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Sainte-Épine-lez-Tournon
Département: Ardèche, Arrondissement et canton: Tournon-sur-Rhône, commune: Saint-Jean-de-Muzols — 07

Commanderie de Sainte-Epine-lez-Tournon
Commanderie de Sainte-Epine-lez-Tournont

A l’origine, cette maison de l’Hôpital, s’appelait le Pont-de-Doux, Pons Dulcis ou de Doys (1). Au milieu du XVIe siècle ce nom tomba en désuétude et fut remplacé par celui de Sainte-Epine, vocable de la chapelle de la commanderie (2).
Le 11 septembre 1298, une sentence arbitrale rendue par Joucerand d’Ay, chevalier, et Arnaud de Fay, damoiseau, entre Pons de Fay, commandeur du Pont-de-Doux, et Aymon Payan, seigneur de Mahun et de Seray, affranchit les hommes du mas de l’Hôpital domiciliés dans le mandement de Seray, de toutes corvées et manoeuvres au profit du seigneur de Seray, en maintenant toutefois l’obligation par les hommes du mandement de contribuer à la clôture du château de Seray. Le commandeur eut le droit de percevoir sur ses hommes les amendes légères (minuta banna) jusqu’à 10 sous tournois ; en d’autres termes, il exerçait la basse justice (3).
Le 11 octobre de la même année, un accord entre le même commandeur et Guy seigneur de Tournon et d’Iserand régla l’exercice de la justice sur le mas de Royol. La haute justice fut attribuée au seigneur de Tournon, mais la juridiction sur les frères et donats de l’Hôpital fut réservée, même en matière criminelle, au commandeur du Pont-de-Doux (4).

Pont-de-Doux

Domus Hospitalis Pont-de-Doux
Domus Hospitalis Pont-de-Doux

Le 26 août 1305, Guy, seigneur de Tournon, céda par voie d’échange à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem le patronage de l’Hôtel-Dieu (hospitalis pauperum) de Tournon, sous la condition que cet hôpital ne serait jamais fortifié, qu’il resterait toujours subordonné à la commanderie du Pont-de-Doux et que les pauvres allants et venants continueraient d’y être reçus et traités comme par le passé (5). En 1321, cet hôpital avait pour recteur frère Jean de Darnapsal (de Darna pessaa) (6).

Empurany

Domus Hospitalis Empurany
Domus Hospitalis Empurany

En 1306, le même seigneur se reconnut vassal de l’ordre de Saint-Jean et rendit hommage au grand-prieur Pons de Fay de ses châteaux de Saint-Barthélemy-le-Plain, d’Empurany. Et de Saint-Victor, et du village de Deyras près Etables (Charte 64).

Deyras

Domus Hospitalis Deyras
Domus Hospitalis Deyras

Le 3 mars 1328, Guillaume, seigneur de Tournon, qui s’était endetté envers les Italiens et les Lombards, vendit à Raynaud de Fay, commandeur du Pont-de-Doux, au prix de 6 livres de gros tournois d’argent, vieux, monnaie du roi de France, à l’Orond, une rente de 8 setiers de froment et de 25 sous 3 deniers qui était assise sur des fonds voisins de la ville de Tournon.

Monteil

Domus Hospitalis Monteil
Domus Hospitalis Monteil

En même temps il accorda aux commandeurs du Pont-de-Doux et du Monteil (commune d’Empurany) la faculté pour eux et pour leurs gens (familia) de passer même avec des troupeaux de bétail étranger par le port de Tournon, sans avoir à acquitter aucun patronage ou autre redevance au garde du port (7).
Les seigneurs d’Etables, qui formaient une branche de la maison de Fay, avaient leur tombeau de famille dans la chapelle du Pont-de-Doux, au-devant l’autel de Notre-Dame.
Arnaud et Eustache de Fay frères, chevaliers, avaient légué des rentes, l’un de 100 sous tournois, l’autre de 30 sous tournois, pour la célébration de leur anniversaire en cette chapelle où ils furent depuis enterrés.

