Rhodes
Histoire des Chevaliers de Rhodes
8 - Flandrin Eugène
Le prophète de Médine, afin dassurer lavenir de la religion nouvelle quil voulait fonder, avait, comme dernier précepte, insisté auprès de ses disciples sur la nécessité de recourir aux armes pour faire des prosélytes. Dès la fin du VIIe siècle, ce genre de prédication avait porté ses fruits. Les peuples de lAsie occidentale, adonnés au culte des idoles ou à celui des astres, avaient vu les califes, le glaive à la main, remplacer les objets de leur vénération par le Coran. Mais ces apôtres armés ne sétaient pas contentés dimposer aux peuples la doctrine mahométane, ils avaient aussi voulu conquérir des territoires. LArabie, la Perse, la Syrie et légypte subissaient les rigueurs de ce sanguinaire apostolat, sous lesquelles de grandes nations courbaient la tête. LOrient se transformait en obéissant à la loi nouvelle; et lOccident pouvait déjà voir poindre de ce côté la nue doù sortirait un jour lorage qui menaçait de latteindre.
Au milieu des conquêtes par lesquelles les sectateurs de Mahomet étendirent la religion islamiste, Jérusalem ne put échapper aux armes des musulmans. Le saint sépulcre était devenu pour eux une source dimpôts que les chrétiens devaient acquitter en y venant prier. Haroun-el-Rechid tenait lOrient sous son joug, en continuant la propagande armée que lui avaient transmise les califes qui lavaient précédé. Charlemagne, qui régnait alors sur les Francs, remplissait lunivers de sa renommée. Ainsi, aux deux extrémités du vieux monde, deux grands princes avaient soumis les peuples à leur puissance, lun pour les civiliser selon les préceptes de lévangile, lautre en les courbant sous lesclavage imposé par le Coran. Cependant Haroun, maître des lieux saints et désireux de se faire un ami de Charles, dont la puissance pouvait être utile à la sienne, en combattant les Maures dEspagne quil redoutait, voulut ouvrir les portes de Jérusalem à celui qui venait dêtre couronné empereur dans Rome. Le sultan de Bagdad lui envoya les clefs du saint sépulcre et de léglise du Calvaire. De plus, par une charte particulière, ce prince musulman octroyait aux Français le droit douvrir dans la ville sainte une maison hospitalière pour recueillir les pèlerins de leur nation. Telle fut, au IXe siècle, auprès du tombeau de Notre-Seigneur, lorigine du premier établissement latin dû à Charlemagne, qui le dota et y fit réunir une bibliothèque.
Année 1873
Rhodes et lOrdre de Saint-Jean de Jérusalem
2 - Vatin Nicolas
Avant-propos
Rhodes nest pas une île comme une autre. Son histoire est riche et ancienne, depuis toujours marquée par une grande ouverture sur lextérieur. Les premières traces dactivité connues datent du IIe millénaire avant Jésus-Christ Au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, les trois acropoles dIalysos, Lindos et Camiros forment une confédération avec Cos et, sur le continent anatolien, Cnide et Halicarnasse. Florissante, lîle, dont les vins sont déjà célèbres, participe activement au commerce maritime et à la colonisation grecque en Occident. Cest en 408 avant Jésus-Christ. que les trois cités fondent la ville de Rhodes, sur la pointe septentrionale de lîle. Un temps dominée par les Perses, écartelée par les rivalités entre Sparte et Athènes, Rhodes réussit toujours à tirer son épingle du jeu.
A lépoque hellénistique, ce fut une place dun rayonnement exceptionnel. Centre commercial de tout premier plan, cétait également une capitale artistique et intellectuelle. Peintres et sculpteurs y travaillaient en nombre. Symbole de ce rôle de phare, le fameux et monumental colosse de bronze qui se dressait sur le port — une des « merveilles du monde » — célébrait léchec du siège dun an mené en vain par Demetrios Poliorcète (305 avant Jésus-Christ). Le prestige de Rhodes était tel quaprès le grave séisme de 227 avant Jésus-Christ, les secours affluèrent de partout pour reconstruire la ville détruite.
Dabord alliés des Rhodiens, les Romains leur portèrent un coup très dur en créant un port franc à Délos (166 avant Jésus-Christ). Assujettie, la cité finit par être incorporée à lEmpire romain. Elle déclina progressivement, gravement affaiblie par un nouveau tremblement de terre en 142 après Jésus-Christ. Lépoque byzantine, marquée par des incursions arabes en 654 et 807, ne fut pas très brillante. Un renouveau apparut au XIe siècle, mais cest surtout limplantation des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem (XIVe-XVIe siècles) qui redonna à lîle et à la ville un rôle de premier plan et une réelle prospérité. Sous les Ottomans, puis les Italiens, enfin au sein de la Grèce après la seconde guerre mondiale, la vie continua. Aujourdhui, Rhodes est surtout (mais non uniquement) un très important centre touristique.
Avec des permanences qui doivent beaucoup aux conditions géographiques et à la patiente activité de ses habitants, lîle a donc connu de nombreux avatars : ruines antiques, églises byzantines, bâtiments darchitecture occidentale et mosquées ottomanes en sont les témoins. Dans ce petit livre, il ne sera question que de la Rhodes des chevaliers. En retraçant deux siècles dhistoire et en décrivant la ville, mon souhait est de donner à voir limportance queut pour lhistoire de lordre de Saint-Jean son implantation à Rhodes, et dans quelle mesure la présence hospitalière contribua à faire de Rhodes un cas particulier.
9-782271-055453
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