Département: Vienne, Arrondissement et Canton: Châtellerault - 86

Ozon ou Auzon, commanderie
La commanderie dAuzon aux XVIIe et XVIIIe siècle.
Le nom le plus connu dans les textes anciens est Auzon, sur la carte de Casini pour le village : Ozon ainsi que sur celle de lIGN.
La commanderie dAuzon était possession du Temple et cest à ce seul titre, semble-t-il, que quelques rares chercheurs se sont penchés sur elle (1) à peu près en vain, les archives ayant été détruites au cours des guerres de Religion (2), et pourtant, comme toutes les commanderies du Temple, elle a été dévolue après la catastrophe aux hospitaliers de Saint-Jean, auxquels elle a appartenu pendant un demi-millénaire, contre deux siècles à peine au Temple, et cest au cours de cette période, par ailleurs beaucoup plus riche en sources, que les hospitaliers ont joué le rôle immense qui a été le leur lorsque, abandonnant leur vocation initiale dhospitalisation, ils ont su reprendre le flambeau tombé des mains des templiers et sont devenus les défenseurs de lOccident chrétien jusquau XVIIIe siècle, en sappuyant précisément sur les nombreuses terres qui leur avaient été confiées.
1. A, de La BOURALIERE, Deux souvenirs des templiers, dans Bulletin de la Société des Antiquaires lOuest, 2e série, tome IX, 1901-1903, page 47.
— H. de La ROCHEBROCHARD, Commanderies du Temple dAquitaine, dans Revue poitevine et saintongeaise, tome VI, 1859, page 420-422.
2. A. BARBIER, René Descartes, sa famille, son lieu de naissance. Documents et commentaires nouveaux, Bulletin de la Société des Antiquaires Ouest, 2e série, Tome VIII, 1898-1900, page 619 (cet article mentionne des extraits du registre 543 des archives départementales de la Vienne, qui constitue un terrier de la commanderie).
Lordre de Saint Jean était divisé en langues (pour la France actuelle ; Provence dans le Midi, France pour le restant, divisé en trois grands prieurés, France proprement dite, Champagne, Aquitaine).
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le grand prieuré dAquitaine était divisé en environ 65 commanderies et dirigé par un grand prieur et une chambre priorale sise à lhôtel Saint-Georges à Poitiers, relevant elle-même dun représentant habitant Malte auprès du grand maître et en correspondance avec lui.
Une commanderie est affectée à un chevalier qui a fait ses preuves en mer, au cours de croisières nommées caravanes. Cest pour lui une ressource qui lui est consacrée à partir dun certain grade, car il est parfois obligé de contribuer aux frais des expéditions et darmer, par exemple, une galère. Cest aussi pour lui une retraite sil est blessé, malade ou âgé. Mais attention, il ne sagit pas bien sûr dune propriété, ni dun fief courant, tout au plus dun bénéfice, Il est gestionnaire révocable et doit des comptes. Les revenus lui sont réservés, mais il doit verser à lordre, à Malte, une part variable de ses revenus (1/5 à 1/3) appelée « responsion » et, bien entendu, les impôts dus au roi.
Des visites sont faites sur linitiative de Poitiers et dautres sur la demande même du commandeur pour constater les « améliorissements » faits par lui pour, selon lexpression en usage, « sen aider et prévaloir en ses futures promotions »
Ces enquêtes, très poussées, sont minutieusement réglementées et une commission est délivrée à cet effet par rassemblée provinciale, siégeant à lHôtel Saint-Georges, à quelques frères qui doivent vérifier de nombreux points : améliorations, détériorations, célébration du service divin, bénéfices collationnés, profession, vie, port de lhabit pour les commandeurs, ventes, engagements, baux non réguliers, reconnaissance des droits seigneuriaux et revenus avec confection dun cartulaire ou papier terrier, procès en cours, inventaire des meubles détat. Des personnes dignes de foi et voisines des lieux sont interrogées à ce sujet.
Trois de ces visites ont été retenues ici pour la commanderie dAuzon, à laquelle il faut ajouter celle de Prailles, qui lui est jumelée. Une visite de 1671 est tirée des archives de La Valette (Malte), son compte rendu provient dun registre où se trouvent consignées dautres visites concernant le grand prieuré dAquitaine (3). Elle ne semble pas provoquée par son commandeur, dAllogny de Boismorand, dautant que létat des immeubles nest pas toujours satisfaisant et le visiteur lui enjoint de faire les réparations avec délai imparti.