Devesset

Domus Hospitalis Devesset
Domus Hospitalis Devesset

Le 29 décembre 1329, Pons de Fay, chevalier, fils et héritier universel d’Arnaud ; et Raynaud de Fay, damoiseau, fils et héritier universel d’Eustache, convinrent, en présence de Raynaud de Fay, commandeur de Devesset, d’Annonay et du Pont-de-Doux, qu’avec ces sommes il serait institué une prébende affectée à un prêtre séculier qui célébrerait la messe chaque jour pour le repos de l’âme des défunts ; le droit de présentation devrait être exercé la première fois par Pons de Fay, la deuxième fois par Raynaud de Fay (8).
Le 1er novembre 1342, il fut procédé avec l’assentiment du commandeur Raynaud de Fay, par les susdits Pons et Raynaud de Fay, à l’assiette des rentes léguées par leurs auteurs pour cette fondation (9).
Dans son testament du 27 juillet 1387, Arnaud de Fay, dit le Borgne (Borlhe), chevalier, après avoir institué pour son héritier universel son petit-fils Arnaud, fils de feu Artaud de Fay, dit Boilhat, son fils, et appelé, à son défaut, plusieurs degrés d’héritiers substitués, légua à la commanderie du Pont-de-Doux, au cas où ces substitutions deviendraient caduques, son château d’Etables, ses biens situés à Navas, à Saint-Jeure d’Ay et dans le mandement d’Iserand, son moulin sur la rivière d’Ay, le bois et le grangeage de Raynaudenc (10).

Iserand

Domus Hospitalis Iserand
Domus Hospitalis Iserand

Le 2 janvier 1576, le grand-prieur Louis de Lastic afferma pour neuf ans, au prix annuel de 300 livres, à Antoine Ricol du Pont, son secrétaire, commandeur de la Borie, le membre de Sainte-Epine qui avait fait retour à la commanderie de Devesset, chambre prieurale, par le décès d’Hugues de Nagu, dit Varennes, grand-maréchal de l’ordre (11).
En 1606, le prix s’éleva à 550 livres dans le bail consenti par Just de Fay de Gerlande, commandeur de Villefranche-sur-Cher, habitant à Vanosc en Velay (12).

Villefranche-sur-Cher

Domus Hospitalis Villefranche-sur-Cher
Domus Hospitalis Villefranche-sur-Cher

D’après la visite de 1616, la commanderie consistait en un château situé sur le penchant d’une montagne, à deux mousquetades de Tournon ; dans l’enceinte qui formait un grand carré s’élevait la chapelle, placée sous le vocable de la Sainte-Epine.
Le domaine comprenait 2 journaux de prés, 6 cartes de champs, 20 oeuvres de vignes, des îles et une saussaie, le tout noble, franc et exempt de dîme et de taille.
Une rente de 45 setiers de seigle ou d’avoine était due par les villages de la Louvesc et de Saint-Pierre des Macchabées.
La commanderie possédait d’autres rentes sur la ville de Tournon et les villages d’Empurany, d’Etables, de Saint-Victor, Vion, etc.; mais faute du renouvellement des terriers, elle ne percevait plus que 12 setiers de froment, 44 de seigle ou d’avoine, 6 muids de vin. La juridiction appartenait en toute justice au commandeur (13).
En 1661, le membre de Sainte-Epine fut affermé par le grand-bailli Charles de Fay de Gerlande pour quatre années au prix annuel de 800 livres (14).
Postérieurement, il fut compris dans les baux collectifs de Saint-Georges d’Annonay et de l’Hôpital du Bourg-Argental.

Bourg-Argental

Domus Hospitalis Bourg-Argental
Domus Hospitalis Bourg-Argental

En 1726, le château et la chapelle étaient en ruines ; les paysans du voisinage venaient y piller les pierres de taille pour leurs constructions (15).

Liste des Commandeurs
1298. — Pons de Fay (16), depuis grand-prieur d’Auvergne.
1316. Avril 24. 1342. Novembre 1. — Raynaud de Fay (17), depuis grand-prieur d’Auvergne.
1347. Octobre 11, 1351. Août 2. — Robert Ogier (18).
1360 (Avant). — Artaud de Fay (19).
1367. Janvier 24. — Guillaume Bérard (20).
1376. Février 23. — Pierre Chalendar (21).
1383, novembre 4. — Benoit Truchon (22).
1395. Février 25, 1434. Mai 31. — Pierre Roche (23), de Tence.
1438. Juin 29. — Jean Roche (24).
1448. Novembre 18. — Pons Pochon (25).
1450. Mars 19 — Jacques de Milly (26), grand-prieur d’Auvergne, praeceptor Devesseti et Pontis Dulcis.
1450. Mars 19 — Pons de Saint-Jeure d’Ay (de S. Jeurio) (27), rector Pontis Dulcis.
1487. Février 5. — Antoine Franc (Franchi) (27), religieux carme de Tournon, arrendator Pontis Dulcis.
1499. Mai 9. — Geoffroy de Bénac, de Tournon, et Jean Forés (28), d’Annonay, arrendatores Pontis Dulcis.
154. Mai. — Jean Philibert (29).
1547. Juillet 8, 1573. Octobre 24. — Hugues de Nagu, dit Varennes (30), grand-maréchal de l’ordre.
1576. Janvier 2. — Antoine Ricol du Pont (31).
1579. Mai 5. — Marc de la Goutte (32), grand-bailli de Devesset.
1643. Août 29. — Barthélémy d’Albon (33), commandeur de Mâcon.
Après cette date, le titre de commandeur de Sainte-Epine n’est plus porté que par le grand-bailli de Devesset.
Augustin Chassaing, Cartulaire des Hospitaliers Ordre de Saint-Jean de Jérusalem du Velay. Picard Editeur Paris 1888

