrement de la Commanderie de Caignac en 1657: « Auquel lieu (Saint-Jehan del Thor) entiennement y avait une esglise qui fust ruynée et mise à sac par les préce tendus religionnaires réformés dont la ville de Mazères estoit infestée, l’est encore en partie ; en laquelle esglise, le sieur Commandeur estoit tenu de faire faire le service divin ; et à rayson et deffault de ceste esglise et despuis sa ruyne, le dict service se faict aux paroissiens du dict dixmaire, par le curé de l’esglise de Saint-Sernin de Calmont, auquel le dict sieur Commandeur, suyvant la trasse de ses ancêtres fait de paution la somme de 60 livres, sans obligation pourtant. »
La destruction de la ville dut accompagner celle de son église ; aujourd’hui il ne reste plus de cet ancien établissement de l’ordre de l’Hôpital, qu’un simple hameau.

Liste des Commandeurs de Thor-Boulbonne.
--------1193. Bernard de Gavaldan.
--------1205. Guillaume Raymond.
--------1212. Bernard de Durban.
--------1230. Bernard-Amiel de Pailhès.
1242-1244. Bertrand de Fraxines.
1248-1258. Sicard de Miramont.
--------1272. Bernard d’Aure.
--------1276. Albert de Rousset.
1277-1279. Pierre de Tournel.
1280-1295. Bernard de Miramont.
1305-1308. Pierre de Tournel. (2e fois)
--------1309. Guillaume Chaste.
--------1315. Pierre de Clermont.
--------1316. Bertrand de Pérelhe.
--------1320. Antoine de Chavanon, Prieur de Navarre.
--------1323. Roymond de Valmale.
--------1370. Roger d’Hautpoul.
--------1398. Jean du Plantier.
Sources: Du Bourg, Antoine (1838-1918). Histoire du grand prieuré de Toulouse et des diverses possessions de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans le sud-ouest de la France, avec les pièces justificatives et les catalogues des commandeurs. Editeur: L. Sistac et J. Boubée (Toulouse): 1883

Thor Boulbonne
Au treizième siècle une famille seigneuriale portait le nom du fief de Miremont. Sicard de Miremont, chevalier de Saint Jean-de-Jérusalem fut précepteur des Hospitaliers de Boulbonne, pendant plus de quarante ans, si les nombreuses chartes qui nous ont conservé sa mémoire portant les dates extrêmes de 1248 et de 1290 ne désignent qu’une seule personne (archives départementales de la Haute-Garonne; ordre de Malte Saint Jean del Thor, Boulbonne, Caignac). On admire encore la magnifique statue sépulcrale du chevalier de Miremont dans l’église de La-Grâce-Dieu, petit village voisin qui posséda jusqu’à la Révolution une ancienne abbaye de femmes de l’ordre de Fontevrault. (Les religieuses de La-Grâce-Dieu jouissaient de la seigneurie spirituelle et temporelle de la paroisse; elle nommait leur curé et faisaient rendre leur justice par leur juge. Elles avaient leur prison dans les dépendances du monastère — archives départementales — Intendance 1744)

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