3. Bibliothèque de La Valette, registre n° 5571, folio 1064.
Au contraire, les deux autres visites, dont les procès-verbaux sont aux archives départementales de la Vienne, sont destinées à constater les « améliorissements » effectués par le bailli de Salo de Semaigne en 1714 et par le commandeur Anne-Charles de Tudert en 1739. À ces époques, la visite constate le bon état des bâtiments (4).
Il nest pas question ici de les analyser séparément, car les principaux éléments se recoupent ; il sera donc procédé à un amalgame, sauf à extraire les fortes dissemblances et à sérier les chapitres.
4. Archives départementales Vienne, 3 H 1, n° 794.
Les bâtiments
Aucun plan complet nexiste de ce qui fut la commanderie dAuzon et seuls subsistent dans leur intégralité, de nos jours, la belle chapelle du XIIe siècle et le pigeonnier, mais le cadastre de 1834 et une description datant de la fin du XIXe siècle (5), nous en donnent une idée qui sera complétée tant pour lextérieur que pour lintérieur par les procès-verbaux de ces visites.
5. H. de La ROCHEBROCHARD, Commanderies du Temple dAquitaine, dans Revue poitevine et saintongeaise, tome VI, 1859, page 420-422.
Sur la chapelle était construite au nord une petite cour dite « du donjon » à lintérieur de ce qui était de toute évidence la maison forte des templiers avec des contreforts extérieurs dont ceux qui subsistaient, il y a un siècle, encadraient des fenêtres cintrées et ébrasées de caractère roman. Dans langle nord-est de la cour, une fuye, et au centre, un puits couvert de tuiles plates soutenues par quatre poteaux de bois. Au sud de la chapelle était aménagée une grande cour qualifiée de basse-cour car il sagissait des communs : demeure du métayer et bâtiments dexploitation (grange des dîmes, fenils, écurie pour six chevaux, greniers, étables).
Le visiteur entrait par un grand portail dans la basse-cour puis, par une galerie, atteignait la chapelle. Après avoir prié Dieu et le bon patron saint Jean Baptiste, il interrogeait le chapelain qui présentait les ornements et instruments du culte : chasuble de soie, parements dautel, en général aux armes du commandeur. Les calices et burettes sont en étain. Il y a deux cloches bien sonnantes.
En 1739, cétaient les capucins de Châtellerault qui la desservaient et la voûte du chœur était peinte à lantique, tandis quun tableau représentait un crucifix, la Vierge, saint Jean Baptiste et saint Jean lEvangéliste. Elle était bien pavée de carreaux, briques et pierres.
Par une porte à deux battants, on pénétrait alors dans une galerie qui faisait le tour de la cour du « donjon », « en forme de cloître », bien carrelée et soutenue par des piliers de pierre de taille « en forme de portique » avec des barreaux de bois, Il semble quil y eût une galerie basse et une à létage.
En 1739, un sainfoin tapissait la cour. Du milieu de la galerie, on accédait à une grande salle basse à cheminée, éclairée par deux croisées du côté de la cour et deux petites fenêtres du côté jardin. Au bout de la galerie, une grande et belle cuisine bien carrelée avec une roue à tourner la broche, une buanderie, un petit four, le tout meubles détat.
À létage supérieur se trouvent les pièces principales. La salle dassemblée semble se trouver au-dessus de la grande salle basse, avec éclairage sur cour et jardin, et une grande cheminée à lantique, en pierre de taille, avec au-dessus les armes de la Religion : la grande croisée de la galerie est à petits carreaux de plomb. A côté, une grande chambre avec une cheminée semblable et une tapisserie de Belgaum, en outre un coffre à farine de 8 pieds et un autre dans la dépense qui sont meubles détat. On accède enfin à la chambre du commandeur, pourvue de deux croisées, dont lune sur une façade à pignon, donnant sur lAuzon.
En montant un petit degré, on arrive dans une petite galerie donnant accès à trois chambres, dont deux à cheminées, constituant lappartement des étrangers. Les archives sont au coin de la grande salle, dans un endroit voûté, en figure de chapelle, appelé le trésor. Il y a une armoire dans la muraille, où sont les titres de la commanderie, et deux armoires de bois, un cabinet avec huit gros livres et six petits, une écritoire, six cartes de divers pays.