Notes — Sainte-Epine-lez-Tournon
1. La rivière du Doux se jette dans le Rhône au-dessus de Tournon.
2. Sainte-Epine, II, n° 13, 13 bis, 14 et 15.
3. Sainte-Epine, V, n° 1.
4. Sainte-Epine, V, n° 2.
5. Sainte-Epine, III, n° 1.
6. Sainte-Epine, IV, n° 1.
7. Sainte-Epine, II, n° 3.
8. Sainte-Epine, IV, n° 2.
9. Sainte-Epine, IV, n° 3.
10. Sainte-Epine, NI, n° 4.
11. Sainte-Epine, III, n° 5.
12. Sainte-Epine, III, n° 5.
13. H 2153, folio 1014 et suivants.
14. Sainte-Epine, III, n° 5.
15. Devesset, titres de la commanderie, visite prieurale.
16. Sainte-Epine, V, n° 1 et 2.
17. Sainte-Epine, II, n° 2 et IV, n° 3.
18. Sainte-Epine, I, n° 2 et 3.
19. Sainte-Epine, I, n° 7.
20. Sainte-Epine, I, n° 3 bis.
21. Sainte-Epine, I, n° 6.
22. Sainte-Epine, I, n° 8.
23. Sainte-Epine, II, n° 7 et 9.
24. Sainte-Epine, I, n° 15.
25. Sainte-Epine, III, n° 4 bis.
26. Sainte-Epine, II, n° 24. — Pons Pochon et Pons de Saint-Jeure d’Ay ne sont probablement que le même commandeur désigné, tantôt par son nom patronyme, tantôt par le nom du lieu de son origine.
27. Sainte-Epine, II, n° 11.
28. Même côte.
29. Sainte-Epine, II, n° 15.
30. Sainte-Epine, II, n° 13 bis et 16 ; III, n° 3.
31. Sainte-Epine, III, n° 5.
32. Sainte-Epine, II, n° 17.
33. Sainte-Epine, II, n° 20.

Augustin Chassaing, Cartulaire des Hospitaliers Ordre de Saint-Jean de Jérusalem du Velay. Picard Editeur Paris 1888

Les Chemins et Routes au moyen âge
Retenons aussi une variante d’itinéraire sur la descente du coteau rhodanien vers le Doux. Il est possible que celle-ci se soit aussi effectuée en direction de Saint-Jean-de-Muzols depuis le quartier des Grands Bois. Ce chemin, bien que non mentionné dans la documentation ancienne, présente tous les caractères d’un axe ancien remanié au XVIIIe siècle pour le rendre carrossable. Nous sommes en présence sur le cadastre napoléonien d’un chemin dévalant assez directement la pente, coupée par une route en lacets postérieure s’apparentant à un tracé de roulage. En outre, ce chemin abouti à la Domus Hospitale Pontem Dulcis (Pont-Doux) qui n’est autre qu’un membre de la commanderie des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem de Devesset généralement appelé de la Sainte-Epine. De là, le chemin permet de gagner très directement Tournon en ne passant pas par le pont qui constitue un détour de 7 à 8 kilomètres, distance non négligeable lorsque l’on chemine à pieds. Ce « raccourci » n’est toutefois praticable que lorsque le niveau des eaux du Doux est bas, situation qui se présente durant le tiers ou la moitié de l’année, en été et en hiver. Pourquoi le pont n’a-t-il pas été construit au niveau de ce passage à gué ce qui aurait eu pour effet de ne pas allonger artificiellement la distance ? Le lieu de construction du pont, en retrait de la vallée du Rhône s’explique, sans doute par des raisons techniques, comme la recherche d’appuis rocheux solides. En effet, il n’y en a pas dans la plaine alluviale qui s’étend en aval du lieu choisi pour la construction.
Sources: Réseau routier et organisation de l’espace en Vivarais et sur ses marges (1250-1450). Par Brechon, Franck — 2000 — Université Lumière Lyon 2

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