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Commanderies de l’Ordre de Malte
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Commanderie saint-Jean de Celeyran
Arrondissement: Narbonne - Canton: Salles-d’Aude - 11

Celeyran
Domus Hospitalis Celeyran

— Ancienne commanderie de l’Ordre de Malte.
— Saint-Jean de Seayra ; Sant Johan de Serayra, 1537 (Archives de l’Aude, Diocèse de Narbonne)
— Il existait une commanderie de l’Ordre de Malte à Céleyran, elle fut unie à celle de Narbonne.
— Saint-Jean de Célerian, commanderie, 1781 (Diocèse de Narbonne)
Sources: Dictionnaire Topographique du département de l’Aude, rédigé par L’Abbé Sabarthès. Paris Imprimerie Nationale, MDCCCCXII.

Domaine saint-Jean de Celeyran
La fondation de l’église de Celeyran par Charlemagne constituerait l’acte connu le plus ancien d’après la visite pastorale de 1404. Le fait est alors considéré comme établi mais rien ne permet de le confirmer. Il relève selon nous de la légende, fort ancienne il est vrai. Notre scepticisme est renforcé par la confusion qui entoure les vocables et les statuts de la paroisse et de l’église de Celeyran d’après la synthèse de la visite pastorale de 1404 que l’on doit au notaire Rocques (XVIIe siècle).
Il y est fait état d’une paroisse Saint-Marcel-de-Cereyran dans laquelle était édifiée une chapelle dédiée à Saint-Cassian fondée par Charlemagne, plus loin qualifiée d’église. On ignore si la chapelle Saint-Cassian correspond à l’église Saint-Marcel-de-Celeyran qui est le vocable de l’église au moins depuis 1400. Il est à noter que les saints Marcel et Cassian sont vénérés à Narbonne depuis le Ve siècle, comme en témoigne le support d’autel reliquaire trouvé à Celeyran mais provenant de l’église suburbaine dédiée aux saints. La raison de la confusion des vocables de l’église de Celeyran proviendrait de la présence dans l’église de ce support d’autel épigraphié, lors de la visite de l’archevêque en 1404. Quand l’objet a-t-il été transféré de Narbonne à Celeyran ? La mention la plus ancienne de Celeyran concerne ses dîmes dont un quart est donné à l’archevêque par des laïcs en 1120. L’église est alors liée à un territoire qui apparaît comme structuré, qualifié de villa en 1204 (« villa de Celeiranum de Seraino »), et possédé par un seigneur mentionné vers 1270 (Pierre de Celeyran est coseigneur de Sigean).

En 1271, Celeyran est qualifié de castrum et ses limites sont fixées avec les localités voisines. En 1322 la communauté de Celeyran est citée dans un arbitrage ; elle est pourvue d’un consulat mentionné en 1346. Celeyran a donc connu l’évolution classique des villages médiévaux du Bas-Languedoc. Il constitue au milieu du XIVe siècle. une seigneurie laïque et une paroisse, possède sa communauté d’habitants ayant obtenu de son seigneur le consulat et rassemblée au sein d’une agglomération fortifiée.

La situation change en 1353 lorsque le seigneur Raymond de Saint-Just propose en paréage Celeyran à l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, en la personne du Commandeur de Périès (commune de Capestang, Hérault).
La description des lieux est précisée par les clauses de l’acte qui citent un château, une cour, des prisons, une cour de justice armoriée, un moulin à vent et un moulin à huile.
Les XIVe et XVe siècle sont marqués par des conflits d’hommages et de possessions de terres entre les coseigneurs. Le contentieux est soldé par des cérémonies d’hommages et des bornages.
A partir de 1400 les Dolensou Dorlan originaires de Moujan (commune de Narbonne), succèdent aux Saint-Just. On ne trouve plus trace à partir de l’acte de paréage d’une communauté villageoise.
Qu’est devenu l’habitat ?
Le château semble assuré d’une certaine pérennité, car chargé d’une valeur symbolique, tout comme l’église qui conserve son statut paroissial.
Mais les habitants et leurs biens disparaissent des textes. Les villages voisins, et surtout Coursan, plus proche, ont peut-être absorbé la communauté de Celeyran.