La fuye est inspectée ; en 1739, elle a de bons murs, une charpente à neuf et paraît bien garnie de pigeons. Non loin, une écurie pour douze chevaux, un local pour les harnais et le palefrenier, un coffre à avoine ; près de la fuye, des « petites étables à volailles », un cellier avec trente à quarante pièces de vin (1714).
Entre les bâtiments et la Vienne sétendent des jardins en terrasse avec des murailles qui atteignent, du côté de la rivière, onze à douze pieds de haut. En 1671, on note au coin un petit cabinet carré peinturé par le dedans. Il y a un verger bien cultivé, des arbres fruitiers, une allée de pommiers, enfin un grand parc bien cultivé de froment.
Les revenus
Les visiteurs enquêtent, bien entendu, sur les ressources de la commanderie et de ses membres, cest-à-dire de ses dépendances.
En 1671, cest le commandeur de Boismorand avec le fermier général A. Lasseron qui les reçoivent.
En 1739, cest le fermier général, le sieur de Boisgaultier.
Un papier terrier a été dressé en 1692 par le commandeur de Montsoreau et présenté au chapitre général à lhôtel Saint-Georges. Le trésor contient aussi un autre terrier de 1717, dressé par le commandeur de Salo de Semagne. Ce sont plusieurs registres (aux archives départementales) qui répertorient les rentes, dîmes, censives dues à la commanderie.
Elles peuvent être résumées ainsi en ce qui concerne la terre dAuzon proprement dite :
La grande dîme dAuzon comprenant les dîmes dans les paroisses de Pouthumé, Availles, Saint-Jacques et Saint-Jean-Baptiste à Châtellerault, Leigné-les-Bois, Dangé et Naintré.
Des rentes sur : Pouthumé, Availles, Targé, Senillé, Saint-Sauveur, Saint-Hilaire-de-Mont, les faubourgs Sainte-Catherine et Châteauneuf de Châtellerault, Antoigné, Thuré, Saint-Genest dAmbière, Sossay, Cenon, Saint-Cyr, Leigné-sur-Usseau, Leigné-les-Bois et Asnières.
Au total 400 boisseaux de froment, mesure de Châtellerault, en plus des censives et des dîmes et quartiers de vin se montant à trois pipes (environ 1200 litres).
Les membres vont maintenant être visités par les enquêteurs, qui se déplacent à pied, à cheval ou en carrosse suivant les circonstances et couchent dans des châteaux ou des auberges.
La Grange-au-Moulin
Département: Vienne, Arrondissement et Canton: Châtellerault - 86

Domus Hospitalis La Grange-au-Moulin
A une « portée de mousquet » de notre commanderie se trouve la métairie de la Grange-au-Moulin, qui possède 400 boisselées de terre labourable.
En 1671, le métayer est fermier du moulin à deux roues pour 16 setiers de froment (un setier = 156 litres).
En 1714, le meunier paiera 250 livres, et en 1739 430 avec 100 boisselées de terre.
Au milieu du village, la borderie dAuzon est louée 18 livres en 1714 et 10 livres en 1739 pour la seule maison. On note ici une avenue de noyers devant le grand portail et une glacière bâtie par le commandeur de la Groie.
Il sagit maintenant de franchir la Vienne pour visiter deux très anciens membres de la période templière : la métairie du temple, à une lieue environ dans la paroisse de Cenon, et celle de Velaudon, dans la paroisse de Saint-Cyr.
Les enquêteurs passent la Vienne au bac de Cenon et interrogent au passage le batelier qui tient son entreprise à ferme par moitié du marquis de La Roche du Maine, seigneur de Chitré, et du commandeur dAuzon.
En 1714, il paie au total 80 livres avec dix boisselées de terre, et en 1739, 120 livres (pour un grand et un petit bateau).
Cenon
Département: Vienne, Arrondissement et Canton: Châtellerault, Commune: Cenon-sur-Vienne - 86

Domus Hospitalis Cenon, Le Temple
La métairie du Temple présente un corps de logis avec chambres à cheminées, granges et étables, entouré de 250 à 300 boisselées de terre et une quinzaine de boisselées de prés. Le métayer paie une dîme de 1/11 en dehors de la moitié des fruits.
Velaudon
Département: Vienne, Arrondissement: Châtellerault, Commune: Beaumont Saint-Cyr - 86

Domus Hospitalis
La métairie de Velaudon est mentionnée comme dépendance du Temple dAuzon en 1299 ; elle présente des bâtiments analogues. On note, de plus, ce qui semble avoir été une chapelle, mais abandonnée comme telle de temps immémorial et sans aucun service divin. Les terres faites à moitié consistent en 200 à 240 boisselées.
La Guiminière
Département: Vienne, Arrondissement: Poitiers, Canton: Mirebeau - 86
Nest plus sur les cartes de Cassini ou de lIGN.
Du Châtelleraudais, nous passons maintenant au Mirebelais avec la métairie de la Guiminière dans la paroisse de Thurageau, qui possède 30 stérées de terre labourable et perçoit une petite dîme dagneaux sur Curzay et plusieurs rentes : 85 boisseaux de froment, mesure de Mirebeau, 48 pintes de vin, etc.
Les visiteurs se dirigent maintenant vers le Thouarsais. Ils ont couché au château du Fou en 1739, à Saint-Jean de Sauves en 1714.
Prailles
Département: Deux-Sèvres, Arrondissement: Bressuire, Canton: Thouars - 79

Domus Hospitalis Prailles
La principale dépendance dAuzon a, en réalité, le titre de commanderie. Il sagit de Prailles, au nord de Thouars, Contrairement à Auzon, dimportants bâtiments subsistent toujours.
Lentrée se fait par un grand portail dans une grande cour entourée de hauts murs et dun fossé plein deau.
A gauche, la chapelle du vocable de Saint Jean-Baptiste de 40 X 16 pieds. Au-dessus de la porte, un vitrail que le visiteur de 1671 enjoint au commandeur de réparer dans les neuf mois, tandis que le chapelain présente les ornements habituels.
Le grand corps de logis qui fait suite et que « lon dit être destiné au fermier » possède plusieurs grandes chambres à cheminées de 33 à 40 pieds de long sur 18 de large, avec antichambres.
Un bel escalier à vis en pierre dans un donjon dessert ces pièces.
Au fond de la cour à gauche, un logis élégant qui passe de nos jours pour avoir été la demeure du commandeur ; au milieu de la cour, un puits ; autour de la cour, des bâtiments dexploitation et des servitudes comprenant notamment une écurie pour huit chevaux et, sans doute, la demeure du métayer. On note enfin un beau jardin grand et spacieux.
Une visite de 1669 mentionne au milieu de la cour une « grandissime fuye ruinée et abandonnée de tous temps »
Mais en 1714, il est question dune grosse fuye couverte dardoises avec bords en tuiles et quelques pigeons, ce qui concrétise bien les « améliorîssements »
La métairie contient une quarantaine de stérées de terre et une quinzaine de prés.
En plus, deux moulins sur le Thouet : le moulin de Prailles, à Saint-Martin-de-Sanzay, à deux roues mouturières avec rouets et meules, plus 45 boisselées de près, et le moulin de Taizon, avec deux roues, lune sur la paroisse de Bagneux, lautre sur celle dArgenton-Eglise, louées respectivement 47 et 50 douzaines de blé avec le droit de pêche depuis le Vaurenard jusquà Leguilomb.
La commanderie possède une rente de 50 à 40 setiers de blé et une grande dîme dite « de Praille » à un tiers avec les prieurs de la Madeleine et de Chambon, et la dîme et le quart sur 200 journaux de vigne, enfin une « dîme du moustié » affermée 80 livres en 1668.
Cest en carrosse que le chevalier de Cissay quitte, en 1714, la commanderie de Prailles pour se rendre en Anjou dans la paroisse de la Plaine, dans un autre membre dAuzon : le Verger, dépendant de lévêché de La Rochelle.
Le Verger
Département: Maine-et-Loire, Arrondissement: Cholet, Canton: Somloire - 49

Domus Hospitalis Le Verger
Il y a les bâtiments dhabitation et dexploitation habituels, plusieurs chambres à cheminées, étables, granges ...
Ici encore on touche du doigt les réparations considérables effectuées par le bailli de Semagne de 1712 à 1718 par rapport à létat déplorable de 1671. Une petite chapelle de 31/ 2 X 2 toises, qui possède ses ornements en 1671, ne semble que fort peu desservie.
La métairie exploite 200 boisselées de terre et 20 journaux de près. De plus, il y a 20 setiers de seigle de rente et des dîmes. Deux jardins denviron 18 boisselées étaient consacrés au lin en 1671.