Un grand domaine en coseigneurie
La période moderne s’ouvre par le testament de Philippe Dorlan rédigé en son château de Celeyran. Daté de 1519, il nous apprend que l’église de Celeyran placée sous le vocable de Saint Marcel abrite le caveau familial et deux chapelles. L’une dédiée à la Vierge accueille le tombeau de sa mère. Une deuxième qu'il a fondée mais dont on ne connaît pas le vocable. Elle est desservie par un chapelain domicilié dans une belle maison construite près de l’église. Cette chapelle avec son desservant est peut-être destinée au service funéraire. Cependant, la mention d’une chapelle placée dans une église ne correspond pas toujours à la construction d’un corps de bâtiment : il peut s’agir d’un autel adossé au mur d’un édifice existant.

En 1597 la part laïque de la coseigneurie passe aux Saint-Jean de Voisins barons de Moussoulens (canton d’Alzonne, Aude), puis à Cyprien Mengau en 1695.
Les Mengau sont citoyens de Narbonne et correcteurs en la Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier. Ces nobles de robe d’origine bourgeoise possèdent un hôtel particulier à Narbonne et disposent à Celeyran d’une propriété rurale qu’ils ne vont pas tarder à transformer en résidence de villégiature.
Déjà le château de Celeyran, suggéré par les textes depuis 1270 et mentionné en tant qu’édifice en 1353, est habité par les Dorlan au XVIe siècle. L’inventaire après décès de Cyprien Mengau en 1711 nous offre la première description précise des bâtiments.
La visite traduit la distinction classique des domaines entre partie résidentielle et dépendances agricoles.
Les trois commissaires abordent le logis par le rez-de-chaussée pour ensuite gagner les étages, en signalant le passage du vieux bâtiment au bâtiment neuf. Il est possible alors de restituer l’image d’un bâtiment unitaire composé de deux corps, l’un correspondant aux constructions entreprises par Cyprien Mengau depuis son acquisition en 1695, l’autre au bâtiment antérieur, peut-être les vestiges du château médiéval occupé par les Dorlan au XVIe siècle.
La visite respecte la distribution des pièces qui réunit dans le même bâtiment des espaces appartenant aux deux bâtiments, si bien que l’on comprend que le bâtiment neuf correspond à une extension du bâtiment vieux. Le bâtiment vieux est composé d’une salle basse surmontée d’une salle haute disposant d’un cabinet. Les deux niveaux communiquent par un grand degré. Le bâtiment ne possède pas de greniers. Se forme alors le schéma hypothétique d’une demeure seigneuriale reposant sur un niveau à vocation de stockage ou lié à l’activité agricole, surmonté d’une grande salle avec chambre directement placées sous la toiture ou combles perdus.
Le bâtiment neuf s’élevait sur deux niveaux sou combles. Le rez-de-chaussée se composait d’une cuisine, d’un pétrissoir, d’un cabinet sous un escalier et d’un cellier. Le premier niveau possédait un salon, trois chambres et une grande salle. C’est un escalier plus modeste qui desservait les deux niveaux, car sans doute le grand degré du bâtiment vieux continuait à jouer son office. Ce dernier était pourvu d’une pendule.
Des dépendances agricoles complètent la composition sans que l’on sache si les bâtiments sont liés physiquement au logis.
Il s’agit d’une salle voûtée à la base d’une tour, d’un chai, d’une écurie, d’un hangar, d’une écurie de juments, d’une bergerie de 321 têtes, d’une maison de berger, d’une maison du conducteur de juments, d’un cellier du ramon et et d’une chambre devant un puits.
Les dépendances sont complétées par la construction en 1734 par Jacques Amilliac maçon plâtrier de Narbonne, d’une bergerie et d’une maison de berger.
Celeyran offre ainsi l’image d’un domaine agricole cultivé par un chef d’attelage, le ramonet, à la tête d’une exploitation vaste et d’un cheptel ovin important qui pâture dans les garrigues.
La céréaliculture est majoritairement pratiquée dans cette zone plate et bien arrosée, sans que la viticulture ne soit pour autant délaissée. Le détail des biens inventoriés témoigne d’un certain degré d’aisance, par la profusion des outils de culture, des réserves de grain et de vin. Par contre, le mobilier rencontré dans le logis ne s’illustre pas par son raffinement.
Céleyran est en 1711 une métairie rustique mais prospère. Une touche de luxe est apportée en 1770 par la livraison de deux cheminées et trois encoignures en marbre griotte lustré, réalisées par Gillard marbrier de Caunes-Minervois.
L’habitat a disparu, et les registres paroissiaux ne sont plus remplis que par les employés du domaine, originaires des villages voisins. Un curé assisté d’un vicaire dessert la paroisse jusqu’en 1791.
Un grand domaine physiocratique reconstruit sous l’Empire. Une nouvelle ère s’ouvre pour Celeyran avec la vente des biens nationaux. Il faut noter que les biens de l’Hôpital sont vendus comme biens de première origine, tandis que les biens de Jacques Mengau, dont la famille est maintenue noble en 1696, ne sont pas aliénés. Mieux, c’est Jacques Mengau par l’intermédiaire d’un prête-nom, qui en fait l’acquisition, permettant ainsi à Celeyran de retrouver son unité originelle perdue depuis l’accord de paréage de 1353.
A l’occasion de la vente de l’église, on apprend que les deux cloches sont descendues en 1792 avant l’adjudication, et que le mobilier se compose d’un devant d’autel en marbre rouge surmonté d’un gradin. Un cimetière est mentionné.

Les biens de l’Hôpital, que l’on appelle pour la première fois dans les textes « métairie de Saint-Jean de Celeyran », se composent de deux bergeries, d’une écurie, d’un chai, d’une maison pour le ramonet et le berger.
L’apport essentiel des documents de cette période repose sur les deux plans cadastraux dressés en 1807 et 1809. Le premier document iconographique représente des bâtiments radicalement différents des constructions actuelles.
L’église et le réseau des chemins forment des points d’appui à l’interprétation régressive des plans masses. Le chemin reliant Coursan à Salles n’évitait pas Celeyran comme aujourd’hui mais passait entre deux groupes de deux bâtiments qu’il séparait en décrivant une chicane : à l’ouest le château et ses dépendances connus dans leur état de 1734, à l’est les biens de l’Hôpital et l’église avec son cimetière.
Parmi les bâtiments regroupés à l’ouest du chemin et d’après l’inventaire de 1711, il serait possible de situer le logis dans le bâtiment rectangulaire régulier à corps placé à l’ouest de ce qui semble être une cour où débouché une allée montant du sud-ouest (n° 41). Lui faisant face, un bâtiment régulier composé de plusieurs corps répartis autour d’une cour correspondrait aux dépendances agricoles (n° 39).

La bergerie et maison construites en 1734 s’élevaient peut-être à l’entrée ouest du domaine, le long du chemin de Coursan (n° 40). Dans l’angle formé par la chicane, à l’est de ces premiers bâtiments, on note la présence d’une construction de taille plus modeste et de forme irrégulière, que l’on interprète comme la métairie de Saint-Jean décrite dans l’estimation de 1793 précédant sa vente (n°34).