Des vassaux dArgenton-Château étaient redevables dune rente en espèce à la fête de saint Brice, rendable à la « maison accoutumée »
Le commandeur y était reçu en 1640 de la façon suivante : une table avec une nappe blanche, des vaisseaux pour le vin, des landiers garnis dun fagot et de deux bûches, une paillasse pour ses chiens et une perche pour ses oiseaux (6).
6. Archives nationales, S 5257, liasse 18.
lHôpiteau
Département: Deux-Sèvres, Arrondissement: Parthenay, Canton: Boussais - 79

Domus Hospitalis lHôpiteau
Le dernier membre, au sud de Thouars, dans la paroisse de Boussais en Poitou, porte le nom caractéristique de lHopiteau du Puy-de-Néron. Il sy trouve un vieux château ruiné et abandonné de temps immémorial et une chapelle Saint-Jean-Baptiste, de 17 X 3 1/2 toises, avec deux cloches, à laspect désolé en 1671, mais en bon état en 1714.
En 1739, le haut est refait à neuf et la couverture repassée. Elle coûte au commandeur 100 livres pour le service.
La Bruyère
Département: Deux-Sèvres, Arrondissement: Parthenay, Canton: Boussais - 79

Domus Hospitalis La Bruyère
Il existe une métairie nommée La Bruère avec chambre à cheminée, boulangerie, four, grange, étable, le tout en bon état en 1739.
Il y a aussi deux moulins, lun à eau, lautre à vent, affermés 120 livres.
Tous les sujets de lHôpiteau, qui est châtellenie, doivent y moudre.
Autres revenus : létang dEnjourau et diverses dîmes sur des villages pour 40 livres.
Labbaye de Saint-Jouin doit par an 13 « douzaines » de froment.
Le seigneur de Maisontiers 5 « douzaines » de seigle.
Celui de Fonteniou-Rolland, dans la paroisse dAmailloux 3 « douzaines » de seigle et 5 sols de cens.
Le seigneur de Chausseray doit 6 « douzaines » de seigle.
Et celui de Beaurepaire, de la paroisse de Chiché, 4 setiers de seigle.
Enfin le village de lHôpiteau verse 7 setiers davoine.
La justice
Le commandeur possédait les droits de haute, moyenne et basse justice.
En 1344, nous voyons un procès entre le vicomte de Thouars et le frère Philippe Chenecte, commandeur de Prailles, au sujet de lappartenance des fourches patibulaires du village dEnjourau, qui sont comparées à celles qui se dressaient au Puy-Néron (7) ; mais aux temps modernes la haute justice est obligatoirement exercée en appel par les parlements.
7. Archives nationales, S 5257, liasse 18.
Les commandeurs disposaient dofficiers tels que : sénéchal, procureur fiscal et greffier qui, au XVIIIe siècle, habitent Châtellerault (en ce qui concerne Auzon).
En 1714, on mentionne à lHôpiteau lexistence de ces trois personnages et des témoins affirment avoir vu des assises ; les plaids sy tiennent tous les quinze jours.
Au Temple de Cenon, des témoins assurent que les officiers dAuzon y pratiquent la justice, tandis quà Auzon même les plaids se tiennent quand on en a besoin.
A Prailles, en 1739, le fermier assure que les assises sy tiennent six fois par an.
Le Verger dépend des officiers de Prailles.
Il est permis de sétonner que les visiteurs ne demandent pas la production des pièces de justice.
Les enquêteurs sintéressent en revanche, comme le règlement le veut, aux procès en cours, par exemple, en 1714, à celui intenté à propos dune rente de 15 livres à Prailles et dune de blé à lHôpiteau, et en 1739 à propos de 88 boisseaux de seigle à lHôpiteau.
Nous avons vu aussi que les instructions exigent que les visiteurs interrogent, hors de toute présence, des voisins à titre de témoins : il sagit en général de deux quadragénaires. Ils confirment, nous lavons dit, la présence des officiers de justice. Par contre, ils ne connaissent jamais le commandeur.
Les témoins de Prailles ont ouï dire, en 1739, quil était à Malte, ils confirment lexistence de travaux de réparation et le service religieux et nont jamais constaté daliénation.
Aucune question ne porte sur la vie du commandeur.
En général, les témoins ne savent pas signer.
Une seule aliénation est constatée en 1739 : les meubles détat ont été vendus par lagent de lordre, par ordre du receveur.
Lhospitalité
Cest un problème de savoir si les hospitaliers de Saint-Jean recevaient dans leurs commanderies les passants et les pèlerins. Leur hospitalité originelle était laccueil des pèlerins se rendant à Jérusalem. Il est à peu près certain quaux XVIIe et XVIIIe siècles rien nétait prévu puisque lenquête nen parle pas.
Finances
Aucun commandeur nexploite ses terres directement. Il les afferme presque toujours à des fermiers généraux, qui gèrent les métairies et touchent les fermes (moulins, moitié du port de Cenon) ainsi que les multiples redevances (cens, rentes, dîmes, terrage, lods et ventes, rachats, émoluments de fiefs).
Le fermier sengage à Auzon à faire célébrer en plus le service divin, mais ce nest pas le cas dans le Thouarsais.
En 1671, le fermier déclare payer 2700 livres pour Auzon et les membres du Châtelleraudais et du Mirebelais.
En 1714, les fermages sont de :
Auzon : 2.200, Livres.
Prailles : 1.500, L.
LHopiteau : 700, L.
Le Verger : 400, L.
Total : 4.800, Livres.
Responsion
Responsion annuel : 1.196, Livres.
Décimes du roi : 198, L.
Taxe pour vaisseaux : 105, L.
Bourse commune : 10, L.
Pension à MM. de Martel : 700, L.
Service divin pour Prailles et lHôpiteau : 240, L.
Total : 2.449, Livres.
Réparations
Les visiteurs ont demandé les quittances des réparations (depuis 1706, semble-t-il) :
Auzon : 2.000, Livres.
LHôpiteau : 120, L.
Le Verger : 150, L.
Prailles : 837, L.
Total : 3.107, Livres.
+ Ornement chapelle, procédure, voyages : 800, L.
Sous Total : 3.907, Livres.
En 1739, le fermier général déclare payer 2800 livres pour Auzon et ses membres proches. Les quittances de réparations de 1732 à 1739 se montent à 2989 livres, auxquelles il faut ajouter 880 livres de voyages et affaires (la même chose que trente ans auparavant).
Dans le Thouarsais, les fermages restent au total à 2600 livres, de même que les charges à 2450 livres.
Les fermages restent à peu près les mêmes à 70 ans de distance, ainsi que les charges et responsions (qui représentent environ 1/4 des fermages), ceci malgré une grosse augmentation du prix du marc dargent (lécu est passé peut-être de 3 à 5 livres).
Les deux dernières visites sont déclarées très satisfaisantes par la chambre priorale et rapportées favorablement à Malte auprès de ces messieurs de la vénérable Langue de France.
En 1738, le chevalier Claude-Eugène de Beauveau-Thigny, chevalier profès qui habite un château en Anjou, se réserve dans le bail la salle de la commanderie dAuzon, les deux chambres à côté, la chambre du trésor, la grande écurie, la cuisine et loffice, et le fermier sengage à le nourrir et lhéberger avec ses domestiques et ses chevaux pendant huit jours chaque année en son domicile en ladite commanderie.
Le fermier paie 2900 livres plus les rentes dues, les gages des officiers de justice et les frais du culte (8).
8. Archives départementales Vienne, registre 305, folio 62.
La gestion du commandeur ne sera pas brillante, semble-t-il, car en 1768 ses charges, qui ne sélèvent pourtant quà 1800 livres par an environ, restent impayées avec un arriéré de près de 10.000 livres. Aussi se fait-il saisir ses fermages, qui sont versés au commandeur de Tudert. Il semble néanmoins rester commandeur, au moins en titre, jusquà 1781, date à laquelle la liste des commandeurs dAuzon se referme avec le frère François de La Laurentie, capitaine des vaisseaux du roi, que nous voyons en 1787 demander une réquisition à lassemblée provinciale, à leffet de marquer 141 chênes à Auzon, Villaudon et Availles pour effectuer des réparations (9).
La Révolution provoquera en France la fin de lordre et peu de temps après sa chute définitive à Malte, marquant la fin dune glorieuse épopée.
9. Archives nationales, S 5279 et 5280.
Sources : Henri TREUILLE. La commanderie dAuzon aux XVII et XVIII siècles. Bulletin de la Société des antiquaires de lOuest et des musées de Poitiers. 3e trimestre de 1986, 4e série, tome XIX. BNF
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