En 1809 tout est bouleversé car les bâtiments actuels sont représentés. Ceux-ci sortent donc de terre entre 1807 et 1809. Le château et ses communs succèdent aux logis et dépendances agricoles, tandis que la métairie de Saint-Jean est entièrement démolie pour laisser place à la grande dépendance agricole appelée depuis « commanderie ».
L’église devient la chapelle privée du château. Pour matérialiser l’union des deux anciennes coseigneuries, le chemin les séparant disparaît.
Si l’édification de la commanderie fait table rase de la métairie, il semble que cela ne soit pas le cas des communs du château. Les communs occupent depuis 1809 deux corps de bâtiment en retour d’équerre, dont l’une des extrémités forme une aile du corps de logis, prise dans le périmètre du jardin.
Le plan de 1807 représente ces deux corps appartenant aux anciennes dépendances agricoles du château. Ils délimitent une cour sur deux côtés, qui disparaît en 1809 par la démolition des autres ailes, de manière à agrandir le jardin devant le nouveau logis.
Le bâtiment interprété comme la bergerie et maison du pasteur construit en 1734 (n° 40 du plan de 1807), pourrait être conservé en 1809 sous le n°1011 ou 1013. Jacques Mengau qui initie la reconstruction de sa propriété décède à Celeyran le 21 août 1811 à l’âge de 89 ans. Il lègue le domaine à son neveu Esprit Tapié, propriétaire domicilié à Narbonne qui prendra le nom de Tapié-Mengaud. Cet homme fort riche possédé plusieurs domaines autour de Narbonne comme le Pech, la Ricardelle et Sainte-Lucie, en plus de ses hôtels de Narbonne et Béziers. Il ne semble pas avoi rapporté de modification majeure aux bâtiments car le plan cadastral de 1829 ne présente pas de différence avec le plan de 1809.
Mais dans la lignée des aristocrates éclairés des Lumières et des physiocrates, il est attentif aux innovations agronomiques. Ainsi une plainte de son garde champêtre particulier nous apprend qu’en 1822 un champ est complanté de mûriers, certainement destinés à l’élevage des vers à soie.
La progression de la viticulture au cours du XIXe siècle, s’illustre à Celeyran par la construction de l’immense chai visité en 1859 pour concourir à la prime d’honneur.
Esprit Tapié-Mengau élève également des juments demi sauvages sur l’île de Sainte-Lucie. Il décède à Celeyran le 8 mai 1866. Amédée Tapié de Celeyran lui succède. Il est l’oncle du peintre Henri de Toulouse-Lautrec, qui réside souvent en villégiature à Celeyran.
A la suite de son prédécesseur il met en œuvre les acquis de la recherche agronomique en pratiquant une polyculture adaptée à la qualité des sols :36 hectares de terres pauvres sont plantées d’oliviers et de mûriers, 156 hectares de terres riches produisent des céréales, des « racines » et des plantes pour le fourrage, complétés par un vignoble de 170 hectares en pleine expansion grâce à une technique de bouturage de sarments racinés connue depuis 1830 (la plantation en pourrette).
Pour travailler ce domaine, 35 chevaux et mulets sont nécessaires, auxquels s’ajoutent 16 bœufs, 1200 moutons mérinos et 70 chevaux de Camargue.
La polyculture pratiquée est moderne : les chevaux participent traditionnellement à la céréaliculture et à l’attelage, tandis que la force plus importante des bœufs est requise pour défoncer les garrigues plantées en vignes.
Le mouton mérinos qui n’est connu sous l’ancien régime que dans la région d’Arles est introduit à Celeyran, tout comme l’élevage des chevaux de Camargue. Or, le cheval de Camargue actuel est issu d’une sélection génétique que tente le marquis de Baroncelli, contemporain d’Amédée Tapié-Mengau.
Dans les années 1870, la recherche est en cours, si bien que les chevaux de Celeyran participent peut-être à l’expérimentation, pourquoi pas sur l’île de Sainte-Lucie, comme les mérinos eux aussi venus de la région d’Arles. Il conviendrait d’approfondir ce lien entre Celeyran et Arles. C’est cet oncle que Lautrec campe sur la terrasse d’une tour Région Languedoc-Roussillon, Direction de la Culture et du Patrimoine.
Diagnostic patrimonial, Domaine de Celeyran (Salles-d’Aude). 2010.

Sources : Ce document présente les conclusions d’un diagnostic patrimonial du domaine de Celeyran. Il analyse la valeur patrimoniale des bâtiments en fonction de leur ancienneté, authenticité et rareté.
Bien que reconstruit au début du XIXe siècle, le domaine illustre un mélange de tradition et de modernité agricole. Celeyran



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